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Les traquenards de Giri [The Witling - fr]

Электронная книга - «Les traquenards de Giri [The Witling - fr]». Краткое содержание книги:

Aux yeux des habitants de Giri, les explorateurs venus d’outre-espace n’étaient que des plaisantins.Et sur cette planète qui semblait si primitive, ils n’étaient rien d’autres.
En fait, les péripéties de l’évolution avaient doté les autochtones d’un talent bien particulier, un talent qui rendait inutiles la plupart des inventions associées, sur d’autres planètes, au développement de la vie intelligente. Comme les explorateurs d’outre-espace, le lecteur va de surprise en surprise jusqu’à la chute finale.
Un roman passionnant qui mêle avec intelligence aventure et réflexion, dû à un auteur de talent injustement méconnu en France.
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L’un de ses gardiens — ou fallait-il dire « guides ? » — la conduisit à l’écart du sable, vers un sentier qui gravissait la pente de la colline au milieu d’arbres aux allures de palmiers. La lueur de la lune s’éparpillait en fragments triangulaires argentés en s’infiltrant à travers le feuillage et une senteur de végétation gorgée de sève régnait alentour. À cause de la saturation de l’atmosphère, sa robe commençait seulement à sécher, mais l’étoffe en était si douce et légère qu’elle remarquait à peine que celle-ci était encore mouillée — alors que sa combinaison de vol qu’elle portait à la main restait lourde d’humidité, bien qu’elle fût demeurée étendue toute la journée sur l’appui de la fenêtre.

Un changement frappant s’était produit dans la façon dont on la traitait depuis que, le matin du même jour, on l’avait transférée d’un bat-flanc à une cellule dépourvue de porte, avant de la traîner sans ménagement d’un bassin au suivant. À présent, ses gardiens se montraient presque empressés ; après que Pelio lui eut souhaité une bonne nuit, ils avaient même accepté de la raccompagner à pied jusqu’à ses quartiers au lieu de la téléporter.

Ajao ne s’était pas trompé au sujet de ce garçon. Son comportement d’enfant gâté découlait indiscutablement de sa situation de fils aîné du plus gros bonnet de tout le continent, mais il n’était guère difficile de deviner que ses rodomontades cachaient en fait une sorte de naïveté sentimentale. Cet aspect l’avait intriguée presque toute la journée, avant de recevoir dans cette étrange salle glaciale l’aveu de son incapacité à se téléporter, qu’il partageait avec elle. Il avait eu l’air d’avouer une maladie honteuse. Pauvre garçon ! Peut-être était-ce le cas, en un sens.

Cette confession n’avait fait que corroborer son intuition de l’inutilité de toute super technologie aux yeux des Azhiris. Ceux-ci maîtrisaient naturellement certaines techniques élémentaires — tel le travail du fer, — mais tous les prodiges qu’ils accomplissaient résultaient de ce seul « Talent » que la plupart d’entre eux possédaient dès leur naissance. Elle en avait été convaincue en voyant les installations auxquelles on donnait le nom de commodités dans les classes supérieures ; si le marbre et le quartz s’y rencontraient à profusion, le système d’évacuation ne dépassait pas en efficacité une simple fosse septique.

À tout prendre, il lui avait paru prudent de dire à Pelio qu’aucun membre de sa race n’était apte à la téléportation. Cette révélation semblait d’ailleurs l’avoir rendu… heureux.

À travers les branches entrelacées et les troncs d’arbres qui se dressaient en face d’elle, elle aperçut une lueur jaune. Le chemin serpentait encore sur une quinzaine de mètres, avant de déboucher dans une clairière à flanc de colline. À la clarté de la lune, elle distingua une grande cabane construite dans le style général, alliant le bois à la pierre — mais l’édifice possédait uneporte sommairement pratiquée dans un mur. La lumière tremblotante qui provenait de l’intérieur dessinait un trapèze jaunâtre sur le sol moussu.

Au moment où elle apparut dans l’embrasure récemment percée, Ajao Bjault détourna les yeux de la torche murale qu’il était en train d’examiner. « Yoninne ! » À la fin d’une journée peuplée de visages vert-de-gris, l’épiderme chocolat et les cheveux blancs et crépus de son compagnon lui parurent saugrenus. Le regard du vieil homme glissa de Yoninne jusqu’aux deux Azhiris qui étaient restés dehors, où régnait une relative obscurité. « Je ne vous ai pas entendue arriver. Tout va bien ? »

Yoninne sourit. Ajao avait une si mauvaise ouïe qu’il raterait probablement l’annonce du Jugement dernier. En entrant dans la pièce, elle entendit derrière elle les deux gardes reprendre en sens inverse le petit sentier. « Mais oui, ça va. »

L’homme l’observait d’un air bizarre. « Qu’est-ce que vous dites de l’endroit ? » dit-il. « On m’y a amené juste avant le coucher du soleil. Je trouve qu’il y a un progrès. » Yoninne promena ses regards autour d’elle. Comme la plupart des bâtiments isolés qu’elle avait vus dans la journée, celui-ci se réduisait à une seule pièce, équipée en son centre d’un bassin de transit. Pelio avait tenu parole : pour n’être pas aussi luxueux que ses propres quartiers, leur nouveau logement n’en paraissait pas moins confortable. Yoninne se blottit dans un fauteuil garni de coussins et se sentit soudain très lasse, ou pour mieux dire repue. Le dîner avait étéexcellent. Si le plomb et le mercure contenus dans les « comestibles » locaux devaient être mortels à long terme, ils n’altéraient en aucune façon le goût des aliments.

Ajao ne s’était toujours pas départi de son attitude perplexe. « J’ai cherché à faire donner plus de lumière à ces torches, dit-il. Ce ne sont pas de simples morceaux de bois : leur texture est celle d’une mèche… » Il s’écarta de la torchère murale et alla scruter l’obscurité régnant à l’extérieur. Puis il se retourna vers Yoninne. « Je ne sais pas pourquoi je suis si méfiant ; ils ne comprennent pas un mot de ce que je dis. » En le regardant maintenant plus attentivement, elle s’aperçut qu’il commençait à donner des signes de fatigue et d’agitation. En outre, son air de ne pas arriver à en croire ses yeux ne l’avait pas quitté. « Vous avez réussi, Yoninne ?

— Réussi ? »

Il fronça les sourcils. « Le maser, Yoninne, le maser.

— Oh ! Non. Mais ne vous inquiétez pas, nous l’aurons une autre… » Les mots moururent sur ses lèvres et son humeur sereine s’évanouit aussi subitement que si elle eût reçu une gifle. Elle avait finalement compris le sens du regard intrigué de son compagnon et venait de prendre conscience du spectacle qu’elle lui offrait, elle, Yoninne Leg-Wot, le gros pilote à la poitrine plate. Elle baissa les yeux sur sa propre personne et s’aperçut que ce qu’elle avait pris pour une robe n’était en fait qu’un minuscule kilt vert, à peine assez ample pour contenir ses larges hanches. Elle s’était trimbalée toute la journée dans cette tenue, telle une grosse mémère ridicule. Leg-Wot se leva d’un bond, sentant le rouge de la honte lui monter au front. Et ce sénile salaud qui la prenait en pitié !

« Allez-vous faire f…, Bjault », éructa-t-elle en traversant la pièce d’un pas mal assuré pour gagner le cabinet de toilette. Elle tira d’un coup sec le rideau de velours et se dépouilla rageusement de son kilt étriqué. Bien que la combinaison de vol fût encore humide, elle l’enfila en quelques mouvements rapides et fit coulisser la longue fermeture Éclair oblique. Elle se contempla ensuite silencieusement dans le miroir pendant plusieurs secondes. Une fois vêtue de sa combinaison, elle retrouvait son aplomb habituel.

Elle fit glisser le rideau et rentra dans la pièce ; l’eau restée dans ses bottes produisait un léger bruit de succion. Le vieil homme déambulait toujours nerveusement de long en large devant le mur opposé. « Vous savez, Yoninne », dit-il sur ce ton d’hésitation qui lui était particulier, « vous n’êtes pas la seule à avoir passé une fichue journée. Je suis resté claquemuré dans cette cellule jusqu’à ce soir, en me demandant ce qui vous était arrivé… et ce qu’on allait me faire. Je… »

Leg-Wot leva une main maigre. « D’accord, Ajao, je m’excuse de vous avoir engueulé. Oublions ça. » Elle se carra dans les coussins et sentit avec plaisir contre son dos le contact du matériau froid de sa combinaison. « Voulez-vous maintenant savoir ce que j’ai fait de ma journée ? »

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