L'homme aux cercles bleus
- Автор: Варгас Фред
- Год: 1990
- Язык: французский
- Жанр: Другие детективы
Электронная книга - «L'homme aux cercles bleus». Краткое содержание книги:
« Ce qui fait, dit Danglard en reposant le journal sur la table, que la personne qui vous a appelé a pris connaissance du meurtre hier ou ce matin et vous a aussitôt contacté. C'est une rapide, et qui ne porte pas Mme Forestier dans son cœur, on dirait.
— Et ensuite ? demanda Adamsberg, toujours placé de côté, toujours remuant les mâchoires.
— Ensuite, cela veut dire que, grâce à cet article, des tas de gens avaient depuis longtemps appris que Mme Forestier possédait quelques petits secrets. Ils pouvaient désirer les connaître à leur tour.
— Et pourquoi ?
— Dans l'hypothèse bénigne, pour faire de la copie pour un journal. Dans l'hypothèse maligne, pour se défaire d'une belle-mère, pour la coller dans un cercle et faire porter le chapeau au nouveau maniaque de Paris. Cette idée a dû faire le tour de quelques cerveaux simples et frustrés, trop lâches pour endosser les risques d'un crime à ciel ouvert. L'occasion offerte était belle, encore fallait-il pouvoir connaître quelques habitudes de l'homme aux cercles. Avec quelques verres dans le ventre, Mathilde Forestier était une informatrice tout indiquée.
— Et puis après ?
— Après, on peut par exemple se demander par quel hasard M. Charles Reyer s'est établi chez Mathilde quelques jours avant le meurtre.
Danglard était comme ça. Ça ne le gênait pas de bougonner des phrases de ce genre devant ceux mêmes qu'il accusait. Adamsberg se savait incapable d'être direct de cette manière, et il trouvait utile que Danglard n'ait pas cette appréhension de blesser les autres. Appréhension qui lui faisait souvent dire n'importe quoi, sauf ce qu'il pensait. Et pour un flic, ça donnait des résultats imprévus et pas toujours bons sur le moment.
Après ça, il y eut un long silence dans le bureau.
Danglard avait toujours un doigt appuyé sur le front. Charles s'était attendu à un piège mais il n'avait pu faire autrement que de sursauter. Dans le noir, il imaginait Adamsberg et Danglard posant leur regard sur lui.
— Très bien, dit Charles au bout d'un moment. Je loue chez Mathilde Forestier depuis cinq jours. Avec ça vous en savez autant que moi. Pas envie de vous répondre, pas envie de me défendre. Je ne comprends rien à votre sale affaire.
— Moi non plus, dit Adamsberg.
Danglard fut gêné. Il aurait préféré qu'Adamsberg ne fasse pas l'aveu de ses ignorances devant Reyer. Le commissaire avait commencé à griffonner sur son genou. Il lui déplaisait qu'Adamsberg en reste là, dans ce flou, passif et négligent, sans poser aucune question pour essayer d'en sortir.
— Tout de même, insista Danglard, pourquoi avoir voulu loger chez elle ?
— Et merde ! s'énerva Charles. C'est Mathilde qui est venue me trouver à mon hôtel pour me proposer cet appartement !
— Mais c'est vous qui êtes venu vous asseoir près d'elle au café, non ? Et c'est vous qui lui avez raconté, on ne sait pas pourquoi, que vous cherchiez un appartement à louer ?
— Si vous étiez aveugle, vous sauriez que ce n'est pas à ma portée de reconnaître quelqu'un à une terrasse de café.
— Je vous crois capable de savoir faire des tas de trucs hors de portée.
— Ça va comme ça, dit Adamsberg. Où est Mathilde Forestier ?
— Elle est en train de suivre un type qui croit à la rotation des tournesols.
— Puisqu'on ne peut rien faire et rien savoir, dit Adamsberg, laissons tomber.
Cet argument désola Danglard. Il proposa de chercher Mathilde pour en savoir plus tout de suite, de mettre un homme en faction chez elle pour l'attendre, de faire un tour à l'Institut océanographique.
— Non, Danglard, on ne va pas faire tout ça. Elle reviendra. Ce qu'il faut, c'est poster des hommes ce soir aux métros Saint-Georges, Pigalle et Notre-Dame-de-Lorette, avec une description de l'homme aux cercles. Par acquit de conscience. Et puis attendre. L'homme à l'odeur de pomme pourrie va recommencer ses cercles, c'est inévitable. Alors on va attendre. Mais on n'a aucune chance de le repérer. Il va modifier ses trajets.
— Mais qu'est-ce que ça peut nous faire, ses cercles, si ce n'est pas lui qui tue ? dit Danglard en se levant et en faisant de grands mouvements mous dans la pièce. Lui ! Lui ! On s'en fout, au fond, de ce pauvre bon-homme ! C'est celui qui l'utilise qui nous intéresse !
— Pas moi, dit Adamsberg. Alors on cherche l'homme aux cercles, toujours.
Danglard se leva, assez accablé. Il lui faudrait beaucoup de temps pour s'habituer à Adamsberg.
Charles sentait toute cette confusion dans la pièce. Il sentait le vague désarroi de Danglard et les indécisions d'Adamsberg.
— De vous et de moi, commissaire, dit Charles, qui va à l'aveuglette ?
Adamsberg sourit.
— Je ne sais pas, dit-il.
— Avec cette histoire de coup de fil anonyme, je suppose que je dois rester à votre disposition, comme on dit ? continua Charles.
— Je ne sais pas trop, dit Adamsberg. Rien en tous les cas qui pour le moment puisse vous gêner dans votre travail. Ne vous inquiétez pas.
— Mon travail ne m'inquiète pas, commissaire.
— Je sais. Je disais ça comme ça.
Charles entendait le bruit d'un crayon qui glissait sur une feuille. Il supposa que le commissaire dessinait tout en parlant.
— Je ne sais pas comment un aveugle pourrait se débrouiller pour tuer. Mais je suis suspect, n'est-ce pas ?
Adamsberg eut un geste évasif.
— Disons que vous avez mal choisi votre moment pour venir habiter chez Mathilde Forestier. Disons que pour une raison ou une autre, on a pu s'intéresser récemment à elle, et à ce qu'elle savait, pour autant qu'elle nous ait tout dit d'ailleurs. Danglard vous expliquera ça. Danglard est sacrement intelligent, vous verrez. C'est reposant de travailler à côté de lui. Disons aussi que vous êtes un peu plus mauvais qu'un autre, ce qui n'arrange rien.
— Qu'est-ce qui vous fait croire ça ? demanda Charles en souriant, d'un méchant sourire, jugea Adamsberg.