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L'homme aux cercles bleus

Электронная книга - «L'homme aux cercles bleus». Краткое содержание книги:

Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ? Depuis quatre mois, cette phrase accompagne des cercles bleus qui surgissent la nuit, tracés à la craie sur les trottoirs de Paris. Au centre de ces cercles, prisonniers, un débris, un déchet, un objet perdu : trombone, bougie, pince à épiler, patte de pigeon... Le phénomène fait les délices des journalistes et de quelques psychiatres qui théorisent un maniaque, un joueur. Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite sont de, mauvais augure. Il le sait, il le sent : bientôt, de l'anodin saugrenu on passera au tragique. Il n'a pas tort. Un matin, c'est le cadavre d'une femme égorgée que l'on trouve au milieu d'un de ces cercles bleus.
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— Et pourquoi ? dit Adamsberg en se levant avec un sourire triste. Parce qu'un homme qui vous fait signe de la main ne peut pas être tout à fait mauvais ?

Il la regardait, la tête penchée de côté, les lèvres entremêlées on ne savait trop comment, et il était si beau comme cela que Mathilde sentit à nouveau qu'avec cet homme-là, la vie, ça allait aller un peu mieux. Charles, il fallait lui refaire les yeux, Clémence, il fallait lui refaire les dents, mais lui, il aurait fallu tout refaire sur son visage. Soit parce que c'était de travers, soit parce que c'était trop petit, soit parce que c'était trop grand.

Mais Mathilde aurait interdit qu'on touche à quoi que ce soit là-dedans.

— Vous êtes trop joli, Adamsberg, dit-elle. Vous n'auriez pas dû être policier, vous auriez dû être pute.

— Mais je suis aussi une pute, madame Forestier. Comme vous.

— Alors ça doit être pour ça que je vous aime bien. Ça ne m'empêchera pas de vous prouver que mon intuition sur l'homme aux cercles vaut la vôtre. Attention, Adamsberg, vous ne le touchez pas ce soir, pas en ma présence, j'ai votre parole.

— C'est promis, je ne toucherai à rien du tout, dit Adamsberg.

En même temps, il pensa qu'il essaierait de faire pareil avec Christiane qui l'attendait toute nue dans son lit. Pourtant, une fille nue, ça ne se refuse pas. Comme disait Clémence, il y avait quelque chose qui clochait ce soir. Clémence clochait aussi d'ailleurs. Quant à Charles Reyer, c'était pire que clocher, il tressautait, au bord du hurlement intérieur, au bord du grand virage.

Quand il repassa dans la grande pièce à l'aquarium pour suivre Mathilde qui prenait son manteau, Charles parlait toujours à Clémence, qui l'écoutait avec intensité et tendresse, en tirant sur sa cigarette comme une apprentie. Et Charles disait:

— Ma grand-mère, elle est morte un soir parce qu'elle avait mangé trop de nonettes. Mais le vrai drame familial, c'a été le lendemain quand on a trouvé papa attablé en train de finir les nonettes.

— D'accord, dit Clémence, mais qu'est-ce qu'on met pour ma lettre au type de soixante-six ans ?

— Bonne nuit, mes oiseaux, dit Mathilde au passage.

Mathilde, elle était déjà dans l'action, elle courait vers l'escalier, elle filait vers Saint-Georges. Mais Adamsberg n'avait jamais su se dépêcher.

— Saint Georges, lui cria Mathilde dans la rue en cherchant un taxi, ce n'est pas lui qui a terrassé le dragon ?

— Je ne sais pas, dit Adamsberg.

Un taxi les déposa à Saint-Georges à dix heures cinq.

— Ça va, dit Mathilde, on est dans les temps.

À onze heures et demie, l'homme aux cercles n'était toujours pas passé. Il y avait tout un tas de mégots autour des pieds de Mathilde et d'Adamsberg.

— Mauvais signe, dit Mathilde. Il ne viendra plus.

— Il s'est méfié, dit Adamsberg.

— Méfié de quoi ? D'être accusé du meurtre ? C'est absurde. Rien ne nous prouve qu'il ait écouté la radio, rien ne nous prouve qu'il soit au courant. Vous savez bien qu'il ne sort pas toutes les nuits, c'est aussi simple que ça.

— C'est vrai, il ne sait peut-être pas encore. Ou bien alors il sait et il s'est méfié. À présent qu'il se sait surveillé, il va modifier ses itinéraires. C'est certain. On va avoir un mal de chien à le trouver.

— Parce que c'est lui qui a tué, c'est ça, Adamsberg ?

— Je ne sais pas.

— Combien de fois par jour dites-vous « Je ne sais pas » et « Peut-être » ?

— Je ne sais pas.

— Je suis au courant de tout ce que vous avez réussi jusqu'ici, et sacrement réussi. Mais tout de même, quand on vous voit, on se demande. Vous êtes sûr que vous êtes bien à votre place dans la police ?

— Certain. Et puis je ne fais pas que ça.

— Par exemple ?

— Par exemple je griffonne.

— Griffonne quoi ?

— Des feuilles d'arbre et des feuilles d'arbre.

— Et c'est intéressant ? Parce qu'à moi, ça me paraît emmerdant comme la mort.

— Vous vous intéressez bien aux poissons, ce n'est pas mieux.

— Qu'est-ce que vous avez tous contre les poissons ? Mais pourquoi ne pas griffonner des visages ? C'est plus marrant tout de même.

— Plus tard. Bien plus tard ou bien jamais. Faut d'abord commencer par les feuilles d'arbre. N'importe quel Chinois vous le dira.

— Plus tard... Mais vous avez déjà quarante-cinq ans, non ?

— C'est vrai, mais je n'en crois pas un mot.

— Tiens, c'est comme moi.

Et puis comme Mathilde avait une flasque de cognac dans son manteau et que ça se rafraîchissait rudement, elle dit, c'est tranche 2, tout rate, on peut bien boire un coup.

Quand les grilles du métro se fermèrent, l'homme aux cercles n'était toujours pas apparu. Mais Adamsberg avait eu le temps de raconter à Mathilde que la petite chérie avait crevé quelque part dans le monde et qu'il n'avait même pas été là pour faire quelque chose contre. Mathilde avait eu l'air de trouver toute l'histoire passionnante. Elle avait dit que c'était une honte de laisser crever la petite, que le monde elle le connaissait comme le fond de sa poche, et qu'elle saurait bien trouver si la petite avait été enterrée avec son ouistiti ou non. Adamsberg se sentait surtout saoul comme une vache, parce qu'il n'avait pas trop l'habitude de boire. Il n'arrivait pas à prononcer correctement « Ouahigouya».

Vers la même heure, Danglard était dans un état à peu près identique. Les quatre jumeaux voulaient qu'il boive un grand verre d'eau, «pour diluer», disaient les mômes. En plus des quatre jumeaux, il y avait un petit garçon de cinq ans qui dormait en rond sur les genoux de Danglard, et celui-là, il n'avait pas osé en parler à Adamsberg. Celui-là, sa femme l'avait fait avec un homme aux yeux bleus, c'était évident, et elle l'avait laissé un jour à Danglard en disant que, à tant faire, c'était mieux que tous les petits soient ensemble. Deux fois des jumeaux plus un impair toujours roulé sur ses genoux, ça faisait donc cinq, et Danglard avait peur qu'en exposant tout cela, on ne le prenne pour un imbécile.

— Vous m'emmerdez à toujours vouloir me diluer, dit Danglard. Et toi, dit-il au premier garçon des premiers jumeaux, je ne trouve pas ça fameux que tu te verses du vin blanc dans des verres en plastique, sous prétexte que tu veux être compréhensif avec moi, sous prétexte que ça fait chic, sous prétexte que tu veux prouver que tu n'as pas peur du vin blanc dans les verres en plastique. De quoi va avoir l'air la maison s'il y a des verres en plastique partout ? Tu as pensé à ça, Edouard ?

— C'est pas pour ça, dit le garçon, c'est pour le goût, c'est pour la mollesse ensuite.

— Je ne veux pas le savoir, dit Danglard. La mollesse, tu t'en occuperas si monsieur le vicomte de Chateaubriand et quatre-vingt-dix filles te congédient et si tu deviens un flic bien habillé à l'extérieur et déliquescent à l'intérieur. Ça m'étonnerait que tu y arrives. Si on faisait conciliabule ce soir ?

Quand Danglard et ses mômes faisaient conciliabule, ça voulait dire qu'ils discutaient l'actualité policière. Ça pouvait prendre des heures, les mômes adoraient ça.

— Imaginez-vous, dit Danglard, que le Baptiseur s'est tiré toute la journée en nous laissant le merdier sur les bras. Ça m'a énervé tant et tant qu'à trois heures, j'étais fin saoul. Enfin, aucun doute, c'est bien le même homme qui a écrit autour des précédents cercles et autour de celui de la morte.

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