Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1961
- Язык: французский
- Переводчик: Andre-Yves Richard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
— Il venait toujours aux jours fixés ?
— Oh ! oui. C’était un homme très consciencieux. Un bon Solarien. Jamais il n’aurait manqué de venir au jour fixé, et il arrivait toujours à la même heure. Bien sûr, il ne restait jamais longtemps. On ne nous avait pas imposé d’avoir des ra… des rap…
Elle ne put achever le mot, mais Baley indiqua de la tête qu’il avait compris.
— Bref, reprit-elle, il arrivait toujours à la même heure, comme je vous le disais, de façon que tout se passe bien. Nous avons parlé pendant quelques minutes ; de se voir face à face est une telle torture… mais il me parlait toujours très normalement. C’était sa manière d’être. Puis il m’a quittée pour repartir s’occuper d’une question qu’il avait en train. Je ne saurais vous dire de quoi il s’agissait. Il avait fait monter un laboratoire spécial dans mes appartements où il se retirait les jours de visite. Bien sûr, chez lui, il avait un autre laboratoire, beaucoup plus important.
Baley se demandait ce qu’il fabriquait dans ces laboratoires. De la fœtologie, peut-être, ou Dieu sait quoi ?
— Semblait-il dans son état normal ou tracassé ? demanda-t-il.
— Oh non ! Il n’était jamais tracassé par quoi que ce fût. (Cela la fit presque sourire, mais elle se contint à temps.) Il avait toujours un parfait contrôle de lui-même, comme votre ami là-bas, dit-elle, en désignant de sa petite main Daneel, qui ne broncha pas.
— Bon, je vois. Continuez, s’il vous plaît.
Mais Gladïa s’abstint, et au lieu de reprendre son témoignage, murmura :
— Cela vous gênerait-il que je prenne un réconfortant ?
— Je vous en prie. Faites donc.
Gladïa laissa glisser sa main du bord du fauteuil un instant. Moins d’une minute plus tard, un robot faisait silencieusement son entrée, portant une boisson chaude (Baley pouvait voir la vapeur s’élever de la tasse) que Gladïa prit avec plaisir. Elle but à petites gorgées, puis reposa la tasse.
— Ca va un peu mieux, dit-elle. Puis-je à mon tour vous poser une question personnelle ?
— Je ne vous en empêche pas, sourit Baley.
— Eh bien, j’ai là tout un tas de choses traitant de la Terre, et cela m’a toujours beaucoup intéressée, vous savez ; c’est un monde si bizarre ; (puis elle rougit et se reprit aussitôt) ce n’est pas ce que je voulais dire.
Baley fronça les sourcils :
— Tout monde peut paraître bizarre à ceux qui n’y vivent pas.
— Non, je voulais dire : c’est un monde si différent. De toute façon, la question que je voulais poser peut paraître très impolie, mais j’espère que pour un Terrien ce n’est pas une question impolie. Mais je n’oserai jamais la poser à un Solarien, pour rien au monde.
— Quelle question, Gladïa?
— C’est à propos de vous et de votre collègue, M. Olivaw, je crois ?
— Oui.
— Vous ne vous visionnez pas, n’est-ce pas ?
— Qu’entendez-vous par là ?
— Je veux dire que vous ne vous visionnez pas de loin. Vous vous voyez, vous êtes là, en personne, tous les deux.
— Matériellement parlant, dit Baley, nous sommes effectivement dans la même pièce, tous les deux.
— Vous pourriez le toucher, si vous le vouliez ?
— Oui, bien sûr.
Son regard passa de l’un à l’autre, et elle fit : « Oh ! »
Ce qui pouvait signifier n’importe quoi : dégoût, intérêt ? Un instant, Baley caressa l’idée de se lever, d’aller jusqu’à Daneel et de placer sa main en plein sur le visage de Daneel. Etudier les réactions de Gladia, face à ce genre de choses, aurait pu être intéressant.
Il reprit néanmoins :
— Nous en étions à ce moment du jour fatal, lorsque votre mari venait vous voir. Que s’est-il passé ?
Il était moralement certain que la digression qu’elle venait de faire, aussi intéressante qu’elle pût être d’un point de vue spéculatif, n’avait d’autre but immédiat que d’éviter de répondre à cette question.
Elle reprit la tasse et avala une gorgée. Puis :
— Il n’y a pas grand-chose à ajouter, en fait. J’ai vu qu’il avait du travail en train. Je savais d’ailleurs qu’il en aurait, il en avait toujours ; du travail constructif. Aussi je m’en retournai à mes occupations. Puis, peut-être un quart d’heure après, j’entendis un cri.
Elle s’arrêta et Baley l’incita à continuer :
— Quelle sorte de cri était-ce ?
— C’était Rikaine qui l’avait poussé, dit-elle. Mon mari. Un seul cri, pas de mot. Une sorte de cri de surprise. Non, pas de surprise, de stupéfaction, ou quelque chose comme ça. Je ne l’avais jamais entendu crier jusqu’alors.
Elle se couvrit les oreilles des mains, comme pour étouffer jusqu’au son de ce cri qui résonnait encore dans sa mémoire.
La serviette en profita pour glisser jusqu’à sa taille. Mais elle n’y prit pas garde et Baley se remit à contempler délibérément son carnet.
— Qu’avez-vous fait alors ? demanda-t-il.
— J’ai couru, couru. Je ne savais pas où il était.
— Mais j’ai cru comprendre que vous m’aviez dit qu’il était parti au laboratoire, celui qu’il avait fait faire dans vos appartements ?
— Oui, c’est là où il était parti, Elijah ! Mais moi je ne savais pas où c’était. Pas exactement en fait. Je n’y étais jamais allée. C’était son domaine. J’avais bien une vague idée de la situation du laboratoire, quelque part dans l’aile ouest, mais j’étais si émue que je n’ai pas même pensé à appeler mon robot. Il m’aurait guidée tout de suite, mais évidemment il fallait l’appeler pour qu’il vienne. Quand je suis arrivée là, j’avais tant bien que mal réussi à découvrir l’endroit, il était mort.
Elle s’arrêta tout net de parler et, ce qui porta au paroxysme l’embarras et la gêne de Baley, baissa la tête et se mit à pleurer. Elle n’essaya même pas de cacher son visage dans ses mains. Elle avait juste fermé les yeux et les larmes coulaient doucement le long des joues, presque sans un sanglot. A peine ses épaules tremblaient-elles de mouvements spasmodiques.
Puis elle ouvrit les yeux et elle le regarda, le visage ruisselant de pleurs.
— Je n’avais jamais vu de mort avant cela. Il était couvert de sang et sa tête était toute !… oh !… J’ai réussi à appeler un robot et il a fait venir les autres. Et je suppose qu’ils se sont occupés de Rikaine et de moi. Je ne sais plus, je ne me rappelle plus.
— Qu’entendez-vous par « ils se sont occupés de Rikaine » ? demanda Baley.
— Eh bien ! ils l’ont emporté et ont tout nettoyé. (Il y avait une pointe d’indignation dans le ton de sa réponse ; c’était une femme soucieuse de l’apparence de sa maison.) Tout était si dégoûtant.
— Et qu’est-il advenu du corps ?
Elle hocha la tête :
— Je ne sais pas. Il a été incinéré, je pense, comme tous les cadavres.
— Pourquoi n’avez-vous pas appelé la police ?
Elle le regarda avec des yeux ronds, et Baley se souvint : « C’est vrai, il n’y a pas de police. »
— Vous avez dû prévenir quelqu’un, je pense, reprit-il, puisque l’on s’est aperçu du décès.
— Les robots ont appelé un docteur. Et il fallait que j’appelle le bureau de Rikaine. Il fallait que les robots de là-bas sachent qu’il ne viendrait plus.
— Le docteur, c’était pour vous, je suppose ?
Elle n’avait jamais vu de cadavre auparavant. Elle n’avait jamais eu à voir du sang répandu, un crâne fracassé. Et si les rapports entre époux, sur Solaria, ne représentaient qu’un fil ténu et sans grande consistance, c’était tout de même en face d’un être humain décédé qu’elle s’était trouvée.