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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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— Will ?

Il contourne la table, trouve son frère par terre. Inconscient.

— Merde !

Il se met à genoux, le fait basculer sur le dos et prend son visage entre ses mains.

— Will, tu m’entends ? Putain…

Dans la cuisine, il remplit un verre d’eau et revient auprès de son frère. Il lui asperge la figure, sans résultat.

— Will, merde ! Réveille-toi !

Il répète la manœuvre et, enfin, William ouvre les yeux.

— Qu’est-ce que tu fais là ?

— Je suis allé pisser…

— Tu peux pas me demander avant de te lever, non ? Tu fais chier ! Tu crois que je passe mes nuits à côté du canapé pour quoi faire ? Pour me massacrer les reins ?

— Pardon, murmure William.

Raphaël sourit.

— Allez, je te ramène…

Il tente de le remettre debout, la tâche est ardue. William pèse tout de même plus de quatre-vingts kilos et ne l’aide pas beaucoup. Un vrai poids mort. En plus, il faut éviter de toucher à son épaule blessée. Raphaël parvient tout de même à le relever, au prix d’un effort surhumain qui termine de lui fusiller le dos et William passe son bras valide sur l’épaule de son aîné.

Mais il s’effondre au bout de deux mètres.

— Putain, c’est pas vrai ! marmonne Raphaël. Allez, courage !

— Je vais partir…

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— Je suis en train de crever, Raph…

Le cœur de Raphaël se comprime douloureusement, il manque de s’écrouler à son tour.

— Dis pas de conneries ! hurle-t-il. Et lève-toi !

— Je peux pas… Je peux plus…

C’est à ce moment-là que Fred fait son apparition dans la pièce. Il vient au secours de Raphaël et l’aide à porter le jeune homme jusque sur le divan.

— Ça ne va pas mieux, constate-t-il.

— Ça empire, avoue Raphaël. Mais il va s’en sortir !

— Bien sûr, acquiesce Fred comme s’il lui présentait ses condoléances. Bien sûr…

William boit un verre d’eau, referme les yeux. Son frère prend sa main dans la sienne, la serre à lui briser les doigts.

— Ça va aller, petit frère, dit-il. Tu es costaud, tu vas te remettre.

— J’ai l’impression d’être passé sous un train, murmure le jeune homme. Sous un putain de train… j’ai plus aucune force.

— Ça va revenir. Dans quelques jours, tu seras comme neuf. Et tu pourras dépenser ton blé à ta guise ! Tu pourras te baigner dans une piscine pleine d’oseille ! Te faire bronzer aux Caraïbes si ça te chante !

Will sourit, avant de se noyer dans une quinte de toux. Depuis hier, il tousse comme un tuberculeux, ce qui n’arrange rien. Chaque crise lui déclenche une horrible douleur à l’épaule.

Fred se réfugie dans la cuisine ; visiblement, l’heure du départ n’a pas encore sonné. Il ouvre tous les placards pour dénicher du café. Besoin d’un remontant, et vite. Mais il ne trouve pas l’objet de son désir.

— Elle est où, la véto ? demande-t-il en passant la tête dans le salon.

— Je vais la chercher, répond Raphaël.

Il se rend dans la chambre, allume la lumière. Sandra est réveillée, bien sûr. Engoncée sous sa couverture. Vu ses yeux, elle n’a pas dû beaucoup dormir.

Raphaël s’agenouille sur le lit, commence à défaire les liens qui enserrent ses poignets. Les nœuds sont si serrés qu’il a du mal à les délacer. Enfin, il y parvient, après plusieurs minutes de lutte.

— Allez debout, doc ! On a besoin d’un bon café.

Sandra ne bronche pas, réfugiée sous sa couverture. Raphaël la dévisage avec étonnement.

— Alors, tu bouges ton cul ou quoi ?

— Laisse-moi seule un moment.

— Pardon ?

— J’arrive ! dit-elle d’une voix hargneuse. Dans deux minutes.

Raphaël fronce les sourcils.

— Je ne te laisse pas seule. Tu te lèves et tu te ramènes. Tout de suite.

— Non.

Il soupire, essaie de garder son calme.

— T’es habillée, non ? Alors qu’est-ce que tu me fais, là ?

Comme elle ne réagit pas, il perd patience et arrache la couverture. Il va pour la saisir par le bras mais s’arrête net. Il regarde la tache sur le drap, incrédule.

— Tu t’es pissée dessus ou quoi ?

— Ouais ! crache Sandra. T’es content ?

Il ne répond pas, la dévisageant d’un air un peu narquois.

— Pas facile d’aller aux chiottes quand on est attachée sur un lit !

— En effet, sourit Raphaël. Allez, maintenant tu viens…

— Je veux me changer d’abord.

— OK. Je te laisse cinq minutes, pas une de plus. Mais je reste là.

Il se tourne vers la porte, croise les bras.

— Et t’as pas intérêt à me jouer un de tes coups tordus, prévient-il.

Sandra récupère des vêtements propres dans l’armoire et se change à la va-vite.

Terrible humiliation.

Et encore, elle ne se rend pas compte que grâce au jeu des deux miroirs, celui de l’armoire laissée ouverte et celui collé à l’intérieur de la porte, Raphaël profite pleinement du spectacle.

— J’ai fini.

— Alors viens, dit-il en l’invitant à le précéder. Dès que tu auras préparé le petit déj, je t’accorde le droit de prendre une douche… Je ne voudrais pas te laisser dans ce pitoyable état.

Elle le fusille du regard.

— Ça te plaît de me voir comme ça, hein ?

— Pas vraiment, répond Raphaël. À vrai dire, ça ne me plaît pas de te voir, ni comme ça, ni autrement !

— C’est réciproque ! rugit la jeune femme. Mais bientôt, c’est toi qui te pisseras dessus.

Elle va pour sortir de la chambre, mais il lui barre le passage en tendant simplement son bras. Puis avec le pied, il referme doucement la porte.

— Qu’est-ce que tu viens de dire ?

— …

— Je vais me pisser dessus, c’est ça ?

— Quand les flics t’auront chopé et que tu seras en taule !

Il part à rire, elle essaie de reculer, mais il tend son autre bras.

— Parce que tu crois que j’ai peur de la taule ? Pour ta gouverne, j’y ai passé quatorze ans de ma vie. Et je ne me suis jamais pissé dessus.

— La prochaine fois qu’ils te jetteront en prison, tu n’en sortiras plus… Séquestration, ça peut coûter cher.

— En l’occurrence, si j’y retourne, ce sera pour meurtre.

Elle devient livide, il sourit.

— Mais je n’y retournerai pas, quoi que je commette… ça, je te le garantis. Par contre, toi, si tu commences à me chercher de bon matin, je te jure que tu vas passer une très mauvaise journée.

Elle tente de s’éloigner, il se colle contre elle.

— J’ai pas fini, alors tu bouges pas… Si tu continues à te montrer désagréable, je te foutrai dans la remise et je viendrai te voir de temps en temps, histoire de m’amuser un peu avec toi… Tu veux que je m’amuse avec toi, Sandra ?

Elle baisse les yeux.

— Ce que je veux, c’est que tu partes de chez moi. Et que tu ailles en taule ou pas, je m’en fous.

— Je vois que tu redeviens raisonnable… Tu as un caractère de merde, mais je t’aime bien, dit-il en caressant sa joue. Et la prochaine fois que tu as envie de pisser, appelle-moi… Je ne voudrais pas rater ça !

— Tu es un connard !

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