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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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— Non, je…

— C’est pas toi qui décides, tranche Raphaël. C’est moi.

— Mais Fred a l’air de…

— C’est moi qui décide, répète son frère. Personne d’autre. De toute façon, on est en sécurité, ici.

— Tant que le mari n’est pas rentré, chuchote Will.

— Qu’il rentre, je m’en charge. Tu crois que j’ai peur d’un poulet ?

— Non, mais… Ce n’est jamais bon de s’en prendre à un flic.

— Il y en a déjà un qui est mort devant la bijouterie, rappelle Raphaël. Alors tu sais…

Le visage de William accuse le coup.

— Il est mort ?

— Hier, révèle Raphaël. Il a claqué à l’hosto.

— Merde…

— On n’y peut rien, mon frère.

— On est vraiment dans la merde, hein ?

— On va trouver une solution, ne t’inquiète pas. Contente-toi de reprendre des forces. C’est tout ce que je te demande. Et mange, tu en as besoin.

Le jeune homme essaie de sourire à son frère.

— Je suis heureux qu’on soit ensemble, dit-il. Ça fait longtemps que j’attendais ça…

Raphaël est surpris. Légèrement mal à l’aise, aussi. Peu habitué aux épanchements et autres manifestations de tendresse. Ébranlé par les larmes qu’il voit poindre dans les yeux de William.

— Te prendre deux balles dans la peau et te terrer dans le trou du cul du monde, ça faisait longtemps que tu attendais ça ?!

— Tu peux pas savoir comme tu m’as manqué…

Le braqueur pose une main sur l’épaule de son jeune frère. Et masque son émotion, intense, derrière la fronde de son sourire.

— Mange au lieu de dire des conneries !

Sandra s’approche avec un cocktail de médicaments dans le creux d’une main, un grand verre d’eau dans l’autre.

William les avale sans protester.

— Pourquoi je tousse comme ça ? demande-t-il.

— Je pense que vous avez attrapé une bronchite, répond la vétérinaire.

— Une bronchite ? répète William.

— Eh oui, une bronchite ! Ou un virus grippal, dans le pire des cas.

— Manquait plus que ça ! soupire Raphaël.

— L’épidémie vient de commencer, explique Sandra. Vous n’étiez pas fatigué depuis quelques jours ?

— Un peu, oui.

— Vous deviez la couver. Il y a trois à quatre jours d’incubation. C’est pour ça que vous êtes si faible. Vos blessures, l’infection à la jambe et le virus par-dessus… J’ai ajouté un comprimé à votre traitement. Ça devrait vous requinquer rapidement.

— Merci, répond le jeune homme.

— Je voudrais refaire vos pansements, maintenant.

Will s’allonge sur le canapé et vire la couverture. Il ne porte qu’un tee-shirt et un caleçon.

Sandra enfile un masque et des gants, puis défait les pansements sous le regard de Raphaël qui surveille chacun de ses gestes.

Une vraie mère poule.

— Je crois que l’état de votre jambe s’arrange, constate Sandra. Je pense que vous souffrirez moins d’ici demain.

— Je vais pouvoir me lever ? espère William.

— Peut-être. En tout cas, ça semble aller mieux…

— Ce n’est pas l’impression que j’ai ! balance Raphaël.

— Il est exténué, mais la blessure a un bel aspect, confirme Sandra.

Raphaël contemple à son tour la cicatrice encore fraîche. C’est vrai que Sandra a fait un beau travail.

La vétérinaire désinfecte la suture et ses contours, pose une gaze et une bande par-dessus.

— L’épaule, maintenant, ordonne-t-elle en changeant de gants.

Raphaël aide son frère à ôter son tee-shirt et à se mettre debout. Sandra s’approche à nouveau du jeune blessé qu’elle ne peut s’empêcher de trouver d’une beauté presque parfaite. Corps d’athlète, sans musculature excessive ; peau légèrement cuivrée, totalement glabre. Visage qui a quelque chose d’angélique, avec des yeux aussi clairs que ceux de son frère. Mais tellement plus empreints de douceur. Et ce sourire…

Trop parfait pour être charmant. Il est cependant touchant.

En pensant à ce qui risque de lui arriver plus tard, elle a un pincement au cœur. Elle aurait dû l’achever durant l’anesthésie, ça lui aurait évité les souffrances à venir.

— Voilà, dit-elle. C’est terminé.

— Merci.

Sandra jette son masque et ses gants, range son attirail d’infirmière. Elle aurait fait un bon toubib. Sauf qu’elle n’avait pas envie de soigner les hommes.

Qu’ils crèvent.

Elle va se laver les mains dans les toilettes, Raphaël sur ses talons. Sangsue tenace.

— C’est vrai, cette histoire de grippe ? demande-t-il.

— Évidemment.

— C’est pas plutôt l’infection à la jambe qui a gagné du terrain ?

Elle sourit, le toisant un peu de haut. Comme les scientifiques ont tendance à regarder le vulgaire ignare.

— Non ! C’est viral. Le hasard ne fait pas toujours bien les choses. Et on risque tous de choper son virus.

— Il devrait peut-être porter un masque dans ce cas.

Sandra hausse les épaules.

— Peut-être. Ceci dit, si on doit l’attraper, c’est sans doute déjà fait.

Elle veut sortir du réduit mais il lui barre le chemin. Une habitude.

— En tout cas, merci, dit-il. Je dois avouer que tu t’occupes bien de lui.

Sandra reste médusée.

— Je suis désolé pour cette nuit… Tu aurais dû m’appeler, je t’aurais accompagnée.

La jeune femme fixe le sol.

— Tu as envie d’une douche ? demande-t-il. Je vais virer la poignée de la fenêtre, ça évitera à Christel de t’accompagner.

Elle saisit le sous-entendu.

— Merci, dit-elle.

8 h 25

Sandra est sous la douche, Raphaël près de William.

— Moi aussi, j’ai envie de me laver, soupire le jeune homme. Putain, ça fait trois jours que je me suis pas douché, je dois puer à des kilomètres !

— Mais non ! assure son frère en souriant.

— Tu parles…

— On verra avec Sandra ce qu’elle en pense, poursuit Raphaël.

— File-moi une clope.

— T’es malade, non ? Dans l’état où tu es…

Comme pour lui donner raison, une quinte de toux emporte William. Il reprend son souffle, une main posée sur sa blessure à l’épaule.

— Qu’est-ce qu’on fera quand on s’en sera sortis ?

Raphaël hausse les épaules.

— Tout ce qu’on voudra, répond-il simplement.

— T’as bien une idée, non ? sourit William.

— Pas qu’une seule !… Et toi ?

— Pareil ! On pourrait s’acheter un putain de gros bateau et faire le tour du monde… Du pôle Sud au pôle Nord. Une semaine ou un mois dans chaque port… Les pays chauds, les pays froids…

Raphaël s’installe dans son fauteuil, sourire aux lèvres.

— Survoler le Saint-Laurent en automne, murmure-t-il.

— En hydravion ?

— Ouais… Je rêve de ça depuis que je suis gosse.

— Je savais pas, dit William.

Ils restent un moment silencieux. Des nuages, des vagues et des horizons plein la tête. Des icebergs et des dunes. Des ciels et des terres inconnus…

Plus jamais séparés par le moindre barreau.

— Tu vas pas la tuer, hein ? demande soudain William.

Raphaël revient un peu brutalement dans le réel. Comme il ne répond pas, son frère sonde son regard.

— Tu vas pas la buter ? répète-t-il.

— Je ferai ce que j’ai à faire, conclut Raphaël en se mettant debout. Repose-toi maintenant.

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