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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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— Hors de question. Fallait pas essayer de me tuer ! Et puis ne te plains pas : tu es dans un vrai lit, alors que moi je me contente du fauteuil.

Il lâche son visage, elle n’ose plus tourner la tête.

— J’ai froid ! gémit-elle.

— Et alors ? Tu veux que je te réchauffe, c’est ça ?

Le regard de Sandra s’affole, il a un sourire en coin.

— Pas de ma faute si cette baraque est mal chauffée ! ricane-t-il.

Il attrape la couverture au pied du lit, la remonte jusqu’à son menton puis éteint la lumière.

— Ne t’avise plus de me réveiller, ajoute-t-il. Sinon, je te fous dans la remise. Ou alors je viens dormir avec toi…

Enfin, il quitte la pièce en laissant la porte ouverte ; elle prend une profonde inspiration. Essaie de se calmer.

Espèce de salaud, je te garantis que tu vas payer.

Un prix que tu n’imagines même pas !

Bientôt, c’est toi qui trembleras. Toi qui auras peur. Toi qui auras froid.

6 h 30

Fred est déjà debout devant la fenêtre entrouverte.

Besoin d’air. Et même ce vent glacial qui s’immisce dans la chambre lui fait du bien, alors qu’il est torse nu.

L’aube se fait attendre ; l’heure où la nuit s’attarde, en mauvaise perdante.

Il tourne la tête, regarde Christel qui dort à poings fermés, recroquevillée tout au bord du matelas.

Il a passé la nuit dans la chambre d’à côté, est revenu rôder dans celle de Christel au petit matin. Cette chambre qui devrait être la leur. Pas la sienne.

Tant de choses devraient être différentes.

La première de toutes, c’est qu’il ne devrait pas être là.

Là, dans la maison d’un gendarme qui peut rentrer d’un moment à l’autre.

Il regarde à nouveau dehors, essaie de se persuader qu’aujourd’hui sera une bonne journée. Qu’ils vont enfin se tirer d’ici, reprendre la route, trouver un refuge plus sûr… Cette planque bis dont Raphaël a parlé. Sa botte secrète… Un mensonge, peut-être ?

Et surtout, il espère qu’ils ne vont plus tarder à fourguer les pierres, patate chaude dont il faut se débarrasser au plus vite.

Il sait que Raphaël est un mec expérimenté avec un beau palmarès. Mais entre eux, il manque quelque chose de fondamental qui se nomme confiance.

Même s’ils ont réussi un des plus beaux braquages de ces dernières années, ils sont sacrément dans la merde.

Réussi… ? Il repense à cette femme qui s’effondre pendant la fusillade. Il a à peine eu le temps de la voir. Il ne sait même pas si elle avait un mari, des enfants. Mais rien ne dit que c’est une de ses balles qui l’a tuée. C’est peut-être une de celles tirées par les flics.

Peu importe. Le sang a coulé, la réussite s’est transformée en échec.

Christel s’agite brusquement, sortant de son profond sommeil. Elle pousse de drôles de gémissements, sortes de plaintes.

Que vit-elle dans ses cauchemars ? Si seulement elle se confiait. Si seulement elle lui disait qui elle est et ce qu’elle a vécu.

Quelque chose de terrible, sans doute. Pour collectionner de telles névroses, pour avoir fini dans la rue. Pour être si dure et si fragile à la fois.

Si vulnérable, si féroce…

Elle s’est montrée odieuse, hier soir. Il a tenté une approche, s’est pris une douche froide en retour. Il a l’habitude, mais ça l’a taraudé toute la nuit.

Cette fille est cinglée. Il le sait, il aime ça. Sauf quand ça le met hors de lui.

Cette nuit, il avait besoin de réconfort. Besoin de sentir la peau d’une femme contre la sienne. Besoin de sentir qu’elle tenait à lui.

Besoin d’elle.

Il meurt d’envie de la réveiller. De lui rappeler qu’elle est à lui. De lui rappeler qu’il n’est pas de ceux qui se laissent mener à la baguette. Qu’il est fiché au grand banditisme, que même les flics ont peur de lui. Qu’il ne va pas accepter qu’une gonzesse fasse sa loi.

Alors, comme la nuit qui refuse d’abdiquer, il refuse de quitter la chambre et s’approche du lit.

Mauvais perdant.

Il fait glisser la bretelle de son débardeur, pose ses lèvres sur son épaule. Elle ouvre les yeux, met un instant à réaliser qu’il est près d’elle.

Elle s’enfuit doucement de l’autre côté du lit, sent qu’il entre sous les couvertures.

— Pas maintenant, dit-elle d’une voix d’outre-tombe.

Elle se retourne, vient se lover contre lui. Suit avec l’index les contours du tatouage qu’il porte sur le torse. Un cobra en position d’attaque.

— J’ai besoin de dormir encore un peu, murmure-t-elle. Mais je suis contente que tu sois venu me réchauffer… Tu me manquais.

Finalement, il la prend dans ses bras et la laisse se rendormir.

Elle a dû l’ensorceler. Pas possible autrement.

7 h 00

William a ouvert les yeux depuis un bon moment. Il regarde Raphaël qui dort dans le fauteuil, complètement replié sur lui-même.

Lorsqu’il se réveillera, il risque d’être mal en point. Courbatures garanties.

Ce frère qui ne l’a pas abandonné. Qui veille sur lui depuis des jours et des nuits.

Depuis toujours.

Même si, pendant des années, il n’était qu’un fantôme derrière des barreaux.

William décide de se lever. Il serre les dents pour ne pas hurler de douleur. Sa jambe lui fait atrocement mal. Il se tient à la table, ferme les yeux. Au bord de la syncope.

Il se sent aussi faible et fragile qu’un nouveau-né. La tête lui tourne, un vertige violent lui file instantanément la nausée.

Il se croyait solide ; il faut croire qu’il ne l’est pas tant que ça.

Il a l’impression qu’une marmite d’eau bouillante a remplacé son cerveau, que ses muscles ont fondu, qu’il a perdu toute notion d’équilibre. Qu’il a bu des litres d’alcool ou s’est injecté une mauvaise came dans les veines.

Malgré tout, il avance doucement vers les toilettes en s’agrippant à ce qu’il peut. En essayant de ne pas réveiller Raphaël.

Il va bien falloir qu’il se remette debout. Qu’il montre qu’il en est capable.

Qu’il cesse d’être le boulet qui les ralentit.

Enfin parvenu jusqu’aux toilettes, il soulage sa vessie, une main posée sur le mur, pour ne pas tomber. Portant son poids sur sa jambe gauche pour épargner la droite.

Il tire la chasse d’eau, revient dans la salle à manger. Ses vertiges empirent, il a l’impression que la pénombre s’éclaire brusquement d’une multitude d’étincelles. Rouges, bleues, vertes…

Rejoindre le canapé. Huit mètres à tout casser.

Périple insurmontable.

— Raph…

Il vient de murmurer son prénom, n’ayant même plus la force de crier. Il lui semble que s’il hurle, il va se briser en mille morceaux.

— Raph…

Encore un pas. Il parvient enfin à s’accrocher à la table. Ses genoux se plient, ses jambes se dérobent au ralenti. Un flash de lumière éblouissante explose devant ses yeux.

Avant le noir complet.

Raphaël se réveille en sursaut. Un bruit sourd vient d’éteindre ses rêves. Voyant le canapé déserté, il comprend instantanément et se lève à la va-vite. L’impression d’avoir été roué de coups. Mais l’adrénaline lui procure une énergie fulgurante.

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