Purgatoire des innocents
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265097841
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:
— Sans doute. Mais je suis sûr que tu aimes ça. Les femmes adorent les mecs dans mon genre.
— Tu rêves !
— Oh non… Il y a des choses qu’on a du mal à cacher ! Tu ne t’ennuierais pas un peu avec ton petit flic de mari ?
— Jamais.
— Vraiment ? Pourtant, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression que tu n’es pas la plus heureuse des femmes.
— Avant que tu viennes me pourrir la vie, je l’étais.
— Tu mens.
— Alors, tu le veux ce café, oui ou merde ?
Il sourit de plus belle. Décidément, cette nana lui plaît de plus en plus.
— Oui, chérie, j’ai très envie… de ce café.
Il enlève son bras droit, elle quitte la chambre, tête haute.
7 h 20
Sandra a terminé de préparer le petit déjeuner de ses hôtes, ou plutôt des parasites qui ont investi sa maison. Elle aussi boit un café, les reins calés contre le plan de travail, tandis que Raphaël et Fred sont attablés, face à face.
— C’est quoi, le programme ? demande Fred en avalant un morceau de pain grillé.
— Le même qu’hier, répond sèchement Raphaël.
— Tu comptes t’installer ici, ou quoi ? T’es tombé amoureux de ce petit coin de paradis, c’est ça ?
— Tu as vu que Will ne tient pas debout, non ?
— Et alors ? On le fout à l’arrière de la bagnole et on s’arrache. Il n’a pas besoin de marcher. Juste de s’allonger sur la banquette arrière.
— Hors de question de reprendre l’Audi.
— Eh bien il y a le Qashqai !
— Pas assez rapide.
— Ça fera l’affaire, décrète Fred.
Raphaël soupire.
— William a besoin de rester tranquille encore un jour. Au moins. Si on le trimballe, il pourrait y passer. Et je ne prendrai pas ce genre de risque.
— Tu es prêt à sacrifier tout le monde, c’est ça ?
Raphaël le fixe quelques secondes droit dans les yeux.
— C’est ça.
— Je croyais qu’on formait une équipe, rétorque Fred. Et dans une équipe, on se la joue pas perso.
— Je suis d’accord. Dans une équipe, on ne laisse pas crever un des joueurs.
Fred frappe soudain du poing sur la table, Sandra sursaute. Les deux hommes s’affrontent du regard sans même faire attention à elle.
— Je ne resterai pas une journée de plus ici ! menace Fred.
— Vraiment ? réplique Raphaël d’une voix glacée. Alors prends ta gonzesse et barre-toi.
— Je veux ma part.
Raphaël sourit. Pour cacher que ses nerfs ne vont pas tarder à lâcher.
— Ta part ? Et tu en feras quoi, hein ? Tu connais un fourgue capable d’écouler ce genre de marchandises ? Je sais bien que non. Tu la refileras à un tocard qui se fera piquer en moins de deux et te balanceras aux flics juste après. Alors si tu te tires, ce sera les mains vides.
Fred est sur le point de sortir de ses gonds. Mais il n’a pas n’importe qui en face. Et a encore suffisamment de lucidité pour ne pas l’oublier.
— OK, dit-il. Je t’accorde encore un jour. En priant pour que le képi ne se ramène pas.
— Très bien… On en reparlera demain.
Ils s’aperçoivent soudain que Christel est à l’entrée de la cuisine. Depuis combien de temps ?
— Salut, dit-elle.
Personne ne répond. Elle s’avance vers Fred, passe ses bras autour de ses épaules. Il la repousse sans ménagement.
— Pourquoi vous vous engueulez ? demande-t-elle d’un ton innocent.
— Ton mec veut partir aujourd’hui, résume Raphaël. Et moi, je ne veux pas.
— Parce que Will ne va pas mieux ?
— C’est ça.
Elle hausse les épaules.
— De toute façon, ici ou ailleurs…
Elle s’assoit à côté de Fred qui n’a pas un regard pour elle.
— Si on doit crever, on doit crever. Si c’est écrit, on n’y peut rien… Alors, arrêtez de vous engueuler. Parce que ça n’arrangera rien.
Christel tourne la tête vers Sandra.
— T’attends quoi pour me servir un café ?
— Vous êtes parfaitement capable de vous servir un café vous-même, rétorque la vétérinaire en la toisant de la tête aux pieds. Les tasses sont dans le placard du haut, la cafetière, juste derrière vous. Bon appétit !
Raphaël a un léger sourire, tout juste perceptible.
CHAPITRE 12
7 h 30
Jessica est plantée devant le miroir de la salle de bains. Elle admire ses nouvelles boucles d’oreilles, deux gros anneaux en argent. C’est la première fois qu’elle les porte ; Aurélie va en crever de jalousie !
— Jessie ! Dépêche-toi, tu vas être en retard !
— J’arrive, soupire la jeune fille.
Elle s’accorde encore quelques secondes qui durent une minute, puis descend l’escalier en trombe.
— Tu n’as rien oublié ? s’assure sa mère.
— Non !
Jessica lace ses chaussures, Converse montantes kaki, puis enfile son blouson en jean. Elle attrape son sac et va dans la cuisine embrasser son père qui finit de boire son café.
— C’est ce matin, ton contrôle de maths ?
— Non, cet aprèm…
— Tu vas faire des miracles ! prédit-il en déposant un baiser sur son front.
— Ouais… Je sais pas… On peut jamais savoir.
Elle retourne dans le vestibule où sa mère l’attend de pied ferme.
— Tu as cours jusqu’à quelle heure, aujourd’hui ?
— Cinq heures.
Et comme chaque matin, sa mère lui sourit et ajoute :
— Alors je te veux à la maison à cinq heures et demie.
— Ouais, je sais !
— Tu fais un bisou à Aurélie pour nous, hein ?
— Ouais. T’as pas oublié qu’elle vient avec nous ce week-end, au moins ?
— Bien sûr que non, répond sa mère.
Elle l’embrasse sur la joue et Jessica s’enfuit, pressée de retrouver sa copine qui l’attend sans doute déjà au coin de la rue. Et qui va mourir en voyant ses nouvelles boucles !
Sa mère la suit des yeux tandis qu’elle s’éloigne dans le petit jour.
Si elle savait…
Que c’est la dernière fois qu’elle la voit avant l’atroce déchirure.
Si elle savait…
Que sa vie va basculer dans moins de vingt-quatre heures.
Que l’horreur absolue va s’abattre sur elle.
Qu’elle va endurer le plus terrifiant des calvaires pour une mère.
Imaginer, ne pas savoir.
Qu’elle va pleurer toutes les larmes de son corps. Hurler jusqu’à se briser les cordes vocales.
Qu’elle sera rongée inexorablement par le plus pur des acides.
Si elle savait… Elle la rattraperait, la prendrait dans ses bras. La garderait près d’elle.
Mais non, elle ne sait pas. Elle ne peut pas savoir.
Alors, en regardant Jessica passer le portail, elle sourit.
Pour la dernière fois de sa vie.
CHAPITRE 13
8 h 12
William tente d’avaler un maigre petit déjeuner. Et même s’il n’a pas mangé depuis deux jours, ça ressemble à une épreuve.
— On pourrait peut-être essayer de partir, dit-il.
— T’es pas en état. Demain, j’espère.