San-Antonio met le paquet
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #35
- Год: 1971
- Язык: французский
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «San-Antonio met le paquet». Краткое содержание книги:
Une aventure vraiment extraordinaire, vous pourrez en juger par la suite si vous avez la patience de poursuivre.
Une aventure comme, à dire vrai, il ne m'en était encore jamais arrivé.
Je fais la grimace en avalant, car v’là mon mal de gorge qui remet la gomme.
— J’ai résumé ça à la diable, M’man… Mais tu vois où je veux en venir ? Grosso modo, les choses ont bien pu se passer ainsi.
— C’est bien extravagant, Antoine !
— L’expérience m’a enseigné que notre imagination est toujours moins romanesque que la vie, M’man !
— Possible, mais sais-tu ce que je trouve anormal dans cette thèse ?
— Dis vite…
— C’est qu’après avoir enterré le cadavre de l’infirme, cet homme ait loué la maison. Les locataires, risquaient de creuser et de découvrir l’horrible vérité !
— Attends, il me vient une autre idée !
Rien de tel que la fièvre pour vous stimuler la pensarde.
— Tu devrais essayer de dormir un peu, Antoine, j’ai l’impression que tu es fiévreux, tu ne veux pas prendre ta température ?
— On verra ça plus tard… Laisse-moi te dire… Suppose que le triste Aquoix n’ait pas liquidé sa belle-fille au moment de la location. Suppose qu’il ait eu des conversations avec son locataire… Il se rend compte qu’il s’agit d’un truand. De fil en aiguille, il lui propose de lui trouver quelqu’un pour l’abattage clandestin. L’autre se laisse convaincre pour des raisons que j’ignore. Aquoix et Ravioli seraient complices ; ce qui expliquerait tout. Sachant que le jardinet recèle un cadavre, Ange Ravioli n’aurait eu aucune raison de se gêner pour y enterrer Keller par la suite !
Ma voix devient vaseuse. Félicie se lève.
— Tu vas dormir, maintenant, Antoine.
Elle m’embrasse, éteint et quitte la chambre. Des raies grises barrent les volets. Le jour est là. Je me cache le museau dans l’oreiller pour ne pas le savoir.
CHAPITRE XII
Dans lequel Béru envisage de porter des lunettes de soleil
Ça y est ! J’y ai droit, aux 39,5 ! Le thermomètre est formel sur ce point. Une Félicie alarmée, mais dans le fond ravie de me garder dans son giron, tournique, silencieuse, dans ma chambre. C’est le plan de bataille des périodes d’angine et de grippe. Eucalyptus ! Volets mi-clos ! Radio en sourdine dans la pièce à côté. Dans le fond, j’aime assez ça. Ce sont les dernières ficelles qui me relient à mon enfance. J’ai presque envie de demander Zig et Puce ou Les Pieds nickelés et je sais que si je suis sage j’aurai droit à des bonbons au miel, des chouettes, bien gros, bien ronds, nappés de sucre cristallisé et liquides de l’intérieur.
Comme autrefois… Avant que les truands, les meurtres et les flics existent pour moi !
J’entends claquer la portière d’une bagnole. À la façon élégante dont on foule le gravier de l’allée, je me dis que le gars Béru pourrait fort bien s’insinuer dans mon espace (pas tellement vital vu ma temp’) avant soixante secondes.
Effectivement, sa voix altière tonitrue :
— Alors, il est malade, ce chouchou !
Car Félicie a tubé au burlingue pour annoncer à la volière la triste nouvelle.
L’homme fait son entrée. Il ressemble à une dent gâtée, ce matin, le Gros. Il a un œil au beurre noir, une coupure à la lèvre inférieure et une barbe de trois jours. Une poche de son imper pend, arrachée. Sa cravate ne ressemble même plus à une corde, comme d’ordinaire, mais à une vieille chambre à air hors d’usage.
— Ça ne va pas ? me demande-t-il cordialement.
— C’est à toi qu’on a surtout envie de demander ça, immondice ! T’as eu des mots avec ton cétacé ?
Il ôte son chapeau ravagé par les intempéries et la graisse des comptoirs.
— Je suis en manque de pot, ces jours.
Pas la peine qu’il en rajoute, j’ai pigé, cet endoffé a fait une couennerie.
— Allez, pas de lamentations, annonce ta catastrophe du jour.
— C’est toute une salade.
— Envoie que je l’assaisonne !
Il dépose son couvercle sur le lit.
— Mets ton bitos par terre, bougonné-je, j’ai déjà des microbes qui me font du gringue, alors avec ta bombe à bactéries, je suis bon pour le Père-Lachaise.
Il obéit, penaud.
— Je peux m’asseoir, implore-t-il, je suis sans canne !
— Tu peux.
Le fauteuil hurle d’épouvante et l’un de ses ressorts donne un si bémol galvanisé qui filerait une embolie à Georges Auric.
— Voilà, commence le Gros… Hier, je me suis installé chez Adèle…
— Quelle Adèle ?
— La concierge de l’immeuble ; celle que…
— Vu, enchaîne !
— On a causé avec son mari. Il est veilleur de nuit chez Laplume-Aubégneur, tu sais, la grande fabrique de gruyère râpé ?
— Sans incidence sur l’enquête, tranché-je, ensuite ?
— Sans incidence ! On peut dire que tu causes sans savoir ; brèfle…
Il caresse d’un index léger comme l’humour d’un gardien de la paix son cocard en Gevacolor.
— Brèfle ? insisté-je.
Il est dans ses jours d’ânonnage, le Gros. Faut un peu le secouer pour que ça vienne.
— Le mari, brave homme. Ex-accidenté du travail, il a un pied en bois…
— Tandis que toi ce serait plutôt la gu… que tu aurais en bois, pas vrai, délicieux ballot ? Si tu te faisais faire un blason, et en qualité de roi des c… m’est avis que tu y aurais droit ; au lieu de choisir le motif « de gueule et d’or sur champ d’azur », tu pourrais prendre « de gueule de bois sous ciel de lit ».
— Comment veux-tu que je te bonnisse mon rapport si tu fais de l’esprit de sel, rouscaille le surdéveloppé, c’est une manie que t’as de nous asticoter sans arrêt, moi et Pinaud !
— Objection non valable, poursuivez, inspecteur…
Il promène sur sa lèvre tuméfiée une langue dont personne ne voudrait pour nettoyer des murs de gogues.
— Bon, je prends donc la planque dans la loge en causant de choses et d’autres avec les amis concierges. Naturellement ils me questionnent au sujet de leur locataire et moi, fine mouche, j’interlude la question… Au contraire, je leur en pose. J’apprends que le zig ne marne pas, qu’il était fonctionnaire en Afrique et qu’il crèche rue Ballu depuis deux ans seulement. Sa belle-fille sort peu et seulement dans sa chaise à roulettes, même que c’est le mari d’Adèle qui aide à la descendre… Tout ça sans grand intérêt, hmm ? s’enquiert-il piteusement.
— La suite !
La gorge me fait un mal de chien. Quand j’avale, j’ai l’impression qu’on me file un coup de râpe à bois dans le tuyau à pneumatiques.
— Bon, sur le coup de onze heures du soir voilà le gars Aquoix qui se taille. Illico je me prends par la pogne et lui fais un brin de conduite… Il descend à pince sur la Trinité. On est rue Blanche, tu mords le topo ?
— Très bien, je connais Pantruche, imagine-toi.
On dirait qu’il prend un malin plaisir à me faire parler.
— Soudain, un G7 remonte en direction de la place Blanche, drapeau levé. Aquoix fait un geste ! Je l’aurais becqueté ! Le taxi le charge et, « bons baisers à mardi », déhotte aussi sec… Moi qu’est-ce que tu voulais que je fisse ? Pas d’autres tires à l’horizon, la station à quatre cents mètres… J’ai pigé que je pouvais que dalle contre les éléments, et je suis revenu prendre la planque.
— Quel œuf ! gémis-je.
— Qu’est-ce que t’aurais fait à ma place, eh ! futé ? mugit Béru.
C’est sans bavure ! En effet, dans notre job, aussi marles que nous soyons, nous ne pouvons rien lorsqu’un type filé grimpe dans un taxi et qu’il n’y en a pas d’autres en vue.
— À quelle heure est rentré notre homme ?