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San-Antonio met le paquet

Электронная книга - «San-Antonio met le paquet». Краткое содержание книги:

C'est par un petit événement en marge de nos activités professionnelles que démarre cette fois-ci l'aventure.
Une aventure vraiment extraordinaire, vous pourrez en juger par la suite si vous avez la patience de poursuivre.
Une aventure comme, à dire vrai, il ne m'en était encore jamais arrivé.
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Costar marron, chemise marron, cravate brique, souliers en croco, ceinture assortie, chapeau à bord rabattu, imperméable mastic et les inévitables gants beurre frais. Une vraie gravure pour une histoire de la fliquerie à travers les âges.

— Qu’est-ce que tu maquilles, Rigo ?

— Je m’occupe de l’affaire Ravioli, m’sieur le commissaire. J’arrive de Pontoise… rapport aux constatations.

— Et qu’as-tu constaté ?

Il hausse les épaules.

— Une automobile a stationné près de celle de Ravioli. Probablement celle de l’assassin. Il y a une grosse tache d’huile dans l’herbe du fossé ainsi que des traces de pneus. Ce sont ceux d’une voiture de moyenne importance : Aronde ou 203 !

— Qu’as-tu fait ?

— J’ai chargé la gendarmerie de Pontoise d’enquêter auprès des gens demeurant sur la route, à proximité du lieu de la tragédie (comment qu’il ligote les baveux, Rigolier, il leur emprunte leur vocabulaire) pour essayer de trouver quelqu’un qui aurait remarqué…

— C’est bien. Puisqu’on est sur le chapitre bagnole, tu vas te livrer à un autre genre d’exercice. Je veux que tu me retrouves le chauffeur d’un G7 qui, cette nuit, vers onze heures, a chargé un petit homme d’une cinquantaine d’années à cheveux blancs rue Blanche… Quand tu l’auras dégauchi, demande-lui où il a déposé son client ; ça boume ?

— Tout de suite, m’sieur le commissaire.

— Et plus tu feras vite, plus tu auras droit à mon estime !

Il touche le bord de son casque de royco. Le gars bibi s’adosse alors au mur car le vertige revient, plus sévère encore. Est-ce le scotch ou l’angine ? Mystère… Un collègue qui passe me file un regard surpris.

— T’as de la tension ou quoi, San-A. ?

Je le vois double et, comme il n’est pas beau, je déplore cette ubiquité.

— M’en parle pas, je carbure à quarante degrés de longitude nord…

— Tu devrais aller te zoner !

— Merci, j’avais pas pensé à ça…

Il s’éloigne guilleret en sifflant Pourquoi pleures-tu avec ton bel oignon ? Curieux comme les autres sont contents d’eux lorsque vous êtes mal foutu. Ils sont dans leur santé comme dans une forteresse et, du haut des créneaux, ils vous font le pied de naze.

Je me dirige de ma démarche de somnambule jusqu’à la salle des entrées et je m’approche du standard.

— Mathias est-il ici ?

— Je vais voir, m’sieur le commissaire !

M’sieur le commissaire ! M’sieur le commissaire ! Ces mots me flanquent mal au cœur. Pourquoi ont-ils l’air de poissons exotiques, tous ces gens ? Ils font des bulles et, quand les bulles éclatent à la surface de leur aquarium, ça donne : « M’sieur le commissaire ».

— Oui, il est là !

— Dites-lui de descendre dans la cour, je l’attends dans ma bagnole.

Je vais me glisser sur la banquette. Mathias s’annonce, un cigare italoche au bec. Juste ce qu’il faut pour remonter le battant d’un mec délabré.

— Éteins-moi cette saloperie et mets-toi au volant ! grogné-je…

— Ça ne va pas, m’sieur le commissaire ?

— Et ne m’appelle pas m’sieur le commissaire, ça me file envie de vomir. Je suis malade à crever…

— Vous devriez…

— Je sais. Conduis-moi rue des Martyrs… Le Raminagrobis…

Il ne pipe plus et se met à driver mon char d’assaut.

Les rues de Paname dansent une sarabande fantastique. Je m’attends à voir dégringoler les cheminées. Bonté ! Ce cauchemar !

— Nous sommes arrivés, m’sieur le…

— Hein ! Quoi ?

J’ai dû m’assoupir. Je vois la façade du bar fermée. Un môme passe sur un vélo avec plein de brignolets sur son porte-bagages et il siffle comme vingt merles qui se seraient établis peintres en bâtiment.

— Va voir s’il y a du personnel à l’intérieur, passe par-derrière.

Il obéit. Je pique dans ma boîte à gants un flacon de vulnéraire. L’Arquebuse des frères Pétaouchnoque, ça s’appelle. Je m’en tire un coup à bout portant dans l’évier. C’est magique. Me voici passagèrement tonifié.

— Il y a là l’amie d’Ange Ravioli, la gonzesse du vestiaire et quelques garçons… Des potes de la Criminelle sont en train de les questionner.

Ça me casse les urnes, comme disent les présidents des bureaux de vote.

J’ai horreur de trouver des confrères sur mon terrain de chasse, même lorsque leur présence est aussi pleinement justifiée que dans la conjoncture présente.

En soupirant, je pénètre sous le porche voisin. Mathias me guide comme un aveugle. C’est le cas de le dire, car je suis presque miraud. J’entre dans le local qui paraît immense dans la pénombre. Des gens graves sont réunis devant la scène. Une boîte de nuit est un endroit que je trouve déjà sinistre en pleine activité, mais alors, quand elle est vide, ça fait Kafka, comme disent les snobinards qui n’ont jamais lu l’auteur du Château. Des collègues que je reconnais vaguement me serrent la louche, m’interrogent.

— Le commissaire est malade, explique Mathias, il fait une angine et au lieu de rester dans son lit…

— Ta gueule !

Qui est-ce qui a eu le toupet de lancer ça ? Je mate les personnes présentes. À leur frime, je pige que c’est moi.

— Je veux parler à la dame de Ravioli.

Une pépée s’annonce, en larmes. Charles Martel fondit sur les Arabes à Poitiers, mais c’est sur moi que cette personne se répand. Pauvre veuve sans pension !

— Je boirais bien un coup de raide ! dis-je à la cantonade.

Et v’là la cantonade qui se précipite. Des loufiats en civil galopent me drainer du scotch. À ce rythme, je vais finir par m’écrouler comme une vieille savate. Il en a de choucardes, le docteur Théo, avec ses coureurs qui gagnent dans l’Aubisque grâce à une angine. Je voudrais leur recette, à ces rois de la pédale !

— Madame, il faut que nous ayons une conversation en privé, passons dans le bureau d’Ange.

Je la cramponne par une aile, à la réprobation générale, et la guide dans la petite pièce où, hier soir, j’ai joué ma sérénade portugaise à Ravioli, le roi du décarpillage.

C’est vrai qu’il s’y connaissait, le bougre, pour faire déloquer les gens. Je pense au strip des gens de Magny. C’est le fin des fins, se dévêtir jusqu’au squelette, n’est-ce pas du grand art ?

Je boucle la porte. Les collègues doivent fumer, mais je m’assieds sur leur déconvenue.

— Prenez une chaise, madame…

Elle essuie son pauvre visage d’ancienne poufiasse convertie.

Son rêve, à cette ex-déboutonneuse de falzar, c’est une vie douillette en province. Elle ferait partie de l’ouvroir de la paroisse et, en compagnie des vieilles tarderies du patelin, elle tricoterait des chaussettes aux Esquimaux orphelins ou des maillots de corps aux hommes-grenouilles qu’ont le crapaud vide.

— C’est affreux ! Ange ! Ange !

Je me retiens de lui dire qu’avec un prénom pareil et démerdard comme il était, il a dû se faire admettre au paradis en jouant sur la confusion.

— On a dû déjà vous questionner, ma pauvre amie, commencé-je en me massant l’abdomen où les multiples boissons que j’ai ingérées se tirent la bourre. Mais nous allons tout reprendre à zéro. Hier j’ai vu votre mari. Vous a-t-il parlé de ma visite ?

Elle ouvre la bouche, mais aucun son ne s’en échappe. À moins que mes portugaises ne se soient mises en grève, ce qui n’est pas exclu.

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