San-Antonio met le paquet
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #35
- Год: 1971
- Язык: французский
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «San-Antonio met le paquet». Краткое содержание книги:
Une aventure vraiment extraordinaire, vous pourrez en juger par la suite si vous avez la patience de poursuivre.
Une aventure comme, à dire vrai, il ne m'en était encore jamais arrivé.
C’est alors que mon lutin personnel, vous savez ? le petit locataire de mon subconscient, celui qui me souffle les idées géniales avec une paille occulte, me dit que lorsqu’un frometon est écrabouillé, le meilleur parti qu’on puisse en tirer c’est de le mettre en tartine.
Aussi bien, puisque l’ignoble Béru a trouvé le moyen de rencarder son ancienne marraine de guerre, je vais exploiter la situation nouvellement créée à sens contraire.
— Tu vas mettre le cap sur la loge de la concierge, Gros.
— C’est le cap Cerbère, alors ? hasarde le Mahousse qui cherche à détendre l’atmosphère par un bon mot.
Je sape ses illusions.
— Si elle a le Vermot, tu auras le droit de le repasser, parce que tu flanches et je voudrais pas te voir louper ton examen de calembredaine. Essaie d’apprendre le maximum de choses sur le mode de vie d’Aquoix et de sa belle-fille. Rapport complet. Et quand Aquoix sortira, tu lui fileras le train, correct ?
— Entendu !
Il descend de ma chignole et j’emmène Aïoli à son journal.
— T’as de drôles de sous-fifres, observe-t-elle. Il le fait exprès d’être c… comme ça, ton gars, ou c’est de naissance ?
Moi, vous me connaissez, je suis le first à les traiter de tordus, mes pieds nickelés, mais j’aime pas qu’on vienne me baver sur les noix à leur sujet.
— Écoute, Aïoli, rétorqué-je, mes hommes n’ont pas inventé la fusée Atlas ; ils ne se lavent pas les pinceaux toutes les années et ils préfèrent le sauciflard à l’ail au caviar sur toasts, mais question de turbin, c’est pas toi qui pourrais leur donner des cours du soir.
— Tu t’emportes, je voulais pas te vexer, rectifie Blagapar. On le voit tout de suite, que Sherlock Holmes était un minable à côté du bœuf que tu viens de débarquer.
Nous éclatons de rire.
— En somme, conclut-elle, c’est une visite pour la peau !
— Rien n’est jamais inutile, déclaré-je, un brin sentencieux.
Elle me file un coup de périscope intrigué.
— Ça veut dire quoi, en langage poultok ?
— Je te posterai la traduction un de ces quatre, bonhomme. Auparavant, faut que je potasse mon lexique.
On se sépare sur cette réplique équivoque. Je retourne au burlingue.
Lavoine achève une ravissante cocotte en papier à laquelle il a dessiné les châsses de Sophia Loren au crayon-bille lorsque j’enfonce le loqueteau.
— Déjà ! fais-je, content d’avoir à qui parler de l’affaire.
— Oui, patron.
— Tu as mon tuyau ?
— Voilà.
Il me tend une feuille de bloc. En caractères d’imprimerie il a écrit :
Raminagrobis, rue des Martyrs
Propriétaire : Ange Ravioli
— C’est le gars qui loua la carrée de Magny ?
— Oui, m’sieur le commissaire. Il tient une taule de strip. Il a été locataire là-bas de 55 à l’été 58. Ensuite la maison est restée fermée.
— Des tuyaux sur ce Ravioli ?
— Petit pedigree. Deux plombes en 45 pour abus de confiance. Trois ans de Centrouze en 49 pour attaque à main armée. Depuis plus rien… Il s’est lancé dans la limonade avec des capitaux mystérieux… Il passe pour être rangé des voitures.
— Marida ?
— Maqué avec une ancienne entraîneuse de chez Mémène.
J’enregistre tout cela avec une évidente satisfaction. Cet Ange Ravioli aurait joué Arsenic et Vieilles Dentelles dans la strasse de Magny que ça ne m’étonnerait pas.
— Beau boulot, Lavoine.
Il rosit de confusion.
— Il faut dire que j’ai eu un coup de vase : j’ai téléphoné aux agences de location de Magny-en-Vexin et je suis tombé sur un zig qui m’a affranchi.
— Bravo !
Comme il quitte mon territoire, le bigophone intérieur appelle au secours. C’est Mathias qui s’informe si je suis rentré.
— Amène-toi, fils !
Il ne se fait pas prier.
— Qu’est-ce que ça a donné, ta petite distribution de prospectus ?
— À vrai dire pas grand-chose ! Pourtant y aura peut-être du nouveau au sujet de l’homme du côté de l’Allemagne.
— Raconte !
— C’est l’histoire des pouces écrasés, ça a rappelé quelqu’un à un de nos collègues de Lille ; un trafiquant chleu qui aurait fait parler de lui y a quelques années à Hambourg. J’ai adressé un câble aux services de cette ville et j’attends la réponse.
— Très bien.
Je suis content de mes hommes, content de moi aussi. Je tends mon appareil photographique à Mathias.
— Porte ça au labo. Dedans y a deux photos à développer, elles ne doivent pas être fameuses car je les ai prises à l’intérieur d’un appartement et sans flash. Sans viser non plus. Qu’ils en tirent le maxi, hein ?
— Entendu…
— Pas de nouvelles de Pinaud et de Rigolier ?
— Pas encore… Dame, il n’est que six heures moins vingt et Magny c’est tout de même pas à côté !
Il s’en va. J’ai l’esprit en paix comme une cuisinière qui a mis son repas « en train ». Ça mijote sur le réchaud à gaz, y a qu’à attendre que le temps de cuisson soit révolu.
Je laisse la consigne au planton et je descends au café d’en face écluser un pastaga-tomate. Dans mon mixer, c’est plein de bouts d’idées bizarroïdes qui tourniquent pour chercher leur place. Elle viendra, j’ai confiance. Je roule les bobs avec le taulier en attendant de nouveaux résultats. Comme je suis dans une bonne passe, je lui colle deux tournanches dans le tiroir, ce qui cause un certain désagrément au cher homme. Obstiné, il me propose la revanche, mais la lourde s’ouvre sur Pinaucchio. Le vioque a un sourire flétri dans sa moustache mitée. Il semble si ravi que je ne doute pas un instant de le voir déposer dans la corbeille de mariage un élément de la plus grande valeur.
— Tu parais bien joyce ? dis-je en l’entraînant au fond de l’établissement.
— Y a de quoi !
— Vas-y, je t’écoute…
Son sourire béat disparaît et ses yeux de plâtre se mettent à faire des miettes.
— Ben quoi, je suis content qu’on ait débarrassé ma maison de ces… de ces personnes… Du coup, je m’y suis senti à l’aise.
— Tu as questionné les voisins ?
— Oui, pas mal.
— Alors ?
— Alors rien ! Il paraît que les locataires qui se sont installés là-bas après la mort de la mère Planqueblé amenaient des tas de zigs. Comment veux-tu qu’ils en aient remarqué un plus que d’autres ? Ces gens n’allaient à Magny que le dimanche et ils ne quittaient pas la propriété.
— Bref, tu reviens les mains vides, dis-le carrément.
— Les mains, mais pas les poches ! plaisante ce prêtre de l’humour.
Il inventorie ses profondes. Y a du suspense, je vous jure. Avec Pinuche, y a même du suspensoir. Il retire tour à tour un trousseau de clés, un paquet de tabac éventré, un paquet de Job gommé, un bout de ficelle artistiquement plié, une boîte d’hameçons numéro huit et enfin un morceau de papier de boucherie qu’il déplie savamment.
— J’ai trouvé ça à la cave, dit-il.
« Ça », c’est une douille de revolver calibre 7,65 tout écrasée et un morceau de billet de wagon-restaurant allemand.
Le fossile me regarde en continuant de battre des paupières.
— Ça t’intéresse, Tonio ?
Je lui frappe l’épaule.
— Je suis preneur, ma vieille poubelle. Montons au bureau.
— J’aimerais bien prendre un verre avant.