San-Antonio met le paquet
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #35
- Год: 1971
- Язык: французский
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «San-Antonio met le paquet». Краткое содержание книги:
Une aventure vraiment extraordinaire, vous pourrez en juger par la suite si vous avez la patience de poursuivre.
Une aventure comme, à dire vrai, il ne m'en était encore jamais arrivé.
— Comment vas-tu, mon petit ? demande-t-il, car il est fort distrait.
— J’attends que vous me le disiez, doc !
Il rit.
Rien que sa présence calme les affres de Félicie. Elle croit en lui comme en Notre-Dame de Lourdes.
Un coup de périscope dans la descente et son diagnostic déboule, archiprévu.
— Une petite angine.
Il ordonne un truc en « ine », puis on se met à blaguer. Le bigophone retentit en coulisse. Félicie va décrocher. Quand elle revient, son front est obscurci.
— C’est l’inspecteur Lavoine, Antoine. Il m’a dit de t’apprendre que le dénommé Ange Ravioli a été assassiné cette nuit.
Je bondis.
— Quoi ?
Du coup je ne sens plus ma gorge, ma fièvre, mon mal de tête. J’oublie la présence du toubib et son ordonnance. Me voilà hors du pageot…
— Tu es fou ! s’écrie M’man ; veux-tu vite te recoucher…
— Plus tard, fais-je. Il faut absolument que j’aille là-bas.
— Ce n’est pas raisonnable, déclare sévèrement Théo, tu risques des complications…
— Elles viennent de se produire, les complications, doc ! Faites confiance…
— Mais…
Tout en m’habillant frénétiquement, je lui dis :
— Donnez-moi seulement de quoi me doper un peu pour aujourd’hui et je vous promets que demain je resterai dans les torchons.
— Quelle drôle de vie tu mènes, grogne le praticien.
Il ouvre sa trousse noire, farfouille dedans et lance sur mon lit une petite boîte plate.
— Trois cachets par jour. Mais ça ne te permettra que d’exploiter tes réserves, il n’y a pas de miracle, tu sais.
— O.K., doc, vous êtes un chef !
— Il se tuera au travail, gémit Félicie.
Je balance une œillade au doc.
— Bast ! il est solide comme du roc, ma chère amie, console Théo. N’oubliez pas que vous avez des coureurs du Tour de France qui continuent la course avec des angines.
Je me débarbouille façon chat de gouttière et je calte avec un cache-col de soie au cou sans m’être rasé.
Lavoine sourit.
— J’étais certain que vous viendriez, patron.
C’est beau d’être un meneur d’hommes. Seulement, ça implique pas mal d’obligations parmi lesquelles celle de n’être jamais malade.
— Merci pour ta foi ; accouche !
— Des motards ont découvert Ravioli sur la route de Pontoise au volant de sa chignole. Il a été buté d’une balle dans la tronche. La balle a traversé la tête et pulvérisé le pare-brise de son américaine, c’est ce qui a attiré l’attention des vestes de cuir.
— À quel endroit était l’auto ?
— À l’entrée de la ville. Bien remisée sur le bas-côté de la route avec ses feux de position. Le corps avait glissé sur la banquette et on aurait pu croire qu’il dormait. Sans ce pare-brise éclaté, il y serait peut-être encore.
— Quelle heure, le décès ?
— D’après les premières constatations du légiste, il aurait eu lieu entre minuit et deux heures…
J’adresse une pensée émue à ce bon Aquoix Serge qui fut absent de son domicile entre onze heures et trois heures. J’ai grande envie de lui parler en tête à tête.
Mais l’instant des conversations intimes n’est pas encore venu.
— Des empreintes dans la guinde d’Ange ?
— Les copains du labo s’en occupent ; seulement, les empreintes dans une voiture, vous savez ce que c’est ? Il y en a tellement que pour mettre ça en ordre…
— Calibre du pétard ?
— Un neuf millimètres, c’est pour ça que la balle a perforé la boîte crânienne de part en part. Un calibre de cette importance, vous pensez ! Il lui manque la moitié de la tirelire, au Ravioli. Il est vraiment à la sauce tomate !
L’image me cloque mal au cœur. Bonté divine, ce que je me sens vasouillard. J’ai l’impression d’avoir la tronche dans de l’eau chaude…
— Passe-moi un verre d’eau, bonhomme.
Je gobe un des cachetons au docteur Théo. Avec toute la daube qu’on avale de nos jours dès que ça ne carbure pas rond, je m’étonne que la moyenne de vie soit augmentée.
Je reste un moment, la bouille dans les pognes, à essayer de surmonter ma défaillance. Et puis je comprends que ça n’est pas avec des produits pharmaceutiques que j’arriverai à tenir le choc aujourd’hui. Pour se doper, on n’a trouvé qu’un seul vrai système et c’est à celui-ci qu’il faut revenir toujours dans notre vacherie de turbin.
— Descends chez le marchand d’oubli, en face, et ramène-moi un plein verre de whisky sans flotte ni glace, vieux.
Il sourit.
— Les grands remèdes ?
— Pour les petits maux, c’est idéal.
Tandis qu’il est parti, je sonne le labo.
— Vous avez les photos que je vous ai données à développer hier ?
— Oui, m’sieur le commissaire.
— Qu’attendez-vous pour me les descendre ?
— Elles ne sont pas fameuses.
— C’est à moi qu’il appartient d’en juger !
Oh ! pardon, ce qu’il devient phraseur, votre San-Antonio chéri, quand il fait de la température. Je me cintre tout seul en raccrochant.
Trois minutes plus tard, on m’apporte les deux épreuves.
En ce qui concerne la photo d’Aquoix, elle est en pied mais il lui manque la moitié de la hure. Heureusement, bien que floue, celle de sa belle-fille est reconnaissable et c’est ce qui importe. Je la glisse dans mon portefeuille. Retour de Lavoine avec un godet plein de whisky. J’écluse cul sec en faisant la grimace, because ça me cisaille les amygdales au passage. Mais presque aussitôt je sens qu’un grand mieux s’épand dans ma carcasse.
Avec ce supercarburant, je vais peut-être pouvoir finir le parcours.
— Dis donc, Lavoine, tu m’as bien dit que c’était par une agence de Magny que Ravioli avait trouvé à louer cette maison ?
— Oui.
— D’après moi, Ange Ravioli était en cheville avec Aquoix, je subodore une complicité entre eux. Est-elle intervenue avant ou après l’installation du locataire à Magny, ça reste à déterminer. Tu vas retourner chez le gars de l’agence de location et tirer ce point au clair. Lorsqu’il a loué, Ravioli s’est-il présenté de la part d’Aquoix ? A-t-il lu une annonce ? Bref je veux que tu étudies ce nœud de l’histoire à la loupe, compris ?
— Bien, patron, je file tout de suite !
— Attends.
Je rouvre mon portefeuille.
— Voilà une photo de la belle-fille d’Aquoix. Emporte-la et montre-la à ce type, afin qu’il te confirme s’il s’agit bien là de la fille Planqueblé. Je te recommande encore la discrétion la plus absolue…
Il s’évacue, coiffé d’un bitos en tissu imperméable qui renifle son poultok d’une lieue.
Je quitte mon fauteuil pivotant et décris une embardée. Ma parole, je suis chlass. Mais en tout cas, je le suis d’une drôle de manière. C’est de la biture maladive ; avec les guitares en coton, la bouche amère et le cerveau qui joue à la toupie infernale. Les murs de la pièce tristement administrative décrivent un mouvement de rotation qui les rend plus déprimants encore.
« Mon petit San-Antonio, me dis-je gentiment afin de ne pas m’effaroucher, si t’es un homme, c’est le moment de le montrer. Tu l’as prouvé moult fois aux dames, tâche de te le prouver à toi-même. »
Je fais un pas, deux pas… Tout se tasse. Il ne reste en moi qu’une étrange mollesse et une envie de restituer au plancher jusqu’à mes plus humbles organes.
J’avise Rigolier dans le couloir. Je ne vous en ai pas encore parlé beaucoup, de Rigolier. C’est un nouveau. Pas un jeune : un nouveau dans les services. Il arrive de la mondaine et il a conservé de son ancienne brigade cette recherche dans l’élégance qui fait reconnaître ces messieurs à travers une vitre dépolie.