San-Antonio met le paquet
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #35
- Год: 1971
- Язык: французский
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «San-Antonio met le paquet». Краткое содержание книги:
Une aventure vraiment extraordinaire, vous pourrez en juger par la suite si vous avez la patience de poursuivre.
Une aventure comme, à dire vrai, il ne m'en était encore jamais arrivé.
— Où allez-vous ?
Il pue la gnole à plein nez.
— J’ai rendez-vous avec mon ami Ange.
Il hésite.
— Bon, je vais vous annoncer, c’est de la part de… ?
Je l’écarte d’une bourrade.
— Dis, grand-dabe, on n’est pas à Buckingham Palace, non !
Il n’ose insister. Je passe devant les coulisses. Les portes en sont généralement ouvertes et ces dames se refringuent en causant de la rougeole de leur petit dernier et de la cad du vieux mironton qui les entretient.
La dernière lourde est marquée « Direction ». Comme ça, à la craie. Pas fiérot, Ange Ravioli. Il ne cherche pas à chiquer au Barnum. Je frappe.
— Oui ?
J’ouvre. Il est seul dans une pièce minuscule meublée d’un burlingue à volets et de quelques chaises recouvertes de peluche rouge. Au mur, un portemanteau et des photos de filles à loilpé dédicacées.
Ange est en train de se débarrasser du mirifique pardingue. Il se détourne et me contemple sans chaleur.
— Qu’est-ce que c’est ?
Je dépose ma carte sur son bureau et je choisis une chaise.
— Tiens ! fait-il sans s’émouvoir. C’est donc plus Bonichon qui fait la virée ?
— Y a gourance, monsieur Ravioli, je ne suis pas de la Mondaine.
Son regard se coagule. Qu’il n’aime pas les poulets, c’est neuf. D’ailleurs, cette aversion est très généralisée en France. Mais en plus de l’antipathie, il y a de la méfiance dans ses carreaux.
— Alors vous voulez quoi ?
Je m’assieds à l’amerlock, les pinceaux sur son bureau pour lui montrer que dans mon genre, j’ai de grosses analogies avec Attila. (Au lieu d’être le roi des Huns, je suis le roi des Vingt-Deux.)
— C’est toute une histoire, mon cher… Je gratte en relation avec Interpol…
Le mot le fait tiquer.
— Si vous me cherchez du suif, y a gourance, déclare-t-il. J’ai eu des petits ennuis autrefois, mais on vous dira sur la place que maintenant je suis régul. Vous pouvez fouiller ma taule, si vous trouvez un gramme de chnouf je vous paie des prunes. Pas de jeux clandestins, pas d’abattage en arrière-boutique !
— En somme, y te reste plus qu’à postuler pour la Légion d’honneur, non ?
Un petit rictus tord sa lèvre. Il est assez beau gosse, Ravioli. Il ressemble à Raf Vallone ; un Vallone aux tifs aplatis par la gomina, façon pin-up boy 1939.
— Bon, coupe-t-il. Vous disiez donc que vous étiez embringué avec l’Inter ?…
— C’est les copains de Hambourg qui font du zèle. Ils recherchent un certain Keller qui a disparu depuis quelques années.
En lançant ça, je n’ai pas quitté Ange des yeux. Il est resté impavide, un peu trop peut-être, à mon sens.
Le silence devient gênant. Il est relatif, d’ailleurs, car dans la salle, les musicos mettent toute la gomme dans un tcha-tcha. Tous les veaux ont dû abandonner leurs tables pour se frotter le nombril en cadence. Et après, ils se marrent quand, au ciné, ils voient gambiller autour d’un feu les bougnouls de l’A-OF.
— Ce Keller en question marnait dans la joncaille, poursuis-je. Des barlus de toutes provenances débarquaient clandestinement des lingots à Hambourg et lui, il faisait la distribution.
— Je vois pas pourquoi vous me causez de ce monsieur, déclare Ravioli. J’ai jamais entendu parler de lui. Keller, vous dites ?
Il ponctue cette affirmation d’une moue évasive. M’est avis qu’il en remet. Les malfrats ne savent pas jouer simple. Ils en sont restés à Sarah Bernhardt et quand ils essaient de se renouveler, ils prennent des leçons chez le mime Marceau !
— Mince ! soupiré-je, alors on m’a mal tuyauté.
Ça lui flétrit le gros côlon. Ce petit sous-entendu signifie qu’un indic a fait du texte et il n’aime pas ça, Ange. Mais alors pas du tout.
— Qu’est-ce qu’on vous a dit ?
— Que ce Keller était une relation à toi.
— Cette bourde !
— J’ai pas dit « un ami » : j’ai dit « une relation ». Tu tiens une taule où des tas de gens peuvent venir… Comprends, Ange, je te suspecte pas, je cherche seulement à savoir ce que ce Frisé est devenu. Sa santé, je m’en balance… Seulement…
Il attend, tendu comme une peau de tambour.
— Seulement ?
— Non, rien !
Je me lève.
— Puisque tu le connais pas, y a maldonne… Excuse le dérangement.
Je suis presque à la lourde.
— Eh ! monsieur le commissaire !
— Oui ?
— Qu’est-ce que vous alliez dire ?
Ça le démange, son nez bouge.
— C’est un pastaga qui dépasse les dimensions policières, tu vois où je veux en venir ?
— Non.
— Tant pis, pourquoi continuer de parler de ça ? Tu ne le connais pas, un point c’est tout !
— Je ne le connais pas par son nom, m’sieur le commissaire. Mais je vois tellement de trèpe dans mon estanco, il est possible que…
Je joue les miraculés.
— Mais c’est vrai, tiens ! Ça te dit quelque chose ?
Et de lui produire une photo du Keller expédiée de Hambourg par bélino.
— Paraît que ce gougnafier avait les pouces très larges.
Ange s’abandonne sur la photo.
— Mais dites donc, il se pourrait qu’il soye venu au Raminagrobis ; en effet, cette bouille anguleuse me dit vaguement quelque chose. Mais ça remonterait à vieux.
— Deux ou trois ans ?
— Oui… Et vous dites que ce type aurait eu des activités…
— Il était en cheville avec les services secrets soviétiques…
— Non ?
— Si. Et au moment de sa disparition il avait sur lui, vraisemblablement dans la doublure de ses fringues, un document d’une valeur que tu n’imagines pas. C’est ça qui intéresse mes services à moi, Ange. Il y aurait la grosse prime pour le dégourdi capable de les fournir.
— Oh ! Oh ! La poule se met à pondre de l’or, à cette heure ?
— Par personne interposée, oui. La prime en question irait chercher dans les vingt tuiles !
— Pas possible ?
— Sans compter qu’on ne serait pas regardant sur la manière dont le papier arriverait !
Il baisse la tête, absorbé par le bout rutilant de ses nougats.
— Pourquoi venez-vous me raconter ça à moi, m’sieur le commissaire ?
— Je le raconte à tous ceux qui seraient susceptibles de faire retrouver Keller, vivant ou… mort ! C’est pas un mal, la preuve tu l’as vaguement aperçu ici. Tu es donc bien placé pour en parler autour de toi. Tu sais, y a pas que ceux qu’ont un insigne qui sont capables de mener une enquête. Te voilà sur la ligne de départ. Tu peux peut-être décrocher la timbale.
Je lui tends la main. Il laisse tomber dans ma dextre une pogne délicate ornée d’un bouchon de carafe en carbone extra pur.
— Si t’avais une idée, ou un tuyau, tu demandes le commissaire San-Antonio à la maison Poupoule.
— Entendu !
Je retrouve la salle enfumée. Les clilles ont fini leur partie de frotti-frotta. C’est une nouvelle effeuilleuse qui occupe la scène. Loquée en hôtesse de l’air, cette fois. L’argument du ballet s’intitule « Panique à bord ». Y a le feu dans le zinc, l’extincteur ne fonctionne plus et, stoïque, la Jeanne d’Arc pose ses fringues pour tenter d’enrayer le sinistre. Elle finit par éteindre le brasier, qui, vicelard, n’attendait plus que son minuscule slip de Nylon pour pousser le dernier soupir. Le populo est ravi.
— Pas mal torché non plus, ce numéro, me balance le barman.
— Taisez-vous, je fonce à Air France, dis-je en gagnant la sortie.