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San-Antonio met le paquet

Электронная книга - «San-Antonio met le paquet». Краткое содержание книги:

C'est par un petit événement en marge de nos activités professionnelles que démarre cette fois-ci l'aventure.
Une aventure vraiment extraordinaire, vous pourrez en juger par la suite si vous avez la patience de poursuivre.
Une aventure comme, à dire vrai, il ne m'en était encore jamais arrivé.
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— Je tiens à vous faire remarquer que Ravioli n’est plus. Il a été assassiné et il pourrait bien vous arriver un turbin de ce genre si vous étiez trop discrète… Nous avons affaire à quelqu’un de déterminé. De plus, je vois à votre douleur (nouveau torrent lacrymal de madame) que vous aimiez votre compagnon. Vous tenez à le venger, non ?

— Oui ! crie-t-elle à travers ses sanglots, ce qui m’envoie des éclats de chagrin dans la porcif.

— Bien. Je réitère donc ma question : Ange vous a-t-il parlé de ma visite ?

— Oui.

— Que vous en a-t-il dit ?

— Il semblait troublé. Il m’a dit qu’un flic… Je vous demande pardon…

Je fais un geste nonchalant.

— Vous tracassez pas, j’ai déjà entendu ce mot quelque part.

— Il m’a dit qu’un flic était venu enquêter au sujet d’un certain Keller…

— Et puis ?

— Ange redoutait des ennuis.

— Pourquoi ?

— Je l’ignore. Il paraît que l’Allemand avait disparu et qu’on avait trouvé sa trace au Raminagrobis.

— Vous connaissiez Keller ?

— Je l’ai vu à plusieurs reprises…

— Votre mari entretenait des relations avec lui ?

— Comme ça… Ils causaient, quoi ! Quand Keller venait à Paris, il passait ses soirées ici…

— Vous l’emmeniez dans vos appartements privés ?

— Non !

C’est catégorique.

— Jamais ?

— Au grand jamais !

— Vous n’avez pas fait… heu… par exemple des parties de campagne avec lui ?

— Mais non, quelle idée ! C’était pas un ami, c’était un client… Un client qu’Ange connaissait mieux que les autres, voilà tout !

— Bon. Donc, hier, après mon départ, il vous a fait part de ma visite, vous a paru soucieux… Et ensuite ?

Elle secoue ses épaules grassouillettes de taulière bien nourrie.

— Il est retourné dans son bureau.

— Où étiez-vous, vous ?

— À la caisse. Je surveillais le service !

Bon, elle enfournait l’artiche. C’était son vice, à la chère dame. Pendant des années, elle a arpenté des trottoirs et grimpé des escaliers couverts de linoléum avec des pauvres mecs triturés par le printemps… Maintenant, elle peut rester assise à se faire du lard en épinglant les biftons que son personnel lui apporte ! Le flouse, elle le met plus dans un bas de soie mais dans un bas de laine ce qui, paradoxalement, est un signe d’évolution.

— Continuez…

— Une demi-heure après m’avoir dit ça, il est revenu vers moi. Il m’a demandé combien y avait de fraîche dans le tiroir. « Deux cent trente », je lui réponds. « Aboule deux cents lacsés », il me fait. « Pour quoi faire ? » que je m’étonne. « T’occupe pas », il me dit d’un air soucieux.

Je vais à la lourde.

— Mathias !

Mon pote annonce ces cent quatre-vingts livres avec os.

— Oui, patron.

Tiens ! il ne m’appelle plus m’sieur le commissaire. Du coup je me sens mieux, j’y vois comme un bon présage pour ma petite santé.

— Sais-tu si on a retrouvé de l’argent sur Ravioli ?

— Oui, patron…

— Combien ?

— Dans les dix sacs, je crois !

La bonne veuve pousse un gémissement.

— Il a été pillé ! C’était pas l’homme à sortir démuni !

Mathias écarquille ses boules, because pour lui, jusqu’à preuve du contraire (et ce contraire-là est près de se manifester) dix sacs restent une somme.

— Combien avait-il sur lui ?

— Jamais moins de cent raides.

— Si bien qu’on l’aurait dépouillé de trois cents lacsés environ ?

— Au moins !

D’un geste, je congédie Mathias.

— Vous dites qu’il a empoché ces deux cents tickets. Il est sorti aussitôt ?

— Oui.

— Il vous a dit où il allait ?

— Non. Il m’a seulement annoncé qu’il avait quelqu’un à voir hors de Paris et qu’il ne fallait pas m’inquiéter…

— Qu’avez-vous pensé ?

— Je me suis demandé s’il me faisait pas de l’arnaque. Ange, c’était un homme porté sur la viande fraîche. Seulement, ce qui m’a rassurée, c’est l’artiche justement. Cavaleur mais pas pigeon, mon homme ! déclara-t-elle fièrement. Jamais il aurait carmé pour une sœur, même que ça se serait agi de Brigitte Bardot !

Elle baisse le ton et, amoureuse, nostalgique, murmure :

— Au contraire. Il avait le chic pour relever le compteur.

— Bon, en conclusion il ne vous a pas dit où il allait, ni qui il allait voir. Vous ne le lui avez pas demandé ?

— Écoutez, m’sieur, Ange c’était pas un garçon qu’on pouvait lui poser trop de questions. Déjà que je lui demande pourquoi il me vidait le tiroir, ça l’avait défrisé… Il est parti, comme ça…

Elle me remet cinquante centilitres de pleurs bien salés.

— Et je ne l’ai plus revu.

Un silence bourdonnant s’établit. Je sens que je vais un peu mieux. À force de traiter mon angine par le mépris, elle va peut-être bien se chercher d’autres amygdales pour y passer ses vacances ! Mes yeux brouillés se posent sur l’appareil téléphonique. Je m’aperçois qu’il ne comporte pas de cadran, mais seulement une fiche rouge.

— Quand on veut bigophoner, je demande, on doit passer par un standard ?

— C’est Ginette des lavabos qui a la ligne. Quand c’est une communication pour nous, elle nous branche ici…

— Elle se trouve ici, Ginette ?

— Oui.

— Bien. Dites-moi, le Raminagrobis, vous l’avez acheté à quelle époque ?

— En 55 !

— Ça vaut dans les quarante tuiles, une taule commak, non ?

Là elle se renfrogne. Dès qu’on cause tirelire, son chagrin a des ratés.

— J’en sais rien. C’était l’affaire d’Ange.

— Il était donc bourré pour se permettre un placement de cette ampleur ?

— Probable, lance-t-elle, bravache.

— À moins que des potes à lui ne l’aient financé ?

— C’est également possible. Je vous répète que je suis au parfum de rien !

Pas la peine d’insister. D’ailleurs j’ai ma petite idée là-dessus itou. Dans notre turbin, l’essentiel c’est d’avoir des idées sur toutes les questions flottantes. Faut meubler les trous, combler les lagunes, comme disent les Vénitiens. Très important ! Même si les idées sont fausses, ça vous soutient…

— Vous pouvez disposer. Envoyez-moi Ginette !

Elle se casse. Je me pince les carreaux entre le pouce et l’index, ce qui me permet une forte concentration.

Toc-toc !

— Entrez !

Ginette, c’est l’inévitable môme de lavabo qu’on trouve dans tous les établissements huppés. Elle a des couleurs, mais ce sont celles d’une endive avec un petit côté fille mère résignée.

Passer sa vie dans un sous-sol où les gens vont se vider, admettez que c’est pas du destin hors série comme on en trouve dans Confidences.

Le drame, surtout, c’est ces vingt balles qu’on vous octroie uniquement parce que votre intestin ou votre vessie a bien fonctionné. La prime à la diurétique et à la déconstipation ! Comme si vous y étiez pour quelque chose, vous, derrière votre petite table, supportant la sous-tasse-sébile ! Vous êtes là à attendre le prince charmant, et c’est un gros zig qui radine, triomphant, en se reboutonnant. Il vous aperçoit et réagit en cherchant de la mornifle. Ou alors il rouscaille parce qu’il n’y avait pas de faf à train dans son compartiment de fumeur !

Unique distraction, lot de consolation : le téléphone.

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