Un jeu cruel
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-11800-1
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Un jeu cruel». Краткое содержание книги:
Minner se rendit brusquement compte que tout cela n’intéressait pas le moins du monde Élise. C’était à peine si elle l’écoutait. Pourquoi donc était-elle venue ? Pourquoi l’avait-elle interrogé ? Le récit qu’il avait à faire, cette aventure inscrite jusqu’au plus profond de son être, aurait normalement dû susciter la curiosité de la visiteuse. Et pourtant, immobile, ses grands yeux noirs vrillés sur lui, elle donnait l’impression d’être ailleurs. Il lui décocha un regard irrité. La porte était fermée à clé. Elle ne pouvait pas faire autrement que de l’entendre. Et ainsi parla le vieux marin aux yeux clairs.
— Le sixième jour ils sont venus chercher Marco.
Elle tressaillit de façon perceptible : la lisse façade de suavité sensuelle se fissura.
— Nous ne l’avons pas revu vivant. Mais nous devinions qu’ils allaient lui faire subir des choses affreuses. Marco le pressentit le premier. Il avait toujours été un peu clairvoyant.
— Oui, c’est vrai. Un peu.
— Après son départ, nous nous sommes creusé la cervelle, Malcondotto et moi. Quelques jours plus tard, ils sont revenus. Pour Malcondotto, cette fois. Marco n’avait pas réapparu. Avant de partir, Malcondotto a discuté avec eux. C’est ainsi qu’il a appris qu’ils avaient fait une sorte de… d’expérience sur votre mari. Ça avait raté. Ils l’ont enterré sans nous le montrer. Malcondotto y est passé à son tour.
J’ai encore perdu le contact avec elle, songea Burris. Elle s’en fout. Elle a vaguement accroché quand je lui ai expliqué comment Prolisse était mort mais, après, plus rien.
Mais elle n’avait pas le choix. Elle était obligée de l’écouter.
— Quelques jours se sont encore écoulés. Ils sont revenus pour moi. Ils m’ont fait voir le corps de Malcondotto. Il… ressemblait un peu à ce que je suis devenu. Mais c’était différent. Encore pire. Je ne comprenais pas ce qu’ils me racontaient. Une espèce de bourdonnement, un caquètement grinçant. Quel bruit feraient les cactus s’ils pouvaient parler ? Ils m’ont ramené dans le local et m’ont laissé un bon moment mijoter dans mon jus. Je suppose qu’ils analysaient les deux premières expériences pour essayer de voir ce qui n’avait pas tourné rond, de déterminer quels étaient les organes qu’il ne fallait pas toucher. L’attente a duré une éternité. Finalement, ils sont revenus. Ils m’ont mis sur une table, Élise. La suite… vous la voyez devant vous.
— Je vous aime, murmura-t-elle.
— ?
— J’ai follement envie de vous, Minner.
— Pendant le voyage de retour, j’étais seul. Ils m’ont installé à bord de la fusée. J’étais encore capable de la piloter… en un sens. Ils m’avaient reconstitué. J’ai mis le cap sur le système solaire. Un voyage bien pénible.
— Mais vous avez fini par revenir sur la Terre.
Comment se fait-il donc que tu sois sorti de l’enfer ?
Mais c’est l’enfer, ici, et je n’en suis pas sorti.
— Oui, j’y suis revenu, c’est vrai. J’aurais dû prendre contact avec vous après avoir atterri. Mais il faut que vous me compreniez, Élise. Je n’avais pas mon libre arbitre. Ils m’ont immédiatement sauté dessus. Plus tard, je leur ai faussé compagnie. Pardonnez-moi.
— Je vous pardonne. Je vous aime.
— Élise…
Elle porta sa main à son cou. Les chaînes polymérisées de son vêtement se dématérialisèrent. De noires bribes de tissu gisaient maintenant à ses pieds. Elle était nue devant lui.
Chair opulente, éclatante de vitalité. Sa chaleur était celle d’un brasier.
— Élise…
— Touchez-moi. Touchez-moi avec ce corps étrange, avec ces mains-là. Je veux sentir le contact de ce machin qui se tortille. Je veux en éprouver la caresse.
Elle était large d’épaules. Ses seins étaient deux môles massifs solidement ancrés. Les hanches de la déesse Terre, des cuisses de courtisane. Elle était terriblement près de lui et il frissonnait dans la fournaise. Elle recula pour qu’il la voie de la tête aux pieds.
— C’est mal, Élise.
— Mais je vous aime ! Ne sentez-vous pas la puissance de mon amour ?
— Si ! Si !
— Je n’ai plus que vous. Marco n’est plus là. Vous êtes le dernier à l’avoir vu. Vous êtes le seul lien qui me rattache à lui. Et vous êtes tellement…
Tu es Hélène, songea-t-il.
— … beau.
— Beau ? Moi ? Je suis beau ?
Chalk, l’homme montagne, avait dit la même chose. Je suis convaincu que beaucoup de femmes ne demanderaient pas mieux que de se jeter à vos pieds… Le grotesque a ses attraits.
— Je vous en supplie, Élise, couvrez-vous.
Maintenant, il y avait de la colère dans les yeux doux, dans les yeux chauds d’Élise.
— Vous n’êtes pas malade ? Vous êtes suffisamment fort !
— Peut-être.
— Mais vous me repoussez ? – Son doigt se pointa sur le ventre de Burris. – Ces monstres… ils ne vous ont pas détruit. Vous êtes encore… un homme.
— Peut-être.
— Dans ce cas…
— J’ai trop souffert, Élise.
— Et moi donc ?
— Vous avez perdu votre mari, mais le veuvage, c’est vieux comme le monde. Ce qui m’est arrivé à moi est sans précédent. Je ne veux pas…
— Vous avez peur ?
— Non.
— Alors, montrez-moi votre corps. Ôtez ce peignoir. Le lit est là !
Il hésita. Elle connaissait son secret honteux, c’était indiscutable. Il y avait des années qu’il la convoitait. Mais on ne plaisante pas avec la femme des amis et elle était la femme de Marco. Maintenant, Marco était mort. Élise le couvait d’un regard flamboyant, fondante de désir, glacée de colère. Hélène. C’est Hélène !
Elle se jeta sur lui.
Contact intime de masses de chairs palpitantes, un ventre se pressant contre le sien, des doigts agriffant ses épaules. Elle était grande. Ses dents fulguraient. Et voilà qu’elle l’embrassait, qu’elle dévorait sa bouche rigide.
Ses lèvres aspirent mon âme. Voyez comme elle s’envole !
Les mains de Burris sur le dos satiné d’Élise. Ses ongles labourant la chair. Les petits tentacules décrivaient des cercles tourbillonnants. Mante religieuse affamée du mâle, elle le repoussa vers le lit. Viens, Hélène. Viens, rends-moi mon âme.
Ils s’écroulèrent confusément. Les noirs cheveux d’Élise étaient collés sur ses joues ruisselantes de sueur. Ses seins tressautaient follement. Ses yeux avaient le lustre du jade. Elle happa le peignoir de Minner.
Il y a des femmes qui recherchent les bossus, d’autres les mutilés, il y a des femmes qui désirent les paralytiques, les estropiés, les moribonds. Élise le désirait, lui. La brûlante lame de fond de la sensualité l’engloutit. Son peignoir s’ouvrit et il lui apparut dans sa nudité.
Il la laissa contempler l’être qu’il était devenu.
Espérant qu’elle ne passerait pas le test. Et pourtant, elle en triompha. Le spectacle qu’il présentait ne fit qu’attiser l’incendie qui embrasait Élise. Ses narines palpitaient, elle était congestionnée. Il était son prisonnier, sa victime.
Elle a gagné. Mais je sauverai quelque chose.
La saisissant par les épaules, il s’abattit sur elle, l’écrasant contre le matelas. Perdre à l’instant de la victoire, capituler au dernier moment fut l’ultime et féminin triomphe d’Élise. Ses cuisses engloutirent Minner. La peau trop lisse de l’homme se souda à la peau satinée de la femme. Dans un sursaut d’énergie démoniaque, il se rendit maître d’elle et la pénétra jusqu’au tréfonds.