La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Je me prosterne devant mes respectables père et mère.
Adieu, ma chère sœur.
Ici fut écrite la CCIIème lettre du PAYSAN.
Lettre 158. Ursule, à la même.
[Elle nous annonce le malheur d’Edmond.].
3 mai.
Humilions-nous devant Dieu, ma chère sœur!… Le Dieu des vengeances vient de parler; il a fait éclater sa puissance… Mes crimes sont punis… Edmond… est perdu… Il faut donc, grand Dieu! que votre justice soit rassasiée! le repentir et la douleur ne la désarment pas! les larmes amères que je verse chaque jour n’ont pu éteindre le feu de votre colère…
Prière de Pierre R** au bas de cette lettre.
«Oh mon Dieu! qui nous avez frappés dans votre fureur, j’adore votre justice, et je me prosterne dans la poussière sous votre bras vengeur: car j’ai eu de l’orgueil, en voyant mon frère élevé!».
Lettre 159. Ursule, à Mme Parangon.
[Voici en peu de mots, les plus grands malheurs.].
De S** 3 juin.
À ce coup funeste, le courage m’abandonne, mon amie!… Condamné, parti!… Mon frère!… Et mon père vient d’expirer!… Au seul mot des Galères, il a perdu la parole… Il est mort ma mère, le cœur serré, l’a regardé, immobile… Et c’est moi, moi qui l’ai prononcé, ce mot fatal!… Je ne me connaissais pas!… Je les ai tués tous deux!… Mon frère et moi, nous les avons poignardés!… Mes frères, mes sœurs, leurs enfants… J’ai cru pouvoir vous écrire… ma tête me quitte… Dieu m’abandonne… Infortunée…
Ursule tombait à tout moment dans le délire; elle ne put achever cette lettre, que ma femme envoya dans la suivante, comme elle était.
Lettre 160. Fanchon, à Mme Parangon, en lui envoyant la précédente.
[Pitoyable récit de la mort de douleur.].
du**, même jour.
Y a-t-il au monde, très chère madame, une famille aussi infortunée que la nôtre? Ô mon Dieu! ayez pitié de nous et de nos pauvres enfants!… Quand je reçus la lettre de la sœur Ursule, il y avait déjà trois semaines qu’il courait un bruit sourd dans le pays, et les enfants disaient entre eux, sans qu’on entendît aucune grande personne en parler: «Edmond R** va être rompu: il a tué tout plein de monde! Prions Dieu pour son pauvre père et sa pauvre mère.» La première fois que j’en entendis parler, ce fut par mon fils Edmond, qui vint me dire en pleurant: «Ma mère, M’lo Berault qui dit comme ça que mon oncle parrain va être rompu, à cause qu’il a tué tout plein de monde!» Le cœur me battit. J’appelai le petit garçon: «Viens ça, Edme, mon ami. Qu’est-ce que tu viens donc de dire à mon garçon? – Oh! c’est que je l’ai entendu dire, la femme à Pierre: c’est le petit Simon Droin, qui l’a dit à Colas Chabin, qui l’avait entendu dire à V***, à l’auberge de la poste chez M. Quatrevaux, qui faisait taire celui qui le disait, en disant, qu’est-qu’tu dis donc là, toi, de mon cousin! Et celui-là qui le disait, n’osa plus le dire. – Bien obligé, mon garçon: va, va, ça ne peut être vrai. – Oh! tant mieux! la femme à Pierre: car mon père et ma mère disont comme ça que ça serait ben dommage qu’il y eût ç’te tache-là su’ la famille, vu que c’est la pus honorable du canton.» Je restai toute rêveuse; et mon homme étant arrivé de la charrue, je ne lui en parlai pas: ne pouvant le prendre sur moi. Son fils en causant à table, le lui dit: «Taisez-vous!» lui répondit-il avec une sorte de sévérité qui ne lui est pas ordinaire. L’enfant rougit, et avait les larmes aux yeux. Je ne dis mot. – Voilà un vilain bruit! me dit Pierre. – Vous le savez donc, mon ami? – Oui, depuis deux jours. J’ai été à V***, et M. Quatrevaux m’a rassuré: mais mon cœur ne l’est pas, quoique ma raison le soit. Car enfin Edmond est dans une place si haute… Mais avez-vous des nouvelles d’Ursule, qui est seule à Au**, depuis le départ de Mme Parangon? – Aucune, mon ami. – Il lui faudrait écrire. – Je le vais faire, mon ami, tout d’un temps après dîner. – Non; j’irai la voir: je vais partir ce soir, et je reviendrai sans m’arrêter. – Ah! mon ami! c’est vous tuer! – J’irai à chevaclass="underline" mais l’inquiétude est bien plus cruelle que la fatigue! Silence avec nos père et mère!… Petit garçon, sachez garder votre langue; je répondais, à votre âge, aux questions, et ne parlais jamais de moi-même.» Il s’est préparé au départ, et pour le cacher à ses père et mère, il a sellé le cheval dans le pressoir. Il est parti. De ce moment, mon cœur s’est serré, et il l’est de plus en plus!… Voilà qu’au bout d’une heure, notre infortunée mère est venue: «Ô Fanchon! est-ce votre mari qu’on vient de voir à cheval allant du côté du bois de l’