La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Ce roman épistolaire nous conte l'histoire classique d'une jeune fille, provinciale d'origine modeste, qui monte à Paris. Après avoir profité, sans en abuser, de la bonté d'une amie de la famille, la facilité et la vie dans la grande ville incitent notre héroïne à se faire «entretenir» par un marquis. La maîtresse sera en bons termes avec la marquise puisque son propre frère en est l'amant. Mais ces amours ne durent guère et la déchéance sera grande?
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Vesehaut, pour voir s’ils rencontreraient la voiture. Et comme ils étaient à mi la montagne, vis-à-vis la Cave-aux-loups, ils ont entendu le bruit d’une voiture: «Mes enfants! n’entendez-vous pas une voiture? a dit notre bonne mère. – Oui da, ma mère, a dit Brigitte, et même comme de deux. – Et nos frères les plus jeunes ont couru en montant la montagne, et à deux cents pas qu’on ne les voyait plus, ils ont rencontré la chienne Friquette, qui était allée avec mon mari, laquelle les a aboyés de joie, mais qui sentant son maître plus bas, les a caressés un peu, et les a quittés tout courant. Et voilà qu’elle est venue à notre père, avec ses caresses qu’elle lui fait quand elle a été un jour sans le voir, aboyant, hurlant, et se roulant à ses pieds. Et notre bon père nous a dit: «Les voici; car la chienne ne quitte que du haut de la montagne vers la croix.» Et il voulait faire asseoir notre mère; mais elle l’a prié de la laisser monter, soutenue par Christine et moi. Et nous sommes arrivés aux pieds de la croix, où notre mère s’est assise: car de là on a découvert la charrette couverte, et une chaise; et nos frères, qui les avaient jointes déjà, revenaient à côté de la chaise. Et notre bonne mère a dit: «Qu’est-ce donc qu’il y a dans la charrette, ou dans la chaise? Car la charrette suffisait?» Et elle était inquiète, se forgeant mille craintes; car elle avait comme en idée que c’était peut-être le corps de sa fille qui était dans la charrette: mais la chaise étant bientôt, avancée au double, elle est arrivée auprès de la croix. C’était Mme Parangon qui guidait; et Ursule s’est montrée vitement, et ayant vu notre père qui lui tendait la main pour lui aider à descendre, elle l’a prise, et est descendue, mais pour se laisser aller à ses genoux, qu’elle a embrassés les larmes aux yeux. Et aussitôt notre bonne mère s’est écriée: «Ma fille! c’est ma fille!» Et elle a voulu se lever sans le pouvoir. Ursule l’entendant, s’est traînée à genoux à ses pieds. Mais la bonne femme s’est jetée à elle, et la serrant de toutes ses forces contre son cœur, elle lui a dit: «Tu es pourtant dans mes bras, et Dieu le veut! que son saint nom soit béni! J’ai toutes mes filles, et il ne m’en manque aucune! Béni soyez-vous, Seigneur!» Et Ursule n’avait pas encore parlé: mais elle pleurait, le visage pâle, et paraissant prête à se trouver mal. Mme Parangon en a averti notre père, qui a donné la main à cette dame, et à la chère sœur Edmée, pour descendre; et la dernière a été embrasser notre mère, qui tenait toujours Ursule, en l’avertissant qu’il fallait saluer Mme Parangon. Ce qui l’a rappelée à elle-même, et elle a fait des excuses à l’excellente dame. Pour achever de la remettre, la charrette est arrivée, conduite par mon mari, et pleine de vos chers enfants, jolis comme le beau jour, qui sont venus autour de nos père et mère les embrasser et les caresser.»Voyez! ma femme, a dit notre père, la bénédiction du Seigneur! Notre bonne mère s’est inclinée, sans parler, et remerciant Dieu: mais elle a aussitôt reporté les yeux sur sa fille, comme si elle l’eût cherchée, même en la voyant. Et Mme Parangon nous a dit en souriant: «Elle craint qu’elle ne disparaisse!» On a fait remonter les enfants dans la voiture couverte, et Mme Parangon a dit qu’elle serait bien aise de faire à pied le reste du chemin avec notre père, et qu’il fallait qu’Ursule et notre mère montassent dans la chaise. Elle a parlé bas à Edmée, qui a dit: «Je veux aller avec les enfants.» Si bien que notre bonne mère a été seule avec sa fille dans la chaise, où elle l’a tenue dans ses bras, sans lui dire un seul mot presque jusqu’à la maison. Et quand Ursule y est entrée, ç’a été un cri de joie de nous tous, de revoir notre sœur avec nous. C’est là que notre père l’a embrassée, en la nommant sa fille. Et comme elle lui demandait pardon, il lui a répondu: «Si le Père Céleste et parfait a pardonné, comme je le crois, ce n’est pas au père terrestre et imparfait à être sévère et dur, puisque lui-même est pécheur.» Ensuite Ursule a été demander pardon à notre mère, avec des paroles si touchantes et si humbles, que la bonne femme ne pouvait se retenir. «Oui, oui, lui a dit cette pauvre mère, comme le bon Dieu et comme ton père, je te pardonne, ma chère fille. – Ah! ma mère! vous ignorez combien je suis coupable! j’ai été tentée de me livrer au désespoir; et peut-être y serais-je, sans les prières et les bontés de quelques amis pleins de vertu.» (Et elle a regardé Mme Parangon)… «Mais ce qui doit surprendre, c’est que le premier rayon de faveur céleste est tombé sur moi par l’organe d’une… Samaritaine… Aussi espéré-je que mon pauvre et cher frère retournera au bien, et même vous fera honneur un jour; car c’est par lui que je l’ai connue, et il a nourri en elle les bonnes dispositions qu’elle tient de son cœur et de Dieu, sans aucune culture de la part des hommes! Qu’elle doit m’humilier, et me confondre!… Quant à la respectable amie que vous voyez, et qui honore de sa visite votre maison en ce jour, je lui ai toujours dû tout ce que j’ai eu de bonheur, et de bons sentiments…» À ces paroles, notre mère a été baiser les mains de Mme Parangon, et s’allait mettre à ses genoux, si elle n’en eût empêché. Pendant ce temps-là, Ursule, à l’heure qu’on s’y attendait le moins, s’est mise à nos genoux à tous, et nous a suppliés mains jointes, et les yeux baissés, de lui pardonner le déshonneur qu’elle nous avait fait, nous promettant devant Dieu et nos père et mère son image, qu’elle réparerait sa faute, avec l’aide de Dieu. Et nous la voulions relever et empêcher de parler. Notre père nous a fait signe de nous retirer, et de la laisser. Et quand elle a eu fini, comme nous n’osions répondre, à cause du silence qu’il nous avait imposé, il nous a dit de parler à notre sœur, selon nos sentiments. Et chacun de nous tous a protesté qu’il pardonnait et chérissait une sœur toujours aimée. Alors notre père a dit: «Ce dernier pardon demandé à vos frères et sœurs, ma fille, est votre plus belle action: car quant à moi, et à votre mère, cela était naturel, eussiez-vous raison, et nous tort; mais celui demandé à vos frères et sœurs est la marque du vrai repentir; d’autant encore, que le pardon accordé par nous ne vous acquitte ni allège à leur égard: ainsi vous avez rempli votre devoir, en leur demandant leur pardon, qu’ils vous ont bénignement accordé. C’est de ce moment, que vous pouvez vous relever, et vous asseoir à votre rang de naissance au milieu d’eux.» Et il lui a présenté la main, ajoutant: «Je vous fais cet honneur, comme encore un peu étrangère, par le grand laps de temps que vous n’êtes plus parmi nous.» Notre bonne mère a tressailli de joie, et il semblait que Mme Parangon, elle-même, fût comme pénétrée de respect pour notre père. Ce que nous remarquions tous avec, admiration. Après tout ceci, on s’est mis à table. La joie est revenue sur le visage de notre père et de notre mère, où il y avait si longtemps que nous ne l’avions vue! Vers le milieu du repas, on a porté les santés; et après celle de Mme Parangon, celle de Mlle Fanchette. À ce nom, d’une si aimable demoiselle, voilà notre bonne mère qui s’est pressée de présenter son gobelet contre celui de Mme Parangon, la regardant comme si elle l’eût voulu interroger. La dame, qui a de l’esprit, et qui avec de simples et bonnes gens comme nous, lit dans nos pensées, sans que nous ouvrions la bouche, lui a dit qu’elle avait écrit trois fois, sans avoir eu de réponse. «Sans avoir eu de réponse! a répondu notre bonne mère. Ah! madame, il ne les a donc pas reçues? Non, ma mère, a dit Ursule, du moins les deux premières, et vous voyez la coupable; je les ai retenues.» Mme Parangon a rougi, en disant à notre sœur: «Tu ne me l’avais pas dit! je n’en aurais pas parlé!… Mais la dernière, il l’a reçue, quand je fus sur le point de t’emmener. – Pour celle-là, je le crois. – J’en suis sûre, car je le vis rentrer chez lui, et on l’a remise à lui-même. – Vous l’avez vu, madame! a dit notre mère. – Oui, lui-même; et ma commissionnaire, la fille qui servait Ursule autrefois, et qui connaît parfaitement Edmond, la lui a remise à lui-même: mais il ne l’a pas reconnue, elle, à cause de l’obscurité, et de la calèche qui la couvrait; et parce qu’elle lui a donné la lettre à la porte entrouverte, sans entrer. S’il avait voulu répondre, il sait où je suis: au lieu que c’est par hasard que j’ai su où il était. – Il faut lui écrire, mon Pierre (a-t-elle dit à mon mari). – Je le ferai moi-même, si vous le désirez, a repris la bonne dame; je ne suis pas fière avec mes amis. J’ai une nouvelle à lui annoncer, qu’il ignore sans doute: et alors, s’il me répond comme il convient, je verrai… Son sort, madame, dépend absolument de lui, dans tout ce qui a quelque rapport à moi. Oh! madame! se pourrait-il! (a repris notre mère). Ah! quand pourrai-je le voir ici! quand mes pauvres enfants seront-ils tous là, sans qu’aucun y manque!… Mon Edmond! le nom de son père et son portrait vivant… Oh! s’il était donc là!» Voilà que comme elle disait ces paroles, nous avons entendu de dehors une voix, comme de bourgeois, et non de paysan, qui a répondu:
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