La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Ce roman épistolaire nous conte l'histoire classique d'une jeune fille, provinciale d'origine modeste, qui monte à Paris. Après avoir profité, sans en abuser, de la bonté d'une amie de la famille, la facilité et la vie dans la grande ville incitent notre héroïne à se faire «entretenir» par un marquis. La maîtresse sera en bons termes avec la marquise puisque son propre frère en est l'amant. Mais ces amours ne durent guère et la déchéance sera grande?
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! mon ami, laisse-moi; et s’il s’agissait de ma vie, j’aime mieux vivre dans mon pauvre Edmond, que dans ce corps de vieille femme. – J’y ai affaire pour mon père.» (Mon pauvre homme s’entendait; il serait parti d’Au** pour Paris sans revenir, s’il n’eût pas eu affaire ici pour père, mère, femme et enfants, qu’il voulait soutenir dans une aussi rude attaque.) La bonne femme, depuis qu’on lui avait parlé du péril de son fils, ne songeait plus à sa fille: c’est qu’Edmond ressemble à notre père; et on ne saurait dire à quel point elle le chérit, à cause de cette ressemblance: «En ce cas, reste pour soutenir ton père; car c’est là le premier pour nous tous: mais qui secourra donc mon pauvre fils!» Tous les frères ont dit: «Nous voici, ma mère; où faut-il aller? – Auprès de notre père, qu’aucun de nous ne doit quitter (a dit mon homme): quant à mon frère, je sais que M. Loiseau est instruit, et qu’il travaille. Ma mère, le plus grand péril est ici, auprès de mon père: aidez-nous à le garantir du coup). Il s’y prenait ainsi, la connaissant, et sachant qu’il tromperait ainsi la sensibilité de la bonne et simple femme qui regarde son mari comme un Dieu sur terre. «Oui, mon fils! oh! oui! Ton père… votre père… oh! il faut lui adoucir le coup… Pauvre Edmond! mon pauvre fils!» Et elle pleurait, sans demander le péril dont elle n’avait pas d’idée. Et voilà que notre infortuné père est arrivé. «Qu’est-ce, mes enfants? – Mon mari! Edmond est en péril! – Mon cher père!… a dit mon mari, mon frère… est malheureux. – Et moi davantage d’être son père… Ô Edmond! que tu me coûtes cher! – Ô mon mari! ne lui en voulez pas au pauvre enfant! – Simple et bonne femme! Compagne que Dieu m’a donnée dans sa bonté, ce fils vous fera mourir! – S’il n’en meurt que moi, mon mari… C’est mon fils; ce n’est pas trop de ma vie, pour lui prouver mon amitié, il est votre portrait. – Qu’est-ce, Pierre?… Tu pleures!… Ô mon pauvre Pierre! qu’est-ce? – Ursule, mon père, a reçu une terrible lettre… – L’as-tu? – Non, mon père. – Que dit-elle? – je vais vous le dire seul à seul.» Et il l’a emmené (mais il ne lui a pas dit qu’il y avait mort d’homme). Et notre bonne mère, tremblante, nous a dit: «Il va le dire à son père: mes enfants, voilà vos deux pères; l’un vous a donné la vie, après Dieu, et l’autre vous a tous aidés dans votre enfance: et vous savez comme il vous aime tous, surtout Edmond!…» Et tout en nous parlant, elle regardait le père et le fils: et voyant que le père jetait ses regards vers le Ciel, elle s’est écriée: «Mon pauvre fils est mort, et on me le cache!… Oui… Ursule le pleure… Il est mort! je n’ai plus mon Edmond!…» Et elle s’est évanouie dans nos bras. Son mari est venu à elle, et la regardant: «Mère infortunée! tu ne reverras le jour que pour souffrir!» Nous avons tous frissonné! Mais pas un n’a osé dire un mot: les filles et moi, nous secourions notre bonne mère, à qui notre père a dit: «Eh! plût à Dieu qu’il fût mort! – Il ne l’est pas! – Non, non. – Mon Dieu je vous remercie! – Ah! plût à Dieu qu’il fût mort dans votre giron, innocent encore, et chéri de Dieu et des hommes!» Et il s’est voilé la face de ses deux mains. Un instant après, il a dit à Pierre: «Aidons à ta mère à monter, mon fils… Mes enfants! mes pauvres enfants! Oh! les petits enfants de Pierre R**, Edme R** ne vous transmettra pas l’honneur pur et sans tache, comme Pierre le lui avait laissé!…» Et il a aidé à monter à sa femme. Il était midi. J’ai fait le dîner: c’est la première fois que notre bonne mère n’a pas fait le dîner de son mari. Le vieillard l’a dit, en dévorant ses larmes. Je me suis approchée, et je lui ai dit fermement: «Si mon mari est votre lieutenant, moi, la mère de vos petits-enfants, ne puis-je donc pas tenir la place de ma bonne et excellente mère, que navre la douleur? Oui, oui, Fanchon, ma fille, je ne me trouve pas mal de votre soin; mais de ce que cette exemplaire femme ne fait pas, à cause de sa douleur, ce qu’elle fut toujours glorieuse de faire.» On a dîné. Et comme j’ôtais le couvert, voilà qu’est entré M. Loiseau. Il s’est jeté au cou de notre père, de notre mère et de nous tous, sans parler. «Je pars. Où allez-vous, monsieur? a dit notre père… – Auprès de votre fils: j’espère ne le quitter qu’en le laissant entre vos bras… ou plutôt, je ne le quitterai jamais. Adieu. – Digne homme! digne ami!» s’est écriée notre mère. Et le digne homme allait monter à cheval, quand une chaise a paru à la porte: le conducteur en a tiré Ursule, mourante, qui est venue s’évanouir aux pieds de ses père et mère. On l’a fait revenir, mais elle était en délire: «Mon frère! s’écriait-elle! mon frère! mon pauvre frère!… Ne voyez-vous pas ses chaînes… Il traîne ses chaînes!…» Notre bonne mère lui a dit: «Ô ma pauvre fille! où est-il ton frère? – Aux galères.» À ce mot, notre père a frémi: – Monsieur Loiseau?…» Il n’a pas achevé. Le bon M. Loiseau a baissé la vue. Notre père a regardé tous ses enfants, l’œil sec, mais pâle, défiguré. Il a tendu la main à notre bonne mère sans parler. Hélas! sa langue était liée pour jamais! Saisi, frappé, comme s’il eût reçu le coup mortel, il n’a plus ouvert la bouche… Il est tombé sur une chaise; il a couvert son front de sa main; il a poussé un seul et douloureux soupir; il est devenu froid, roide: son cœur battait encore. Mon mari l’a voulu soulever. Il était mort. Notre mère qui était venue se jeter dans ses bras, dès qu’il était tombé sur sa chaise, le tenait embrassé. S’apercevant enfin, malgré notre silence, qu’il était mort, elle s’est écriée lamentablement: «Je ne vous quitterai pas, ô mon mari! l’infortunée mère du misérable fils qui vous donne la mort, ne vous quittera plus!… Ô pauvre infortuné! t’avais-je porté dans mon sein…» Elle n’a pas achevé: mais elle a porté la main a ses cheveux blancs, pour les arracher… Ursule, un peu revenue à elle-même, s’est jetée aux genoux de sa mère, qui l’a repoussée, en lui disant: «Tout est fini: le voilà mort de douleur; je ne le quitte plus.» Rien n’a pu la faire changer de résolution, ni la séparer de son époux. Le prêtre a voulu la consoler. Elle lui a répondu: «Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni.» Elle a reçu les sacrements, sans quitter le cadavre qui n’était pas changé, et le lendemain, elle est morte saisie comme lui… Je ne vous représenterai pas notre douleur, madame. Mon mari, cet homme si digne de ce nom, que je n’avais jamais vu pleurer, que par attendrissement, mais d’une manière d’homme, et non de femme, mon mari s’est abandonné aux cris; il s’est jeté par terre; il redemandait à Dieu son père et sa mère… Mais c’est Ursule! Ô la pauvre infortunée! quels cris! que de pardons! on eût dit qu’elle avait poignardé les deux respectables défunts… Pour moi, madame, qui les aimais si tendrement, et qui les respectais autant que je les aimais, accablée de ma propre douleur, il m’a fallu chercher à calmer celle d’un si cher mari, qui m’a toujours soutenue dans mes peines, et qui s’abandonnait en ce moment; et celle d’Ursule, qui était une furie de désespoir. Mon digne mari s’est enfin montré homme, époux et père, après s’être montré le plus tendre des fils: il a pleuré, au lieu de crier… Cependant, ma chère dame, le bruit du funeste accident d’Edmond s’est répandu; on nous regardait avec une sorte de curiosité insultante, à l’exception du jour des funérailles, auxquelles tout le village, et les habitants des environs sont venus en foule: tous fondaient en larmes, et bénissaient les honorables morts. Mais notre situation fait pitié!… Mes pauvres enfants baissent la tête devant leurs camarades, qui leur parlent avec insolence et supériorité! Mon mari, redevenu ferme, honore le nom de son père, en n’en rougissant pas: mais tous n’ont pas sa fermeté!… Ô ma chère dame! que devenir!… Mes voisins me montrent au doigt: mon mari lui-même éprouve des mépris… mais il les offre à Dieu: je lui offrirai aussi les miens… Jamais je n’ai vu Pierre R** si digne de respect! c’est ici, où je connais l’homme dont je porte le nom!…
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