Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:
Pardaillan, assis devant une bouteille de bon vin de France veillait avec son sourire narquois sur la fiancée de ce jeune prince pour qui il s’était pris d’une soudaine et vive sympathie. Et c’était encore un spectacle peu banal et qui eût fait béer d’étonnement ses ennemis que de voir le terrible, le redoutable, l’invincible Pardaillan assis entre deux fillettes, écoutant en souriant d’un sourire jeune et indulgent leurs innocents et futiles propos, et ne dédaignant pas d’y prendre part de temps en temps.
Lorsque Pardaillan s’était réveillé, après avoir dormi une partie de la matinée, la vieille Barbara, sur ordre de Juana, lui avait fait part du désir exprimé par don César de le voir veiller sur la Giralda. Sans dire un mot, Pardaillan avait ceint gravement son épée – cette épée qu’il avait ramassée sur le champ de bataille, lors de sa lutte épique avec les estafiers de Fausta – et il était descendu, sans perdre un instant, se mettre à la disposition de la petite Juana.
Il s’était placé de façon à barrer la route à quiconque eût été assez téméraire pour pénétrer dans le cabinet sans l’assentiment de la maîtresse du lieu. Et à le voir si calme, si confiant dans sa force, les deux jeunes filles s’étaient senties plus en sûreté que si elles avaient été sous la garde de toute une compagnie d’hommes d’armes du roi.
La petite Juana, en maîtresse de maison avisée, soucieuse de satisfaire son hôte, sans attendre que le chevalier le demandât, avait donné discrètement un ordre à une servante, laquelle s’était empressée de placer devant Pardaillan un verre, une assiette garnie de pâtisseries sèches et une bouteille d’excellent Vouvray mousseux et pétillant. Juana avait en effet remarqué que son hôte avait un faible pour ce vin.
Pardaillan fut très sensible à cette attention; il se contenta pourtant de remercier d’un sourire sa jolie hôtesse. Mais ce sourire était si cordial, la joie qui pétillait dans son œil était si évidente que Juana s’estima plus amplement récompensée que par la plus alambiquée des protestations.
Le premier mot de Pardaillan fut pour dire:
– Et mon ami Chico? Je ne le vois pas. Où est-il donc?
Avec un sourire malicieux, Juana demanda sur un ton assez incrédule:
– Est-ce bien sérieusement, monsieur le chevalier, que vous donnez ce titre d’ami à un aussi piètre personnage que le Chico?
– Ma chère enfant, dit gravement Pardaillan, croyez bien que je ne plaisante jamais avec une chose respectable. Que le Chico soit un piètre personnage, comme vous dites, peu me chaut. Je n’ai pas, Dieu merci! l’habitude de subordonner mes sentiments à là condition sociale de ceux à qui ils s’adressent. Tel qui paraît un grand et illustre personnage, chargé de biens et de quartiers de noblesse, m’apparaît parfois comme un triste sire, et inversement tel pauvre diable m’apparaît très noble et très estimable. Si je donne ce titre d’ami au Chico, c’est qu’effectivement il l’est. Et quand je vous aurais dit que je suis extrêmement réservé dans mes amitiés, ce sera une manière de vous dire que le Chico mérite tout à fait ce titre.
– Mais enfin qu’a-t-il donc fait de si beau qu’un homme tel que vous en parle de si élogieuse façon?
Pardaillan trempa flegmatiquement un gâteau dans son verre, et faisant mousser le vin en l’agitant, il dit avec un sourire narquois:
– Je vous l’ai dit: c’est un brave. Que si vous désirez en savoir plus long, je vous dirai un de ces jours ce qu’il a fait pour acquérir mon estime. Pour le moment, tenez pour très sérieux que je le considère réellement comme un ami et répondez, s’il vous plaît, à ma question: comment se fait-il que je ne le voie pas? Je le croyais de vos bons amis à vous aussi, ma jolie Juana?
Il sembla à Juana qu’il y avait une intention de raillerie dans la façon dont le chevalier prononça ces dernières paroles. Mais avec le seigneur français, il n’était jamais facile de se prononcer nettement. Il avait une si singulière manière de s’exprimer, il avait un sourire surtout si déconcertant, qu’on ne savait jamais avec lui. Aussi ne s’arrêta-t-elle pas à ce soupçon, et avec une moue enfantine:
– Il m’agaçait, dit-elle, je l’ai chassé.
– Oh! oh! quel méfait a-t-il donc commis?
– Aucun, seigneur de Pardaillan, seulement… c’est un sot.
– Un sot! le Chico! Voilà ce que vous ne me ferez pas croire. C’est un garçon très fin au contraire, très intelligent, et qui vous est, je crois, très attaché. J’espère que ce renvoi n’est pas définitif et que je le reverrai bientôt ici.
– Oh! fit en riant Juana, il saura bien revenir sans qu’on ait besoin de l’y convier. Le Chico, monsieur le chevalier, quand je lui interdis la porte, il revient par la fenêtre, et tout est dit. Jamais je n’ai vu drôle aussi éhonté, aussi dépourvu d’amour-propre.
– Avec vous, peut-être, dit Pardaillan, en riant franchement de l’air dépité avec lequel elle avait dit ces paroles. Il ne faudrait pas trop s’y fier toutefois, et je crois que si tout autre que vous se permettait de lui manquer, le Chico ne se laisserait pas malmener aussi bénévolement que vous dites.
– Il est de fait qu’il a la tête assez près du bonnet. Et ce n’est pas à sa louange, convenez-en.
– Je ne trouve pas.
Juana parut étonnée. Le sire de Pardaillan avait des manières d’apprécier les choses qui étaient en contradiction flagrante avec tout ce qu’elle entendait journellement formuler par la sainte morale représentée par son vénérable père, le digne Manuel. Et le plus fort, ce qui l’étonnait bien davantage encore et bouleversait toutes ses idées acquises, c’est qu’elle se sentait portée à voir, à juger et à penser comme ce diable de Français. Elle en était sincèrement honteuse, mais c’était plus fort qu’elle.
– En attendant, reprit Pardaillan, voyant qu’elle restait bouche close, en attendant il ne manque, à moi, le Chico. Quelle que soit sa faute, j’implore son pardon, ma jolie hôtesse.
Comme bien on pense, Juana aurait été bien en peine de refuser quoi que ce soit à Pardaillan. La grâce fut donc magnanimement accordée. Bien mieux, on courut à la recherche du Chico. Mais il demeura introuvable.
Pardaillan comprit que le nain avait dû se terrer dans son gîte mystérieux et il n’insista pas davantage.
Réduit à la seule conversation des deux jeunes filles, il commençait à trouver le temps quelque peu long lorsque le Torero vint le délivrer.
La Giralda se doutait bien que son fiancé avait dû se rendre chez cette princesse qui prétendait connaître sa famille et se disait en mesure de lui révéler le secret de sa naissance. Mais comme don César était parti sans lui dire où il allait, elle crut devoir garder pour elle le peu qu’elle savait.
Cela d’autant plus aisément que Pardaillan, avec sa discrétion outrée, s’abstint soigneusement de toute allusion à l’absence du Torero. Il pensait que pour que don César fût résolu à s’absenter alors qu’il croyait sa fiancée en péril, c’est qu’il devait y avoir nécessité impérieuse. De deux choses l’une: ou la Giralda savait où était allé don César, et toute allusion à ce sujet eût pu lui paraître une amorce à des confidences qu’il n’était pas dans sa nature de solliciter, ou elle ne savait rien, et alors des questions intempestives eussent pu jeter le trouble et l’inquiétude dans son esprit. |
Le Torero lui avait fait demander de veiller sur sa fiancée: il veillait. Il se demandait bien, non sans inquiétude, où pouvait être allé le jeune homme, mais il gardait ses impressions pour lui. Pardaillan estimait que la meilleure manière de témoigner son amitié était de ne pas assommer les gens par des questions. Lorsqu’il plairait au Torero de parler, Pardaillan l’écouterait d’une oreille complaisante et attentive.
Quoi qu’il en soit, l’arrivée du Torero lui fut très agréable à un double point de vue. D’abord parce que, n’étant pas sans inquiétude, il était content de voir qu’il ne lui était rien arrivé de fâcheux. Ensuite, parce que son retour le délivrait d’une faction, qu’il eût endurée jusqu’à la mort sans murmurer, mais qu’il ne pouvait s’empêcher de trouver quand même un peu fastidieuse.