Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:
Et d’un geste doux et impérieux à la fois, elle le congédia sans qu’il eût pu dire ce qu’il avait à dire.
Le Torero parti, Fausta réfléchit longuement. Elle avait très bien compris ce qui s’était passé dans l’esprit du Torero. Elle avait vu dans son esprit que si elle le laissait parler, il allait proclamer hautement son amour pour la petite bohémienne: mis en demeure de choisir entre l’amour et la couronne qu’elle lui faisait entrevoir, le prince, sans hésiter, eût refusé la couronne pour conserver son amour. Fausta avait senti cela, et c’est en pensant à cela qu’elle avait dit: «N’accomplissez pas l’irréparable».
Elle restait à sa place, très soucieuse. L’entrevue n’avait pas tourné au gré de ses désirs. Le prince lui échappait. Tout n’était pas perdu cependant. Le seul obstacle venait de la Giralda: elle supprimerait l’obstacle, voilà tout. La Giralda morte, disparue, enlevée, déshonorée, elle ne doutait pas qu’il ne vînt à elle, soumis et obéissant.
Elle allongea la main et frappa sur un timbre.
À son appel, Centurion, dégrimé, ayant repris sa personnalité, parut avec son sourire obséquieux.
Fausta eut un long entretien avec lui au cours duquel elle lui donna des instructions détaillées concernant la Giralda, ensuite de quoi le bravo s’éclipsa sans doute pour procéder à l’exécution immédiate des ordres reçus.
Fausta demeura encore une fois seule.
Elle alla droit à un cabinet de travail merveilleux, ouvrit un tiroir secret et en sortit un parchemin qu’elle considéra longuement avant de le cacher dans son sein en murmurant:
– Je n’ai plus de raisons de garder ce parchemin. Le mieux est de le remettre à M. d’Espinosa. Je fais ainsi d’une pierre deux coups. D’abord, je me concilie l’amitié du grand inquisiteur et du roi. S’ils ont des soupçons au sujet de cette conspiration, je les endors. Je trouve sécurité et liberté d’action. Ensuite, tout ce que le roi Philippe entreprendra avec ce parchemin tournera au profit de son successeur. Sans qu’il s’en doute il travaillera pour le bien et pour la gloire de mon futur époux – car le Torero acceptera – partant, pour mon propre bien et ma propre gloire.
Elle réfléchit une seconde et: «Pardaillan!… Que dira-t-il quand il saura que j’ai remis ce parchemin à M. d’Espinosa? Voilà sa mission manquée, lui qui a promis de rapporter ce parchemin à Henri de Navarre. Qui sait? Si d’Espinosa le manque, je me débarrasse peut-être en même temps de Pardaillan. Avec ses idées spéciales, il est capable de se croire déshonoré!»
Et avec un sourire terrible: «Lorsqu’un homme comme Pardaillan se croit déshonoré et qu’il ne peut laver son honneur dans le sang de son ennemi, il n’a qu’une ressource: le laver dans son propre sang. Pardaillan pourrait bien se tuer!… C’est à voir!…»
Elle demeura encore, un moment rêveuse, et ce nom de Pardaillan appela dans son esprit celui de son fils, et elle songea: «Myrthis! Où peut bien être Myrthis? Et mon fils, le fils de Pardaillan? Il serait temps pourtant de rechercher cet enfant.»
Elle réfléchit encore un moment et murmura:
– Oui, tout ceci sera liquidé rapidement, soit que je réussisse, soit que j’échoue. Il sera temps alors de rechercher mon fils.
Ayant pris cette résolution, elle frappa de nouveau sur un timbre et jeta un ordre à la suivante, accourue.
Quelques instants plus tard, la litière de Fausta s’arrêtait devant le vestibule d’honneur du grand inquisiteur, logé au palais.
Fausta eut un long entretien avec d’Espinosa, à qui, en échange de certaines conditions qu’elle posa, elle remit spontanément la fameuse déclaration du feu roi Henri de Valois proclamant Philippe II d’Espagne héritier de la couronne de France.
IV ENTRETIEN DE PARDAILLAN ET DU TORERO
En quittant Fausta, le Torero s’était dirigé en hâte vers l’auberge de La Tour , où il avait laissé celle qu’il considérait comme sa fiancée confiée aux bons soins de la petite Juana.
En cheminant par les rues étroites et tortueuses encore encombrées du populaire en liesse, il se morigénait vertement. Il se reprochait comme une trahison le très court et très fugitif instant d’emballement qu’il avait eu devant la beauté de Fausta.
Il allait d’un pas accéléré, sans se soucier des passants qu’il bousculait, pris soudain d’un sinistre pressentiment qui lui faisait redouter un malheur. Il lui semblait qu’un danger pressant planait sur la Giralda, et il se hâtait avec cette idée qu’il allait apprendre une mauvaise nouvelle.
Chose étrange, maintenant qu’il n’était plus captivé par le charme de Fausta, il lui paraissait que toute cette histoire de sa naissance qu’elle lui avait contée n’était qu’un roman imaginé en vue d’il ne savait quelle mystérieuse intrigue.
Les offres de Fausta, ses projets, ce mariage qu’elle lui avait proposé avec un superbe dédain des convenances, surtout, oh! surtout, cette couronne entrevue, ces rêves de conquêtes grandioses, tout cela lui paraissait invraisemblable, faux, impossible, et il se raillait amèrement d’avoir prêté un moment une oreille crédule à d’aussi chimériques propos.
«Quelle vraisemblance tout cela a-t-il? se disait-il en marchant. Rien ne concorde avec ce que je sais. Comment ai-je été assez sot pour me laisser abuser à ce point? C’est à croire que cette énigmatique et incomparablement belle princesse est douée d’un pouvoir surnaturel, susceptible d’égarer la raison. Moi, fils du roi? Allons donc! Quelle folie! Le brave homme qui m’a élevé et qui m’a donné maintes preuves de sa loyauté et de son dévouement m’a toujours assuré que mon père avait été mis à la torture sur l’ordre du roi et que pour être bien assuré de la bonne exécution de cet ordre, il avait tenu à assister lui-même à l’épouvantable supplice. Le roi n’est pas, ne peut pas être mon père.»
Et avec une sévérité qui n’avait d’égale que sa sincérité: «En admettant que le roi soit mon père, quel pouvoir magique a donc cette princesse Fausta qu’elle ait pu m’amener aussi aisément à un degré d’aberration telle que j’ai pu, moi, misérable, envisager froidement la révolte ouverte contre celui qui serait mon père, et, qui sait, peut-être son assassinat. Puissé-je être dévoré vivant par des chiens enragés plutôt que de descendre à un tel degré d’infamie. Quel qu’il soit, quoi qu’il soit et quoi qu’il ait fait, mon père doit rester mon père, et ce n’est pas à moi à le juger. Que la malédiction du ciel s’abatte sur moi si l’idée me vient seulement de me faire complice des sombres projets de cette Fausta d’enfer!»
Et avec une ironie féroce: «Un roi, moi, le dompteur de taureaux! C’est une pitié seulement que j’ai pu m’arrêter un instant à pareille folie! Suis-je fait pour être roi! Ah! par le diable! serai-je plus heureux quand, pour la satisfaction d’une stupide vanité, j’aurai sacrifié ma liberté, mes amis, mon amour et lié mon sort à celui de Mme Fausta, qui fera de moi un instrument bon à tuer des milliers de mes semblables pour l’assouvissement de son ambition à elle! Sans compter que je me donnerai là un maître redoutable devant qui je devrai plier sans cesse. Au diable, la Fausta; au diable, la couronne et la royauté. Torero je suis, Torero je resterai, et vive l’amour de ma gracieuse et tant douce et tant jolie Giralda! Celle-là ne me demande que de l’amour et se soucie fort peu d’une couronne. Et s’il est vrai que le roi me poursuit de sa haine et me veut la male mort, vive Dieu! je fuirai l’Espagne. Je demanderai à mon ami, M. de Pardaillan, de m’emmener avec lui dans son beau pays de France. Présenté par un gentilhomme de cette valeur, il faudra que je sois bien emprunté pour ne pas faire mon chemin, honnêtement, sans crime et sans félonie. Allons, c’est dit, si M. de Pardaillan veut bien de moi, je pars avec lui.»
En monologuant de la sorte, il était arrivé à l’hôtellerie, et ce fut avec une angoisse, qu’il ne parvint pas à surmonter, qu’il pénétra dans le cabinet de la mignonne Juana.
Il fut rassuré tout de suite. La Giralda était là, bien tranquille, riant et jasant avec la petite Juana. Presque du même âge toutes les deux, aussi jolies, de même condition, vives et rieuses, aussi franches, elles étaient devenues tout de suite une paire d’amies.