Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:
– Je comprends vos scrupules et je les approuve. Encore ne faudrait-il pas les pousser à l’extrême. Hélas! je conçois que votre cœur soit déchiré, mais si douloureux pour vous, si pénible pour moi que cela soit, je dois insister. Il y va de votre salut. Je vous dis donc: Ne vous obstinez pas à voir le père dans la personne du roi. Le père n’existe pas. L’ennemi seul reste; c’est lui seul que vous devez voir, c’est lui seul que vous devez combattre. Ceci peut vous paraître monstrueux, anormal. Dites-vous bien que vous n’y êtes pour rien; que tout le mal vient de votre ennemi qui a tout fait, lui, et qu’au bout du compte Vous êtes le champion d’un droit sacré: le droit à la vie, que possède toute créature qui n’a pas demandé à venir au monde.
Le Torero demeura un moment songeur et, redressant le front il dit douloureusement:
– Je sens que ce que vous dites est juste. Cependant j’ai peine à l’accepter.
Fausta se fit glaciale.:
– Entendez-vous par là, dit-elle, que vous renoncez à vous défendre et que vous consentez à tendre bénévolement le cou pour mieux recevoir la mort?
Le Torero réfléchit un long moment pendant lequel Fausta l’examina avec une anxiété qu’elle ne pouvait surmonter. Enfin il se décida.
– Vous avez cent fois raison, madame, dit-il, d’une voix sourde. J’ai droit à la vie comme tout le monde. Je me défendrai donc coûte que coûte. D’autant que, comme vous l’avez dit, il ne s’agit pas de frapper mon père, mais de me défendre. Veuillez donc m’expliquer en quoi je pourrai exploiter cette terreur du roi dont vous parliez.
Fausta le vit bien décidé cette fois. Elle se hâta de reprendre:
– Prenez les devants. Le roi craint qu’un fâcheux hasard ne fasse connaître votre naissance. Proclamez-la vous-même, hautement: Je vous remettrai les preuves irréfutables de cette naissance. Ces preuves, étalez-les au grand jour. Que nul ne puisse suspecter vos dires. Il faut que, dans quelques jours, tout le royaume sache que vous êtes l’héritier légitime de la couronne. Il faut que l’on connaisse l’odieuse conduite du roi envers votre sainte mère et envers vous. Quand on saura tout cela, quand chacun, du plus grand au plus petit, sera dûment convaincu par les preuves que vous aurez produites, il s’élèvera un tel cri de réprobation unanime contre votre bourreau qu’il tremblera sur son trône. Voilà comment vous pouvez le frapper, rudement, croyez-le. Vous voyez qu’il ne s’agit pas d’un assassinat, comme vous l’avez cru, et si je vous pardonne de m’avoir supposée capable d’un conseil aussi bas, c’est que je comprends, je vous l’ai dit, vos déchirements. Ce que je vous dis de faire est juste et légitime. Le plus rigoriste ne pourrait trouver à y redire.
– C’est vrai, madame. Aussi ferai-je comme vous dites. Mais laissez-moi vous dire que vous vous trompez quand vous dites que je vous ai crue capable de me conseiller un assassinat. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu’un front aussi pur que le vôtre ne peut receler que des pensées nobles et pures. Il faudrait être sourd pour ne pas entendre qu’une voix suave comme la vôtre ne peut laisser tomber que des paroles généreuses.
Fausta daigna sourire.
– Soit, dit-elle négligemment, n’en parlons plus.
– Vous pensez donc, madame, que j’échapperai à la haine mortelle du roi en proclamant moi-même ma naissance?
– Sans doute. Le roi n’osera plus vous faire assassiner. La vérité étant connue de tous, votre meurtrier serait incontinent désigné par tous. Si puissant, si orgueilleux qu’il soit, le roi reculera devant un tel défi jeté à la fureur de tout un peuple. Il lui restera la ressource de vous traduire devant un tribunal. Là, vous réclamerez hardiment la reconnaissance publique de tous vos droits. Et soyez tranquille, les preuves que vous fournirez seront telles que le roi devra s’incliner. Vous serez proclamé, c’est votre droit, héritier de la couronne. Vous n’aurez qu’à attendre qu’il plaise à Dieu de rappeler à son divin tribunal le meurtrier de votre mère pour régner à votre tour.
– Est-ce possible! balbutia le Torero ébloui.
– Cela sera, dit Fausta avec une conviction impressionnante. Cela sera beaucoup plus tôt que vous ne croyez. Le roi est vieux, usé, malade. Ses jours sont comptés. Avant longtemps, il vous cédera la place sans aucune intervention criminelle.
– Eh bien! madame, dit généreusement le Torero, si extraordinaire que cela puisse paraître, je lui souhaite de me faire attendre longtemps.
Fausta eut un mince sourire. Allons, décidément, elle l’avait tout doucement amené à accepter ses idées. Il restait maintenant à lui faire abandonner la Giralda. Sans qu’elle eût pu dire pourquoi, Fausta sentait que ce serait là le plus dur de sa tâche. Mais elle avait mené à bien des intrigues autrement scabreuses. L’avoir amené à trouver tout naturel de monter sur un trône, c’était énorme. Quant au reste, la mort à bref délai de Philippe II, elle en faisait son affaire. Qu’il le voulût ou non, une fois pris dans l’engrenage, il serait bien forcé d’aller jusqu’au bout. Et quant à la petite bohémienne, s’il se montrait irréductible sur ce point, elle aurait tôt fait de s’en débarrasser.
À l’exclamation du Torero, elle répondit gravement en levant son index vers le cieclass="underline"
– Nous sommes tous dans la main de Dieu.
– Ainsi, dit le Torero qui paraissait plongé dans un rêve éblouissant, ainsi je vous devrai une couronne! Comment pourrai-je m’acquitter envers vous?
– Nous parlerons de cela tout à l’heure, dit Fausta d’un air détaché. Pour le moment il faut mettre sur pied tous les aboutissants de cette entreprise. Vous pensez bien que cela n’ira pas sans quelques difficultés.
– Je m’en doute bien un peu, dit le Torero en souriant.
– Je vous ai offert mon amitié et mon aide, reprit Fausta. Avant d’accepter il faut que je vous dise ce que je peux faire pour aboutir à ce rêve qui vous éblouit.
– Madame…
– Je sais, interrompit vivement Fausta, vous acceptez sans savoir. J’estime qu’il est nécessaire que vous sachiez. Écoutez-moi, donc.
Le Torero s’inclina respectueusement, reprit sa place sur son siège et dit:
– Je vous écoute, madame.
– D’abord la journée de demain. Je vous l’ai dit: une armée entière tiendra la ville sous la menace. Il faut qu’il y ait bagarre, émeute, tel est le plan du roi, conseillé par M. d’Espinosa. Dans la lutte, vous serez tué: simple accident. Vous ne serez pas tué. J’en fais mon affaire, mes précautions sont prises. À l’armée du roi, j’oppose une armée à moi, que j’ai levée de mes deniers.
– Vous avez fait cela? fit le Torero, émerveillé.
– Je l’ai fait.
– Mais pourquoi?
– Je vous le dirai tout à l’heure, dit froidement Fausta. À cette armée de gentilshommes, de soldats aguerris, qui est à moi, qui a pour mission de veiller uniquement sur votre précieuse personne, se joindra le populaire qui vous admire et vous aime. Par mes soins, l’or est répandu à pleines mains dans le but de raviver l’enthousiasme. Comme une traînée de poudre, le bruit se répandra que le Torero est menacé. De toutes parts les défenseurs surgiront. Ce n’est pas tout. En même temps le bruit se répandra que le Torero n’est autre que l’infant Carlos – c’est sous ce nom que vous régnerez – disparu dès sa naissance, poursuivi sa vie durant par la haine implacable autant qu’injuste de son père. L’infant Carlos sera acclamé de tous. Le roi entendra ces acclamations et vous pouvez imaginer sa fureur, d’autant que ses troupes seront battues. Vous sortirez sain et sauf de la bagarre. Je l’ai décidé ainsi, mes mesures sont prises, cela sera. Ne revenons plus sur ce point.
– Je vous admire, madame, dit sincèrement le Torero.
Sans relever ces mots, Fausta reprit:
– Donc vous êtes sauf. Au milieu d’une armée qui vous acclame, je défie le roi de venir vous prendre. Demain, vous serez encore le Torero; après-demain, vous serez l’infant Carlos. La ville tout entière est à vous. Vingt mille hommes d’armes, à vous, tiennent en respect les troupes royales. L’Andalousie entière se soulève en votre faveur. Des émissaires à moi sont partis. Des millions sont répandus de tous côtés. Si vous le voulez, avant la fin de la semaine, le roi est pris, détrôné, enfermé dans un couvent et vous montez sur le trône à sa place.