Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:
Et comme le Torero ébauchait un geste de protestation, elle ajouta vivement:
– Mais vous êtes généreux. Vous n’abuserez pas de votre victoire. Vous allez trouver le roi, vous traitez avec lui d’égal à égal. Et il s’estime trop heureux, devant la rapidité foudroyante du mouvement, de vous reconnaître publiquement pour l’héritier de sa couronne. Et vous, en fils soumis et respectueux, vous lui laissez la vie et le pouvoir. Vous attendez votre heure, qui ne saurait tarder.
– Je rêve!… balbutia le Torero.
– Votre heure sonne. Vous voici roi de toutes les Espagnes, roi du Portugal, prince souverain des Pays-Bas; empereur des Indes. Je vous donne mes états d’Italie avec ce que vous aurez en propre par héritage, cela vous donne la moitié de l’Italie. Vous prenez le reste.
– Oh!
– Alors vous vous tournez vers la France. C ’est le rêve de votre père, cela. Vous l’envahissez par les Pyrénées et par les Alpes. En même temps vos armées descendent des Flandres. Une campagne rapidement menée vous livre la France qui n’acceptera jamais un roi huguenot. Alors vous remontez au nord et à l’est, vous envahissez l’Allemagne comme vous avez envahi la France, et vous reconstituez un empire plus grand que ne fut celui de Charlemagne. Vous êtes le maître du monde. Voilà ce que vous pouvez faire, soutenu par la main que je vous offre. Acceptez-vous?
Fausta s’était enflammée peu à peu à l’évocation de ses rêves gigantesques. Sa parole chaude, ardente, son air illuminé transportèrent littéralement le Torero, qui, ne sachant s’il était éveillé ou s’il rêvait, s’écria:
– Il faudrait être frappé de folie pour ne pas accepter. Mais vous, madame, vous qui jetez avec une aussi prodigieuse désinvolture des millions dans cette entreprise, vous qui parlez de me donner vos états, vous enfin qui m’éblouissez par l’évocation d’une prestigieuse puissance, que me demandez-vous? Quelle sera votre part?
Fausta prit un temps. Puis fixant ses yeux droit dans les yeux de Torero, lentement, en égrenant chaque syllabe:’
– Je partagerai votre gloire, votre fortune, votre puissance.
Sans hésiter, sans un regret, sous le coup de l’enthousiasme, il s’écria:
– Ce n’est pas trop, certes!
Fausta nota la manière parfaitement détachée avec laquelle il avait souscrit à ses conditions.
– Trop désintéressé, songea-t-elle. À tout prendre, je le préfère cependant ainsi.
Et tout haut, en le fixant toujours d’un regard aigu:
– Il reste à régler la façon dont se fera le partage.
Le Torero eut un geste de superbe insouciance qu’elle admira en connaisseur.
– Il est nécessaire que vous sachiez, dit-elle doucement.
Très galamment, il répondit:
– Ce que vous ferez sera bien fait.
Tenace, elle reprit:
– Ce partage se fera de la manière la plus simple et la plus naturelle.
Elle le laissa en suspens un inappréciable instant et brusquement elle porta le coup:
– Je serai votre épouse!
Le Torero bondit. Il s’attendait à tout, hormis à une prétention semblable, formée d’une manière si anormale, qui n’était pas sans le choquer quelque peu. Il tombait de très haut. Fini le rêve prestigieux, il se trouvait face à face avec la réalité brutale.
Cette sorte d’exaltation factice qui s’était emparée de lui au contact de Fausta s’était dissipée brusquement. Il la regardait d’un air effaré et ne la reconnaissait pas. Il lui semblait que ce n’était pas la même femme qu’il avait devant lui. Sous le coup de l’emballement, cette incomparable beauté avait excité en lui le désir. Maintenant il la voyait tout autrement. Toujours aussi belle, certes, mais cette beauté nouvelle, loin d’exciter en lui le désir, le repoussait au contraire par il ne savait quoi de sombre, de fatal. Pour tout dire: elle lui faisait peur.
Dans sa stupeur, il ne put que bégayer:
– M’épouser! Vous! madame! vous!
Fausta comprit que c’était l’instant critique. Elle se redressa de toute sa hauteur. Elle prit cet air de souveraine qui la faisait irrésistible, et adoucissant l’éclat de son regard:
– Regardez-moi, dit-elle. Ne suis-je pas assez jeune, assez belle? Ne ferai-je pas une souveraine digne en tous points du puissant monarque que vous allez être?
– Je vois, dit don César, qui recouvrait toute sa lucidité, je vois que vous êtes, en effet, la jeunesse même, et quant à la beauté, jamais, je le crois sincèrement, nulle beauté n’égala la vôtre. Vous êtes déjà, madame, un modèle accompli de majesté souveraine, et près de vous les plus grandes reines paraîtraient de simples dames d’atours, Mais…
– Mais?… Dites toute votre pensée, dit Fausta, très froide.
– Eh bien, oui, je dirai toute ma pensée. Vous n’êtes pas une femme ordinaire, madame; la franchise la plus absolue me paraît seule digne d’un caractère noble et fier tel que le vôtre. Je vous dirai donc en toute sincérité, sans fausse humilité, que je me crois tout à fait indigne du très grand honneur que vous me voulez faire. Vous êtes trop souveraine et pas assez… femme.
Fausta eut un sourire quelque peu dédaigneux.
– Si je suis trop souveraine, selon vous, vous ne l’êtes pas assez de votre côté. Il serait temps de faire abstraction de votre ancienne personnalité et de bien vous pénétrer de cette pensée que vous êtes, dès maintenant, le premier personnage du royaume après le roi. Demain, vous serez peut-être roi vous-même. Vous allez jouer un rôle important sur la scène du monde. Vous ne vous appartenez plus. Les pensées, les sentiments qui pouvaient vous paraître très naturels quand vous n’étiez qu’un simple gentilhomme ne sont plus de mise avec votre nouvelle situation. Vous n’êtes plus un homme: vous êtes un roi. Il faut vous habituer à voir et à penser en roi. Auriez-vous commis cette erreur extravagante de penser qu’il pouvait être question d’amour entre nous? Je ne veux pas le croire. Je suis et je dois rester souveraine avant d’être femme, de même que l’homme doit s’effacer en vous devant le souverain.
Le Torero hocha la tête d’un air peu convaincu:
– Ces sentiments vous sont naturels à vous qui êtes née souveraine et avez vécu en souveraine. Mais moi, madame, je suis un simple mortel, et si mon cœur parle, j’écoute ce qu’il me dit.
Audacieusement, elle dit:
– Et votre cœur est pris.
Très simplement, en regardant en face sans provocation, mais avec fermeté, il répondit en s’inclinant très bas:
– Oui, madame.
– Je le savais; monsieur. Cela ne m’a pas retenue un seul instant. L’offre de ma main que je vous ai faite, je la maintiens.
– C’est que vous ne me connaissez pas, madame. Lorsque mon cœur s’est donné une fois, il ne se reprend plus.
Fausta haussa dédaigneusement les épaules.
– Le roi, dit-elle, oubliera les amours de l’aventurier. Il ne saurait en être autrement.
Et comme le Torero allait protester, elle l’interrompit vivement en ajoutant:
– Ne dites rien! N’accomplissez pas l’irréparable. Vous réfléchirez, vous comprendrez. Vous me donnerez une réponse… tenez, après-demain. Les événements qui vont se dérouler demain vous feront comprendre mieux que tous les discours la valeur de l’alliance que je vous offre. Ils vous feront comprendre aussi à quels périls vous seriez exposé si vous commettiez la folie de refuser mes ordres. Vous pourrez voir de vos propres yeux que ces périls sont tels que vous succomberez infailliblement si je retire la main que j’ai étendue sur votre tête.
Et sans lui laisser le temps de placer un mot, elle se leva et, plus doucement:
– Allez, prince, et revenez après-demain. Ne parlez pas, vous dis-je. J’attends votre retour avec confiance. Votre réponse ne peut pas ne pas être conforme à mes désirs. Allez.