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Blood Wedding [Robe de marié]

Электронная книга - «Blood Wedding [Robe de marié]». Краткое содержание книги:

Sophie Duguet - young, successful, and happily married - thought at first she was becoming absentminded when she started misplacing her mail and forgetting where she'd parked her car the night before. But then, as her husband and colleagues pointed out with increasing frustration, she began forgetting things she'd said and done, too. And when she was detained by the police for shoplifting, a crime she didn't remember committing, the confusion and blackouts that had begun to plague her took on a more sinister cast. Her marriage started to come apart at the seams.
Now Sophie is in much deeper water: The young boy she nannies is dead while in her care, a tragedy of which she has no memory. Afraid for her sanity and of what the police will do to her when the body is discovered, Sophie goes on the run, changing her identity and appearance to evade the law. Forced to lead a very different kind of life, one on the margins of society, Sophie wonders where everything went wrong.
Still, with a new name and a new life, she hopes that she'll be able to put her demons to rest for good. It soon becomes clear, however, that the real nightmare has only just begun.
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Le lieu est la caricature de tout ce qu’elle déteste : le bureau vitré, les sièges design, la tenture abstraite au mur… le travail d’un décorateur qui aurait le goût de tout le monde.

L’homme est assis derrière son bureau. Sophie est restée debout. Un mot dans sa boîte aux lettres l’a convoquée là, à une heure impossible pour elle. Un simple mot avec une adresse et un horaire, rien d’autre. Elle a dû déserter le fast-food et elle est pressée.

— Ainsi, vous avez besoin d’un extrait d’acte de naissance…, dit simplement l’homme en la regardant.

— Ce n’est pas pour moi… c’est…

— Ne vous fatiguez pas, ça n’a pas d’importance…

Le regard de Sophie se concentre sur l’homme dont elle tente de retenir les traits. Plutôt la cinquantaine et à part ça, rien à en dire. Monsieur n’importe qui.

— Notre réputation sur ce marché est inattaquable. Nos produits sont de grande qualité, reprend l’homme, voilà notre secret.

Voix caressante et ferme. Donne le sentiment d’être entre des mains solides.

— Nous tenons à votre disposition une bonne et solide identité. Bien sûr, vous ne pourrez pas l’utiliser éternellement, mais disons que pour un délai raisonnable, nos produits sont d’une qualité irréprochable.

— Combien ? demande-t-elle.

— Quinze mille euros.

— Je ne les ai pas !

Sophie a crié. L’homme est un négociateur. Il réfléchit un instant, puis annonce d’une voix définitive :

— Nous ne descendrons pas en dessous de douze mille.

C’est plus que ce qu’elle a. Et même si elle trouve ce qui lui manque, elle n’aura plus un sou. Elle a l’impression de se trouver dans un immeuble en feu devant une fenêtre ouverte. Sauter ou pas. Et pas de seconde chance. Elle tente d’évaluer sa position dans le regard de son interlocuteur. Il ne bouge plus.

— Ça se passe comment ? demande-t-elle enfin.

— C’est très simple…, reprend l’homme.

Le fast-food bat son plein lorsque Sophie revient, avec vingt minutes de retard sur son horaire. Dès son entrée précipitée, elle aperçoit Jeanne qui grimace en désignant l’extrémité du comptoir. Sophie n’a pas même le temps d’aller jusqu’à son vestiaire.

— Tu te fous de ma gueule ?

Le gérant a fondu sur elle. Pour ne pas attirer l’attention de la clientèle, il s’est approché très près, comme s’il voulait la frapper. Son haleine sent la bière. Il parle en gardant les mâchoires serrées.

— Tu me refais ce coup-là, je te vire à coups de pompe dans le cul !

Après quoi, la journée a été un enfer ordinaire, les serpillières, les plateaux, le ketchup dégoulinant, l’odeur de friture, les allées et venues sur le carreau glissant de Coca renversé, les poubelles débordantes, et près de sept heures plus tard, Sophie s’est rendu compte que, toute à ses pensées, elle avait terminé son service depuis plus de vingt minutes. Elle ne regrette pas cette rallonge involontaire et se demande surtout comment les choses vont se passer maintenant. Parce qu’au milieu du tumulte, elle n’a cessé de penser à cette rencontre et aux échéances que l’homme lui a imposées. Tout de suite ou jamais. Le plan qu’elle a élaboré est valable. Ce n’est plus qu’une question de doigté et d’argent. Pour le doigté, depuis son passage à l’agence, elle sait qu’elle saura faire. Pour l’argent, il lui en manque un peu. Pas beaucoup. Un peu moins de mille.

Elle regagne le vestiaire, range sa blouse sur le portemanteau, change de chaussures et se regarde dans la glace. Elle a le teint épuisé des travailleurs au noir. Des mèches grasses lui tombent sur le visage. Enfant, il lui arrivait de se regarder dans un miroir, exactement au fond des yeux et, au bout d’un moment, elle ressentait une sorte de vertige hypnotique qui l’obligeait à se retenir au lavabo pour ne pas perdre l’équilibre. C’était un peu comme une plongée dans la part d’inconnu qui sommeille en nous. Elle fixe un instant ses pupilles jusqu’à ne plus voir que cela, mais avant qu’elle s’engloutisse dans son propre regard, la voix du gérant se fait entendre juste derrière elle.

— C’est pas si mal que ça…

Sophie se retourne. Il est campé à l’entrée, appuyé d’une épaule au chambranle de la porte. Elle ramène une mèche et lui fait face. Elle n’a pas le temps de réfléchir, les mots sortent tout seuls.

— J’ai besoin d’une avance.

Sourire. Indescriptible sourire dans lequel entrent toutes les victoires des hommes, même les plus sombres.

— Tiens donc…!

Sophie s’appuie au lavabo et croise les bras.

— Mille.

— Eh bah dis donc, mille, rien que ça…

— C’est à peu près ce qu’on me doit.

— C’est ce qu’on te devra à la fin du mois. Tu peux pas attendre ?

— Non, je ne peux pas.

— Ah…

Ils restent un long instant face à face et c’est dans les yeux de cet homme qu’elle trouve ce qu’elle cherchait un peu plus tôt dans le miroir, cette sorte de vertige, mais ça n’a plus du tout le même aspect intime. C’est seulement vertigineux et ça fait mal partout jusque dans le ventre.

— Alors ? demande-t-elle pour en sortir.

— On va voir… On va voir…

L’homme bouche la sortie et Sophie se revoit subitement à la sortie de la banque, quelques mois plus tôt. Un désagréable goût de déjà-vu. Mais aussi quelque chose de différent…

Elle s’avance pour sortir, mais l’homme la saisit au poignet.

— Ça doit pouvoir se faire, dit-il en articulant chaque syllabe. Tu passes me voir demain soir, après ton service.

Puis, en plaquant la main de Sophie sur son entrejambe, il ajoute :

— On verra ce qu’on peut faire.

C’est là toute la différence. Le jeu est ouvert, ce n’est pas une tentative de séduction mais l’affirmation d’une position de force, un marché concret entre deux personnes qui chacune peut apporter à l’autre ce qu’elle demande. Très simple. Sophie en est même surprise. Il y a vingt heures qu’elle est debout, neuf jours qu’elle n’a pas eu de repos, elle dort peu pour éviter les cauchemars, elle est épuisée, vidée, elle veut en finir, sa dernière, son ultime énergie passe dans ce projet, il faut en sortir, maintenant, quel qu’en soit le prix, ce sera de toute manière moins cher que cette vie-là, dans laquelle tout se consume, jusqu’aux racines de son existence.

Sans même le décider, elle ouvre la main et à travers le tissu elle saisit le pénis de l’homme en érection. Elle le fixe dans les yeux, mais elle ne le voit pas. Elle tient simplement sa queue dans sa main. Un contrat.

En montant dans le bus, elle se fait la remarque : s’il avait fallu lui faire une pipe là, tout de suite, elle l’aurait fait. Sans hésiter. Elle pense cela et n’en ressent aucune émotion. Ce n’est qu’une information, rien d’autre.

Sophie passe la nuit entière devant sa fenêtre à fumer des cigarettes. Là-bas, au loin, du côté du boulevard, elle voit le halo des réverbères et imagine les prostituées dans l’ombre, au pied des arbres, agenouillées devant des hommes qui regardent le ciel en leur tenant la tête.

Par quelle association d’idées la scène du supermarché lui est-elle revenue à l’esprit ? Les vigiles ont posé, sur la table en acier, des articles qu’elle n’a pas achetés mais qu’ils ont sortis de son sac. Elle essaie de répondre aux questions. Tout ce qu’elle veut, c’est que Vincent ne l’apprenne pas.

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