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Blood Wedding [Robe de marié]

Электронная книга - «Blood Wedding [Robe de marié]». Краткое содержание книги:

Sophie Duguet - young, successful, and happily married - thought at first she was becoming absentminded when she started misplacing her mail and forgetting where she'd parked her car the night before. But then, as her husband and colleagues pointed out with increasing frustration, she began forgetting things she'd said and done, too. And when she was detained by the police for shoplifting, a crime she didn't remember committing, the confusion and blackouts that had begun to plague her took on a more sinister cast. Her marriage started to come apart at the seams.
Now Sophie is in much deeper water: The young boy she nannies is dead while in her care, a tragedy of which she has no memory. Afraid for her sanity and of what the police will do to her when the body is discovered, Sophie goes on the run, changing her identity and appearance to evade the law. Forced to lead a very different kind of life, one on the margins of society, Sophie wonders where everything went wrong.
Still, with a new name and a new life, she hopes that she'll be able to put her demons to rest for good. It soon becomes clear, however, that the real nightmare has only just begun.
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Le boulevard est éclairé de place en place. Sur sa première portion, c’est le boulevard du sida. Les filles très jeunes, comme électrisées, semblent en permanence dans l’attente de la prochaine dose. Elles sont assez jolies pour tapiner sous la lumière. Plus loin, les autres se réfugient dans la pénombre. Et plus loin encore, dans le noir presque complet, c’est le coin des travestis, dont les visages maquillés aux joues bleues émergent parfois de la nuit comme des masques de carnaval.

C’est encore après qu’habite Sophie, dans une partie à la fois plus calme et plus glauque. La femme à laquelle elle a pensé est là. Une cinquantaine d’années, blonde décolorée, plus grande que Sophie, avec un corsage volumineux qui doit attirer une certaine clientèle. Elles se regardent et Sophie s’arrête devant elle.

— Je suis désolée… J’ai besoin d’un renseignement.

Sophie entend sa voix résonner, claire, nette. Elle est même surprise de son assurance.

Et avant que la femme ait eu le temps de répondre :

— Je peux payer, ajoute-t-elle en laissant apercevoir la coupure de cinquante euros qu’elle tient au creux de sa main.

La femme la dévisage un court instant puis regarde autour d’elle, sourit vaguement et dit, d’une voix enrouée par les cigarettes :

— Ça dépend du renseignement…

— J’ai besoin d’un papier…, dit Sophie.

— Quel papier ?

— Extrait d’acte de naissance. N’importe quel nom, ce qui m’intéresse, c’est la date. Enfin… l’année. Vous savez peut-être où je peux m’adresser…

Dans son scénario idéal, Sophie rencontrait une sorte de compassion, de connivence même, mais c’était un accès de romantisme. Il ne pouvait s’agir que d’une relation d’affaires.

— J’ai besoin de ça… dans des conditions raisonnables… Je vous demande juste un nom, une adresse…

— Ça ne se passe pas comme ça.

La femme tourne les talons avant que Sophie ait pu faire le moindre geste. Elle reste plantée là, dans l’incertitude. Puis la femme se retourne et lâche simplement :

— Repasse ici la semaine prochaine, je vais me renseigner…

La femme tend la main et attend, les yeux rivés à ceux de Sophie. Celle-ci hésite, fouille dans son sac, sort un second billet qui disparaît aussitôt.

Maintenant que sa stratégie est arrêtée, et parce qu’elle ne voit aucune solution qui lui semble meilleure, Sophie n’attend pas le résultat de sa première démarche pour entamer la seconde. Sans doute un secret désir de forcer le destin. Le surlendemain, comme elle dispose d’une coupure en plein milieu de l’après-midi, elle part en reconnaissance. Elle prend soin de choisir une cible également éloignée du restaurant et de son domicile, à l’autre extrémité de la ville.

Elle descend de l’autobus boulevard Faidherbe et marche un long moment, se dirigeant à l’aide d’un plan pour ne pas avoir à demander son chemin. Elle dépasse volontairement l’agence, sans se presser, afin de jeter un coup d’œil à l’intérieur, mais tout ce qu’elle peut apercevoir, c’est un bureau vide avec des classeurs et quelques affiches sur les murs. Elle traverse alors la rue, fait demi-tour et entre dans un café qui lui permet de voir la devanture sans être remarquée. Son observation est aussi décevante que son passage : c’est typiquement le genre d’endroit où il n’y a rien à voir, le genre d’agence qui soigne son aspect impersonnel pour ne pas décourager les visiteurs. Quelques minutes plus tard, Sophie règle son café, traverse la rue d’un pas décidé et pousse la porte.

Le bureau est toujours vide mais la sonnerie de la porte d’entrée fait bientôt apparaître une femme d’une quarantaine d’années, à la couleur rousse un peu ratée, chargée de bijoux et qui lui tend la main comme si elles se connaissaient depuis l’enfance.

— Myriam Desclées, annonce-t-elle.

Son nom n’a pas plus l’air vrai que sa couleur de cheveux. Sophie répond par un « Catherine Guéral » qui, paradoxalement, sonne plus juste.

Manifestement, la directrice de l’agence se pique de psychologie. Elle a posé les coudes sur son bureau, pris son menton entre ses mains et regarde fixement Sophie avec un sourire mi-compréhensif mi-douloureux, censé témoigner d’une grande fréquentation de la douleur humaine. Sans compter les honoraires.

— On se sent seule, n’est-ce pas ? susurre-t-elle doucement.

— Un peu…, risque Sophie.

— Parlez-moi de vous…

Mentalement, Sophie repasse rapidement le petit mémo qu’elle a patiemment préparé et dont tous les éléments ont été pensés, soupesés.

— Je m’appelle Catherine, j’ai trente ans…, commença-t-elle.

L’entretien aurait pu durer deux heures. Sophie sent bien que la directrice emploie toutes les ficelles, sans rechigner sur les plus grossières, pour la persuader qu’elle est « comprise », qu’elle a enfin trouvé l’oreille attentive et expérimentée dont elle a besoin, bref, pour l’assurer qu’elle est en de bonnes mains, de bonnes mains de maman universelle avec une âme sensible qui comprend tout à demi-mot, et qui le montre par des mimiques signifiant tantôt : « Inutile d’aller plus loin, j’ai tout compris », tantôt : « Je saisis exactement votre problème. »

Le temps de Sophie est compté. Elle demande, aussi maladroitement qu’elle le peut, des renseignements sur « la manière dont ça se passe », puis précise qu’elle doit bientôt retourner à son travail.

Dans ce genre de situation, c’est toujours la course contre la montre. L’un veut sortir, l’autre veut retenir. C’est une intense lutte d’influence au cours de laquelle se déroulent, à vitesse accélérée, toutes les phases d’une vraie petite guerre : attaques, esquives, redéploiements, intimidation, fausse retraite, changement de stratégie…

À la fin de quoi, Sophie en a marre. Elle sait ce qu’elle voulait savoir : le prix, le niveau de la clientèle, le système des rencontres, la garantie. Elle se contente de balbutier un « Je vais réfléchir » embarrassé mais convaincu et sort. Elle a fait tout ce qu’elle pouvait pour ne pas trop frapper l’imagination de la directrice. Elle a décliné sans hésitation faux nom, fausse adresse et faux numéro de téléphone. En repartant vers son bus, Sophie sait qu’elle ne reviendra jamais ici, mais elle a la confirmation de ce qu’elle espérait : si tout se passe bien, elle va bientôt pouvoir acquérir une belle identité toute neuve et totalement irréprochable.

Blanchie comme de l’argent sale, Sophie.

Grâce à un extrait d’acte de naissance établi sous un faux nom mais parfaitement en règle. Il ne lui reste plus qu’à recruter un mari, qui lui offrira un nouveau nom, irréprochable, au-dessus de tout soupçon…

Elle deviendra introuvable.

Une Sophie va disparaître, la voleuse, la tueuse, adieu Sophie-la-Dingue.

Sortie du trou noir.

Voici Sophie-la-Blanche.

11

Sophie n’a pas lu beaucoup de romans policiers, mais elle en a des images : une arrière-salle de bistrot dans un quartier louche, remplie d’hommes antipathiques qui jouent aux cartes dans une atmosphère enfumée ; au lieu de quoi elle se retrouve dans un grand appartement entièrement peint en blanc dont la baie vitrée domine la plus grande partie de la ville, devant un homme d’une quarantaine d’années, peu souriant il est vrai, mais visiblement civilisé.

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