Les Jeux de l'amour et de la mort
- Автор: Варгас Фред
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Éditions du Masque
- ISBN: 978-2702478561
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Les Jeux de l'amour et de la mort». Краткое содержание книги:
Tom vit que Galtier se tenait le ventre. Il devait avoir subitement mal. Il vit sa main longue descendre le long du fil de la lampe, allumer. Il y avait tout un tas de papiers par terre.
— Ce n’est pas moi qui les ai renversés, dit Tom.
— Je le sais ! hurla Galtier.
Il ramassa le contenu de sa serviette, vérifia sans un mot, les dents inférieures mordant la lèvre, qu’il n’y manquait rien, déverrouilla ses tiroirs, feuilleta tous ses dossiers, compta ses notes. Tout avait l’air d’être là.
Tom, les coudes sur les genoux, le regardait faire. Galtier alla à la porte, la claqua, tira le verrou.
— Lève-toi, ôte ta veste, tes pompes, retourne tes poches, dépêche-toi.
La voix de Galtier était si blessante que Tom voulut protester.
— Fais ce que je te dis ou tu repasses au frais quarante-huit heures. Et arrête de discuter avec moi ! Arrête bon dieu ! Je ne veux plus jamais t’entendre ! Jamais !
Tom n’avait rien pris. Galtier retrouva son souffle. Soler cherchait seulement à l’égarer, à l’énerver, à l’aveugler. Soler se vengeait et il était habile. Qu’est-ce qu’il avait dit tout à l’heure ? Est-ce qu’il imaginait seulement qu’il allait se troubler, s’attendrir, tout oublier ? Oublier qu’il avait filé le soir de l’assassinat de Saldon, qu’il avait fait questionner Louis Vernon ? Et oublier que Louis était mort ce soir ? C’est entendu, Soler n’avait pas bougé. Mais qu’est-ce que ça prouvait en fin de compte ? Galtier rejeta ses cheveux en arrière en y passant la main et dit :
— Cette fois, tu t’en vas. Tu peux comprendre ça ?
— Ça et une infinité d’autres choses dont vous n’avez pas idée, dit Tom.
Il attrapa sa veste et mit un petit peu de temps à l’enfiler, parce que son bras avait passé entre la doublure et le tissu, et qu’il essayait de se dégager lentement. Galtier le regardait faire et Tom sentait qu’il contenait sa fureur.
— Pardonnez-moi dit-il, mais si je vais trop vite, toute la manche va s’arracher et je ne pourrai certainement jamais la recoudre.
— Je comprends, dit Galtier. Prends ton temps.
— Et voilà, dit Tom. C’est fait.
Galtier n’eut pas la force de lui répondre. Il sonna et fit prévenir qu’on le laisse sortir. Demain il appellerait Vuillard. On irait perquisitionner chez Louis Vernon. On avait mis les scellés dès la nouvelle du meurtre et la porte serait gardée toute la nuit. De ce côté au moins tout devrait bien se passer. En sortant, il croisa quatre hommes qui partaient prendre la relève avenue de l’Observatoire. Cette nuit, tout devrait bien se passer.
Tom ne s’était pas décidé à rentrer directement chez lui. Il aurait voulu marcher le plus longtemps possible. Il était passé devant l’immeuble de Gaylor pour voir si tout était normal. Il était exclu de s’approcher trop près. On le reconnaîtrait, Galtier prendrait un nouveau coup de sang, et le démolirait avec sa voix douce et cassée. Il n’y avait décidemment pas moyen de s’arranger avec cet homme, et Tom, d’une certaine façon, le regrettait. Il se demandait ce qu’il pouvait bien faire pour mettre Galtier hors de lui. Rien. Il le mettait naturellement hors de lui.
De loin, appuyé sur un tronc d’arbre mouillé, Tom voyait deux factionnaires qui fumaient sur le trottoir. On gardait Gaylor. Pauvre Louis. En levant les yeux, Tom vit la lumière à l’étage. Le peintre devait lire, ou marcher, ou réfléchir. Tom sourit et reprit sa marche. Il ne serait pas endormi avant 4 heures. Il ne serait pas levé avant midi.
XI
Jeremy avait eu des difficultés à trouver l’adresse de Robert Henry Saldon. Il y avait beaucoup de Saldon à Frisco. Quand il se présenterait chez sa veuve, il irait au plus simple, c’était toujours ce qu’il y avait de mieux. Il serait journaliste, et il ne voyait rien à redire à ce projet qui lui semblait bon et facile. Dans le car qui l’emmenait dans la banlieue nord de la ville, il répéta son rôle. Il était 6 heures quand il descendit et il y avait encore du chemin à faire à pied. C’est en marchant qu’il changea brusquement d’avis. Qu’est-ce que c’était que cette histoire de journaliste ? C’était impensable qu’il se soit laissé aller à ramasser cette vieille idée idiote, répugnante surtout quand on pensait à la sueur de tous ceux qui l’avaient endossée. C’est à se battre ! dit-il à voix haute. Encore cette foutue négligence où il avait glissé. Il ne le raconterait à personne. Cela lui rappela la fois où il avait manqué acheter des chaussures sans intérêt sous le prétexte qu’il était bien dedans. Faire le journaliste ! Stratagème petit, pensée facile, réflexion indigente. Décidément, cette heure bâtarde de la journée qu’il détestait, quand l’après-midi n’est pas encore finie, et quand la soirée n’est pas encore commencée, ce pont flottant entre deux rives, était un moment assez dangereux à passer. On n’y était vraiment à l’abri de rien. Grâce à Dieu il avait appris à s’en méfier, à s’embusquer, et à tuer avec férocité ces apparitions infernales de la médiocrité. En arrivant devant le 334, Jeremy cessa de rire et sortit deux cravates de sa poche. Il les appréciait également, et il n’avait pas encore pu arrêter son choix. Il hésita assez longuement avant de se décider. Si Tom avait été là, il se serait sans doute exaspéré. Cette bouderie dans la voiture avait été imbécile, il aurait dû se contrôler. Certes, cela aurait été tellement mieux. Toujours se contrôler. Mais quel ennui terrifiant.
La femme qui ouvrit la porte n’était pas du tout comme il l’attendait. Qu’est-ce qu’il avait donc attendu ? Un bout de femme résigné avec des yeux battus, malmenée par des jours insipides et qui se serait essuyé les mains sur son tablier ? Ou quoi encore ? Un être raide et râpeux, avec un chignon et qui aurait baissé le regard ? Et à l’intérieur de la maison, qu’est-ce qu’il avait cru trouver ? Un parquet verni, un bac à chat, et puis des housses sur les fauteuils ? Quelque chose de pauvre, de digne et de bien arrangé ? Jeremy serra les poings. Tu ne vaux pas un clou ce soir. Non, je ne sais pas ce qui se passe mais tu me fais honte.
Il serra chaleureusement la main de Mme Saldon. Elle avait sûrement plus de cinquante ans, quelque chose de direct sans brutalité, un sourire attendrissant. Jeremy la trouva étonnante. Et elle avait été trente ans l’épouse de Robert Henry Saldon. Foutue machine que l’existence.
Mme Saldon avait d’abord craint que Jeremy ne soit venu lui vendre quelque chose. Elle balaya d’un geste rapide et les lèvres serrées les condoléances de Jeremy, avec le mouvement d’une femme qui souhaite que nul ne se mêle sans savoir.
Jeremy comprit, et mal à l’aise sous le regard de Mme Saldon qui forçait l’aveu, exposa rapidement sa démarche : son père avait passé un temps de sa vie aux États-Unis, il était professeur attaché à l’Université. C’est là qu’il avait fait la connaissance de Robert Saldon, il leur en avait parlé parfois. Il savait que son père s’était laissé dessiner par Saldon. Cela ne disait rien à Mme Saldon, Gérard Mareval, non vraiment rien. Mais son père venait de mourir, et Jeremy, en mission en Californie, avait eu l’idée de ce détour, oui il aurait tellement souhaité rechercher dans les carnets de M. Saldon si par hasard quelque trace de son père, quelque empreinte…
— Je n’ai plus rien à lui ici, interrompit Mme Saldon. Mais si vous voulez bien me dire la véritable raison de votre visite, et si je la trouve intéressante, je vous indiquerai le moyen de consulter ces carnets.
Décidément, ce soir n’était pas un bon soir. Il ne valait rien. Jeremy sourit.