Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
Daenerys s’installa sur un banc et s’enveloppa de nouveau les épaules dans sa peau de lion. « Les Immaculés sont mes meilleurs guerriers.
— Des soldats, pas des guerriers, n’en déplaise à Votre Grâce. On les a créés pour le champ de bataille, pour se tenir épaule contre épaule derrière leurs boucliers, leurs lances brandies devant eux. Leur formation leur apprend à obéir, sans crainte, à la perfection, sans réfléchir ni hésiter… et non pas à démêler des secrets et à poser des questions.
— Des chevaliers me serviraient-ils mieux ? » Selmy formait pour elle des chevaliers, en enseignant aux fils d’esclaves à combattre avec la lance et l’épée à la mode ouestrienne… Mais à quoi bon des lances, contre des lâches qui tuaient dans l’ombre ?
« Pas en ce domaine, reconnut le vieil homme. Et Votre Grâce n’a point de chevalier, hormis moi. Il faudra des années avant que les jeunes ne soient prêts.
— Alors qui, sinon des Immaculés ? Les Dothrakis seraient encore pires. » Les Dothrakis combattaient à cheval. Des cavaliers étaient plus utiles en terrain découvert, plaines ou collines, que dans les rues et ruelles étroites de la cité. Au-delà des murailles en briques multicolores de Meereen, Daenerys exerçait au mieux une emprise ténue. Des milliers d’esclaves continuaient à s’échiner dans les collines sur de vastes propriétés, à cultiver le blé et les olives, garder des moutons et des chèvres, et extraire des mines le sel et le cuivre. Les entrepôts de Meereen renfermaient d’amples provisions de grain, d’huile, d’olives, de fruits séchés et de viande salée, mais les réserves diminuaient. Aussi avait-elle dépêché son petit khalasar afin de mater l’arrière-pays, sous le commandement de ses trois Sang-coureurs, tandis que Brun Ben Prünh menait ses Puînés au sud, en protection contre les incursions yunkaïies.
C’était à Daario Naharis qu’elle avait confié la plus cruciale de toutes les missions, Daario à la langue agile, avec sa dent en or et sa barbe en trident, au sourire canaille derrière des moustaches mauves. Au-delà des collines à l’ouest s’étendaient une chaîne de montagnes en grès érodé, le col du Khyzai et Lhazar. Si Daario parvenait à convaincre les Lhazaréens de rouvrir les routes commerciales terrestres, on pourrait faire venir à volonté du grain par le fleuve ou par-dessus les collines… Mais les Agnelets n’avaient aucune raison d’apprécier Meereen. « Quand les Corbeaux Tornade rentreront de Lhazar, peut-être pourrai-je les employer dans les rues, déclara Daenerys à ser Barristan, mais d’ici là, je ne dispose que des Immaculés. » Elle se leva. « Vous allez devoir m’excuser, ser. Les pétitionnaires seront bientôt à mes portes. Je me dois de revêtir mes longues oreilles et de redevenir leur reine. Convoquez Reznak et le Crâne-ras. Je les verrai quand je serai habillée.
— Aux ordres de Votre Grâce. » Selmy s’inclina.
La Grande Pyramide se haussait de huit cents pieds dans le ciel, de son immense base carrée jusqu’à la pointe élevée où la reine avait ses appartements privés, environnés de verdure et de bassins parfumés. Tandis que se levait sur la cité une aube bleue et fraîche, Daenerys s’avança sur la terrasse. À l’ouest, le soleil embrasait les dômes dorés du Temple des Grâces, et gravait des ombres profondes derrière les pyramides à degrés des puissants. Dans certains de ces bâtiments, les Fils de la Harpie trament en ce moment même de nouveaux meurtres, et je suis impuissante à les arrêter.
Viserion capta son trouble. Le dragon blanc était lové autour d’un poirier, sa tête posée sur sa queue. Au passage de Daenerys, ses yeux s’ouvrirent, deux flaques d’or fondu. Ses cornes aussi étaient d’or, ainsi que les écailles qui couraient sur son dos de la tête à la queue. « Tu es un flemmard », lui dit-elle en le grattant sous la mâchoire. Il avait les écailles brûlantes au toucher, comme une armure trop longtemps exposée au soleil. Les dragons sont le feu incarné. Elle avait lu cela dans un des ouvrages offerts par ser Jorah en cadeau de noces. « Tu devrais chasser avec tes frères. Est-ce que vous vous êtes encore battus, Drogon et toi ? » Ses dragons devenaient sauvages, ces temps-ci. Rhaegal avait claqué des mâchoires devant Irri, et Viserion avait mis le feu au tokar de Reznak, lors de la dernière visite du sénéchal. Je les ai trop laissés livrés à eux-mêmes, mais où puis-je trouver le temps de m’occuper d’eux ?
La queue de Viserion fouetta l’air de côté, frappant le tronc de l’arbre si fort qu’une poire dégringola pour atterrir aux pieds de Daenerys. Ses ailes se déployèrent et, mi-vol, mi-bond, il gagna le parapet. Il grandit, songea-t-elle alors qu’il s’élançait dans le ciel. Tous les trois grandissent. Bientôt, ils seront assez vastes pour supporter mon poids. Alors, elle volerait comme avait volé Aegon le Conquérant, de plus en plus haut, jusqu’à tant rétrécir Meereen que Daenerys pourrait l’oblitérer de son pouce.
Elle suivit des yeux Viserion qui montait en cercles croissants jusqu’à ce qu’il se perde au regard, au-delà des flots limoneux de la Skahazadhan. Alors seulement Daenerys réintégra la pyramide, où Irri et Jhiqui attendaient pour brosser et démêler ses cheveux et lui faire endosser une tenue digne de la reine de Meereen, un tokar ghiscari.
Ce vêtement était une affaire malcommode, un pan de tissu long, lâche et informe qu’on devait lui enrouler autour des hanches, sous un bras et par-dessus une épaule, ses franges pendantes soigneusement étagées et présentées. Pas assez serré, il risquait de tomber ; trop, il embarrassait, comprimait et faisait trébucher. Même convenablement ajusté, le tokar exigeait de son porteur qu’il le maintînt en place de la main gauche. Marcher en tokar requérait d’avancer à petits pas précieux, en parfait équilibre, de crainte de se prendre les pieds dans les lourdes franges de sa traîne. Ce n’était pas un vêtement conçu pour un ouvrier, quel qu’il fût. Le tokar était une tenue de maître, un signe de richesse et de puissance.
Daenerys avait voulu bannir le tokar lorsqu’elle avait pris Meereen, mais ses conseillers l’en avaient dissuadée. « La Mère des Dragons doit revêtir le tokar, sous peine de s’attirer une haine éternelle », l’avait mise en garde la Grâce Verte, Galazza Galare. « Sous les laines de Westeros ou une parure de dentelle myrienne, Votre Radieuse Majesté restera à jamais une étrangère parmi nous, une immigrée monstrueuse, une conquérante barbare. La reine de Meereen se doit d’être une dame de la Ghis ancienne. » Brun Ben Prünh, capitaine des Puînés, avait usé d’une formule plus succincte. « Quand on veut être roi des lapins, vaut mieux s’ coller une paire de grandes oreilles. »
Les grandes oreilles qu’elle choisit ce jour-là étaient tissées de lin blanc transparent, avec une frange de glands dorés. Avec l’aide de Jhiqui, elle enroula correctement le tokar autour d’elle à la troisième tentative. Irri alla chercher sa couronne, ouvragée à l’effigie du dragon à trois têtes de sa maison. Il présentait des anneaux d’or, des ailes d’argent, trois têtes d’ivoire, d’onyx et de jade. Avant la fin de la journée, le cou et les épaules de Daenerys se contracteraient douloureusement sous son poids. On ne doit pas porter la couronne sans peine. Un de ses royaux ancêtres avait déclaré cela, un jour. Un Aegon, mais lequel ? Cinq d’entre eux avaient régné sur les Sept Couronnes de Westeros. Il y en aurait eu un sixième, si les chiens de l’Usurpateur n’avaient pas assassiné le fils de son frère alors qu’il était encore à la mamelle. S’il avait vécu, j’aurais pu l’épouser. Aegon aurait été plus proche de mon âge que Viserys. Daenerys n’avait été conçue que lorsque Aegon et sa sœur avaient été assassinés. Leur père, son frère Rhaegar, avait péri encore plus tôt, tué sur le Trident par l’Usurpateur. Son frère Viserys était mort en hurlant à Vaes Dothrak, coiffé d’une couronne d’or fondu. Moi aussi, ils me tueront, si je les laisse faire. Les poignards qui ont transpercé mon Bouclier Loyal me visaient.