Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
— Come on, my boy ! il a répété, agacé.
J’ai eu l’impression d’avoir fait une terrible faute de goût et je me suis senti presque sale…
Il a filé avec son chauffeur pour regagner l’hôtel et je suis resté comme un idiot, les yeux embués de larmes.
Je me suis détesté… Quel manque de panache ! Quel manque d’élégance !
Je l’ai regardé partir. Je ne savais plus rien de lui à ce moment précis. C’est comme si tout ce qu’on avait vécu, toutes ces merveilleuses confidences qu’il m’avait faites n’avaient jamais existé. Il tournait la page, il passait à autre chose.
Pour la première fois, je me suis senti de trop. Je me suis senti à côté. J’ai eu l’atroce impression que j’avais fait mon temps.
Et c’était horrible.
Avant de partir, j’ai aperçu, posée sur le coin d’une table, la boîte dans laquelle se trouvait mon écharpe.
L’écharpe était restée dedans…
23 janvier 1963. Le jour le plus triste de ma vie. Je ne sais pas comment je trouve encore la force d’écrire…
Quand je suis revenu de la fête pour son anniversaire… Ça a été le drame à la maison. Le directeur de ma prépa avait appelé mes parents pour leur faire part de mes nombreuses absences. Votre fils ne travaille pas, il est absent souvent, sans excuse, sans raison valable, on ne peut plus le garder. Mon père était furieux. Il serrait les dents si fort que j’ai cru qu’il allait les broyer. Maman pleurait en disant que j’étais fichu, qu’on ne ferait jamais rien de moi, que j’allais devoir partir à l’armée ! Ils m’ont enfermé dans ma chambre et j’ai passé deux jours sans sortir, sans voir personne, sans pouvoir téléphoner. Et je me disais que c’étaient ses deux derniers jours à Paris ! Ça me rendait malade ! Malade ! Je ne pouvais pas sortir par la fenêtre, on habite au sixième étage ! Rien, je ne pouvais rien faire…
J’étais prisonnier.
Papa est allé voir le directeur. Je ne sais pas ce qu’il lui a dit, mais il paraît qu’il m’a donné une dernière chance. Tu parles d’une chance !
J’ai eu le droit de sortir, mais l’interdiction formelle de retourner sur le tournage.
De toute façon, je n’y serais pas allé, je savais qu’il était fini…
Je me demandais juste s’il était déjà parti ou s’il avait prolongé son séjour à Paris. S’il traînait sur le quai aux Fleurs. C’était sa promenade préférée.
Alors hier soir, j’ai couru à son hôtel à la sortie des cours, j’ai couru, couru…
Le concierge m’a dit qu’il était parti, mais qu’il avait laissé une lettre pour moi. Il m’a tendu une enveloppe qui portait le nom de l’hôtel.
Je l’ai pas ouverte tout de suite.
J’avais le cœur qui battait trop fort…
Je l’ai lue, le soir, dans ma chambre.
“My boy, retiens ceci : on est seul responsable de sa vie. Il ne faut blâmer personne pour ses erreurs. On est soi-même l’artisan de son bonheur et on est parfois aussi le principal obstacle à son bonheur. Tu es à l’aube de ta vie, je suis au crépuscule de la mienne, je ne peux te donner qu’un conseil : écoute, écoute la petite voix en toi avant de décider quel sera ton chemin… Et le jour où tu entendras cette petite voix, suis-la aveuglément… Ne laisse personne te détourner de ton chemin. N’aie jamais peur de revendiquer ce qui te tient à cœur.
C’est ce qui sera le plus dur, pour toi, parce que tu penses tellement que tu ne vaux rien, que tu ne peux pas imaginer un futur radieux, un futur qui porte ton empreinte… Tu es jeune, tu peux changer, tu n’es pas obligé de répéter le schéma de tes parents…
Love you, my boy…”
Je l’ai lue plusieurs fois. Je ne voulais pas croire que je ne le verrais plus. Il ne me donnait rien, pas une adresse, pas une boîte postale, pas un téléphone. Je n’avais aucun moyen de le retrouver.
J’ai pleuré, pleuré…
Je me suis dit que ma vie était finie.
Et je crois bien qu’elle est finie.
25 décembre 1963. Charade vient de sortir aux États-Unis. J’ai lu les articles dans les journaux. C’est un énorme succès. Des milliers de personnes ont fait la queue dès six heures du matin devant le Radio City Music Hall sur la 6e Avenue pour avoir une place. Il faisait froid, il pleuvait et ils attendaient…
J’ai lu dans le journal une interview de Stanley Donen qui parlait de lui. “Il n’y a aucun acteur comme Cary Grant. Il est unique. Il n’y a aucune fausse note dans son jeu. S’il projette facilité et confiance en soi, si ça a l’air si facile, c’est qu’il est extrêmement concentré. Qu’il a tout préparé… On ne sent aucune peur en lui quand il joue. Ses scénarios sont toujours remplis de milliers de notes. Il détaille tout minute par minute. Le détail, c’est là où il excelle. Sont talent n’est pas un don de Dieu, c’est une somme énorme de travail…”
Et j’ai eu l’impression qu’il m’échappait définitivement…
Lu aussi une réflexion de Tony Curtis. “On apprend plus en regardant Cary Grant boire une tasse de café qu’en six mois dans un cours de théâtre…”
Qu’est-ce que j’ai appris de lui ?
Qu’est-ce que j’ai appris de lui ? »
C’étaient les derniers mots du carnet noir. Joséphine le referma et pensa qu’elle avait beaucoup appris, avec Cary Grant.
Zoé s’était enfermée dans sa chambre avec Emma, Pauline et Noémie. Elles mettaient au point l’exposé sur Diderot qu’elle devait présenter le lendemain matin devant la classe et Mme Choquart.
Elle ne voulait pas démériter. Elle aimait trop Mme Choquart.
Affalée sur son lit, elle pensait à Diderot.
Et à Gaétan.
Gaétan ! Depuis qu’ils avaient parlé pour de vrai, ils filaient l’amour parfait. Elle se faisait une liste de « Je veux… et je veux pas ». C’était un jeu. Plus la liste était longue, plus elle avait l’impression que son amour était grand, fort, éternel. Je veux pas que ça diminue, notre amour. Je veux que ça soit toujours le début, les chansons dans la tête, le cœur qui décolle, la vie en rose pour de vrai. Je ne veux pas me lasser. Je veux l’aimer le plus longtemps possible. Je ne veux pas de hauts et de bas. Je veux rester à cent mille mètres d’altitude. Twist and shout, come on, come on, baby now. Je veux illustrer l’amour, le grand amour, comme Johnny Depp et Vanessa Paradis in love pour la vie.
Ses copines gribouillaient leurs fiches de lecture.
Elles avaient choisi Diderot comme sujet de leur TPE. Choisi d’illustrer son anticonformisme et sa langue acérée.
Je crois que je suis folle de Diderot, songeait Zoé en relisant ses notes. Il dézingue tout le monde. Il dézingue Lully, Marivaux, dit le plus grand mal de Racine sur le plan humain, « fourbe, traître, ambitieux, envieux, méchant ». Oui mais, il ajoute… « dans mille ans d’ici, il fera verser des larmes ; il sera l’admiration des hommes dans toutes les contrées de la terre. Il inspirera l’humanité, la commisération, la tendresse ; on demandera qui il était, de quel pays et on l’enviera à la France. Il a fait souffrir quelques êtres qui ne sont plus, auxquels nous ne prenons presque aucun intérêt. Il eût été mieux sans doute qu’il eût reçu de la nature les vertus d’un homme de bien, avec les talents d’un grand homme. C’est un arbre qui a fait sécher quelques arbres plantés dans son voisinage ; qui a étouffé les plantes qui croissaient à ses pieds ; mais il a porté sa cime jusque dans la nue ; ses branches se sont étendues au loin ; il a prêté son ombre à ceux qui venaient et qui viendront se reposer autour de son tronc majestueux ; il a produit des fruits au goût exquis et qui se renouvellent sans cesse[29] ».