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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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Elle aimait le verbe de Diderot. Elle aimait l’usage du point-virgule chez Diderot.

— On commence par les Salons ? demanda Emma.

— Oui… Fragonard ?

— Et je montre une reproduction quand Pauline parle…

— « C’est une belle et grande omelette d’enfants, lut Pauline, il y en a par centaines, tous entrelacés les uns dans les autres. Cela est plat, jaunâtre, d’une teinte égale, monotone et peint cotonneux. Les nuages répandus entre eux sont pareillement jaunâtres et achèvent de rendre la composition exacte. Monsieur Fragonard est diablement fade. Belle omelette, bien douillette, bien jaune et point brûlée. » C’est méchant, non ? conclut Pauline qui avait un bon fond et répugnait à critiquer.

— Il devait être déballé, Fragonard.

— Je crois bien que je vais acheter tous les tomes des Salons tellement j’adore chaque mot, chaque phrase, je voudrais que ça ne finisse jamais, et ça ne finit jamais puisque c’est un livre énorme ! s’exclama Zoé.

— Oh, toi et les livres ! ricana Emma. On dirait que tu n’en lis jamais assez…

— Zoé ignore la mesure, dit Noémie en allumant une cigarette.

— Pas dans ma chambre ! s’écria Zoé. Maman veut pas que je fume !

— On ouvrira la fenêtre en grand…

— Je peux m’en rouler une alors ? demanda Emma.

Zoé ne répondit pas. Seule contre trois, elle ne ferait pas le poids.

Gaétan avait promis un long mail pour ce soir…

Diderot, Gaétan, un long mail… Elle était la plus heureuse des filles.

Quand ses amies furent parties, elle ouvrit grand la fenêtre, changea de chemisier, se regarda dans la glace et aima ce qu’elle vit. C’était un bon signe. Un jour, on se mire dans la glace en chantant avec une brosse à cheveux et en se trémoussant, le lendemain, on se jette un coup d’œil et on se sent Chamallow grillé.

Elle alla s’asseoir devant son ordinateur et ouvrit sa messagerie.

Le mail de Gaétan était le premier…

Pour les choses graves, il préférait écrire que parler. Il disait que parler, c’était difficile. Cela supposait qu’on soit deux face à face et que l’autre vous regarde en train de tout déballer. Alors qu’écrire, on pouvait imaginer qu’on était tout seul, qu’on se parlait à soi-même, que personne n’écoutait.

Lui aussi, il avait des examens de fin d’année.

Ce matin, c’était géographie.

« J’ai pas vraiment réussi, mais c’est pas grave. La géo, c’est pas mon truc. J’ai fait ce que j’ai pu, j’ai travaillé, ça sert à rien de regretter ! Maintenant je sais que je suis capable de travailler beaucoup et que ça me plaît. Que demande le peuple ? Je suis capable de réussir quand même, non ? Je te raconte le reste ? Bah oui… je te raconte. Ce matin, je me lève et maman était debout ; et avant que je parte, elle m’a demandé de venir la voir. Et là, elle m’a dit des choses qui m’ont chamboulé le cœur. Des trucs qu’elle m’a jamais dits, qui me changent, qui… Waouw, quoi. Elle me regarde comme ça, elle était en train de boire son café, elle me dit qu’elle veut plus que je m’occupe d’elle, qu’elle va bien, qu’elle m’aime et qu’elle veut que je sois heureux et que juste, elle peut pas être heureuse si je le suis pas. Et ça c’est top. C’est comme si j’étais libéré. Et maman qui me dit ça, c’est Waouw, genre waouw, quoi. Je peux pas expliquer, c’est comme si je pouvais grandir vraiment quoi. C’est géantissime. Bien sûr, ça ne m’empêche pas de flipper pour maman. Mais pas de la même manière, pas comme si elle dépendait de moi… Même si je sais qu’elle dépend de moi. Parce que Charles-Henri, il se la joue perso et il va partir et Domitille aussi. Elle va aller en pension l’année prochaine… C’est décidé. Elle dit qu’elle ira pas, qu’elle fera des fugues tout le temps, mais bon, c’est décidé. Alors, il ne restera plus que maman et moi. Et même si elle dit qu’elle peut tenir debout toute seule, moi, je sais qu’elle aura toujours besoin de moi… Elle peut pas s’en sortir toute seule, elle le sait pas, mais je le sais moi. Je ne suis pas responsable que de ma vie. Si je laisse maman toute seule, elle est finie.

Alors, je veux qu’on retourne à Paris. Je n’en peux plus d’être ici avec les grands-parents sur le dos et toute la ville qui te regarde quand tu fais une connerie. Ils ont rien d’autre à faire, les gens ici, que de cancaner sur les autres… Que de ricaner quand ils sortent des clous. Et nous, c’est sûr, on sort souvent des clous… Et dis Zoé, c’est normal de faire des conneries, non ? Même quand on est adulte comme maman… Alors on va partir tous les deux. On va retourner à Paris. Je ne sais pas très bien où on ira parce que maman, elle n’a pas beaucoup d’argent. Elle dit qu’elle est prête à travailler comme vendeuse dans une boutique, qu’elle a l’éducation pour, qu’elle pourrait vendre, par exemple des bijoux fantaisie ou des montres. Elle aime beaucoup les montres. Ça la rassure, je crois. Le mécanisme des montres, je veux dire… Alors elle va chercher une place de vendeuse de montres et on prendra un petit appartement tous les deux. Et on pourra se voir et je serai heureux… »

Le cœur de Zoé bondit. Il allait venir à Paris ! Twist and shout, come on, come on ! Elle le verrait chaque jour. Ils pourraient habiter chez elle. Dans la chambre d’Hortense… Ou dans le bureau de maman quand Hortense serait là. Hortense ne venait plus souvent. Sa vie était à Londres. Ou ailleurs. Elle répétait souvent qu’elle en avait fini avec Paris…

Il faudrait qu’elle en parle à sa mère.

Ce fut non.

Un non catégorique.

Un non que Zoé n’avait jamais entendu dans la bouche de sa mère.

— C’est hors de question, Zoé.

— Mais l’appartement est trop grand pour nous deux…

— C’est non, répétait Joséphine.

— Mais tu l’as bien fait pour Mme Barthillet et Max[30]…

— C’était il y a longtemps… J’ai changé.

— T’es devenue égoïste !

— Non. Écoute-moi bien, Zoé… J’ai un livre qui pousse dans ma tête. Une envie d’écrire qui se précise chaque jour et j’ai besoin de place, de silence, de vide, de solitude…

— Ils ne prendront pas de place ! Ils se feront tout petits. Sa mère veut travailler et lui, il ira au lycée avec moi… Oh ! maman ! Dis oui…

— Non, non et non… c’est fini, ce temps-là !

— Ils iront où alors ? demanda Zoé, la bouche pleine de larmes.

— Je ne sais pas et ce n’est pas mon problème. Ce livre-là, je ne veux pas le sacrifier… C’est important pour moi, chérie. Très important… Tu comprends ?

Zoé secouait la tête. Elle ne comprenait pas.

— Mais tu pourras écrire quand même…

— Zoé… Tu ne sais pas. Tu ne sais pas ce que ça veut dire « écrire ». Ça veut dire donner toutes ses forces, tout son temps, toute son attention à une seule chose. Y penser tout le temps. Ne pas être interrompue, une seule seconde, par quelque chose d’autre… Ce n’est pas être inspirée soudain et jeter quelques notes sur le papier, ça veut dire travailler, travailler, travailler, semer des idées, attendre qu’elles poussent et ne les récolter que lorsqu’elles sont prêtes. Pas avant parce que sinon tu arraches la racine, pas après parce qu’elles sont fanées. C’est être vigilante, obsédée, maniaque… Impossible à vivre pour les autres.

— Et moi alors ?

— Toi, tu fais partie de cette aventure. Mais pas les autres, Zoé, pas les autres…

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