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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Penché sur la table, Perrin étudiait ses mains posées bien à plat. L’odeur de la cire utilisée pour polir les lambris lui agressait les narines, mais les autres ne semblaient pas gênés…

C’était lui…, pensa l’apprenti forgeron. Rand est le Tueur d’Ombre. Par la Lumière ! que nous arrive-t-il ?

Il ferma les poings, étonné par leur taille et la menace qui s’en dégageait.

Mes mains étaient faites pour manier une masse, pas une hache de guerre !

Dès que Rand était entré, Perrin avait été impressionné par la détermination qu’il affichait. Et voilà que l’Aes Sedai venait de l’inviter à s’asseoir en face d’elle. Des étincelles en perspective…

— Comment va Hurin ? demanda Rand en se débattant contre le fourreau de son arme, qui l’empêchait de s’asseoir. Il se repose ?

— Il a tenu à sortir, répondit Ingtar. Je lui ai dit de suivre la piste jusqu’à la jonction des Suppôts et des Trollocs. L’odeur des monstres sera encore là demain. Ou veux-tu que nous nous lancions à leurs trousses ce soir ?

— Ingtar, dit Rand, mal à l’aise, je ne désire vraiment pas prendre ta place. C’était involontaire, crois-moi…

Des excuses, mais avec beaucoup plus d’assurance que par le passé, constata Perrin.

Le Tueur d’Ombre… Nous changeons tous, en ce moment…

Ingtar ne réagit pas… et ne se tourna pas non plus vers Rand.

— Certaines choses m’intéressent au plus haut point, dit Verin. Pour commencer, cette disparition du camp, sans laisser la moindre trace… Ensuite, comment vous êtes arrivés ici avec une bonne semaine d’avance sur nous. Le fonctionnaire était sûr de la date… Et, pour réussir cet exploit, vous auriez dû voler !

Un des œufs de Mat lui échappa et s’écrasa sur le sol. Le jeune homme ne daigna pas lui accorder un regard, car il fixait Rand. Alors qu’Ingtar se retournait enfin, Loial continua à faire semblant de lire, mais ses oreilles s’agitèrent d’une manière qui ne laissait pas de doutes sur son inquiétude.

Perrin aussi gardait les yeux braqués sur Rand.

— Notre ami n’a pas volé, dit-il, sinon qu’aurait-il fait de ses ailes ? En revanche, il a peut-être des choses plus importantes à nous raconter.

Verin tourna la tête vers l’importun et leurs regards se croisèrent. Mais l’apprenti forgeron fut le premier à baisser les yeux.

Fichue Aes Sedai ! Par la Lumière ! qu’est-ce qui nous a poussés à en suivre une, pour commencer ? Quelle bande de crétins !

Voyant que Rand le remerciait muettement d’avoir volé à son secours, Perrin lui sourit. Ce n’était plus le bon vieux Rand de naguère – à croire qu’il avait vieilli dans sa belle veste, qui lui allait désormais comme un gant – mais il s’agissait toujours de son ami d’enfance.

Le Tueur d’Ombre… Un homme qui inspire crainte et respect aux loups. Un mâle capable de canaliser le Pouvoir.

— Tout vous dire ne me dérange pas, déclara simplement Rand.

Sur ces mots, il raconta son histoire sans inutiles fioritures.

Perrin en resta bouche bée. Des Pierres-Portails… D’autres mondes où le paysage semblait fluctuer… Hurin lancé sur la piste que les Suppôts auraient pu emprunter ! Sans oublier une jeune beauté en détresse, comme dans les meilleurs récits des trouvères.

— Et cette femme vous a ramenés ? demanda Mat, l’air émerveillé. En utilisant une de ces pierres ?

Rand eut une hésitation presque imperceptible.

— Je suppose, oui, dit-il. Voilà, c’est comme ça que nous nous sommes tant éloignés de vous. Quand Fain est arrivé, Loial et moi avons réussi à lui subtiliser le Cor de Valère. Puis nous avons chevauché vers Cairhien parce que je savais que vous finiriez par y aller. Rebrousser chemin pour vous rejoindre était impossible, puisque ça serait revenu à nous jeter dans les bras des voleurs.

Tueur d’Ombre…

Voyant que Rand le regardait, les yeux ronds comme des soucoupes, Perrin comprit qu’il avait dû prononcer ce nom à voix haute. Enfin, assez haute pour que son ami entende, mais personne d’autre, puisque Rand seul le dévisageait.

Comme il aurait aimé tout raconter à son ami au sujet des loups !

Je connais ton secret, il serait juste que tu connaisses le mien…

Mais Verin était là, et pas question d’en parler devant elle.

— Intéressant, commenta l’Aes Sedai. J’aimerais beaucoup rencontrer cette jeune femme. Si elle sait utiliser une Pierre-Portail… Ce nom lui-même n’est connu que de très rares initiés. (Elle s’ébroua soudain.) Mais ce sera pour une autre fois… Ici, une fille très grande ne devrait pas être difficile à trouver parmi les lignées nobles… Mais voilà notre dîner !

Perrin sentit l’odeur de la viande de mouton avant même que maîtresse Tiedra ait fait entrer dans la pièce une petite colonne de servantes portant chacune un plateau.

Dès qu’il captait une odeur de viande, l’apprenti forgeron en avait l’eau à la bouche. Les petits pois, la courge, les carottes et le chou qui accompagnaient le gigot étaient loin de lui faire le même effet. S’il aimait toujours bien les légumes, il lui arrivait maintenant de rêver de viande rouge. Même pas cuite, le plus souvent. D’ailleurs, il trouva que les tranches que découpait l’aubergiste n’étaient pas assez saignantes – une idée qui ne lui aurait jamais traversé l’esprit, avant. Malgré ses envies animales, il se servit une portion de tout, mais prit quand même deux tranches de gigot.

Chacun s’immergeant dans ses pensées, le repas fut particulièrement silencieux. Voir manger Mat posa un gros problème à Perrin. Malgré sa complexion rouge sang, comme s’il brûlait en permanence de fièvre, le jeune homme n’avait rien perdu de son appétit. Le regarder se goinfrer comme si c’était son dernier repas avant de mourir avait quelque chose de gênant. S’efforçant de garder les yeux baissés sur son assiette, Perrin maudit pour la énième fois le jour où ils avaient eu l’idée de quitter Champ d’Emond.

Lorsque les servantes eurent débarrassé la table et quitté les lieux, Verin insista pour que personne ne se retire avant le retour de Hurin.

— Il pourrait avoir des nouvelles qui nous incitent à partir dès ce soir !

Mat recommença à jongler et Loial reprit sa lecture. Rand demanda un livre à l’aubergiste, qui lui fit apporter les Voyages de Jain l’Explorateur, un classique que Perrin aimait également beaucoup. Avec ces récits d’aventures aux côtés du Peuple de la Mer et de voyages au-delà du désert des Aiels, dans les pays d’où venait la soie, c’était un ouvrage des plus passionnants. N’étant pas d’humeur à lire, Perrin préféra disputer plusieurs parties de jeu des pierres avec Ingtar.

Comme on pouvait s’y attendre de la part d’un militaire, Ingtar avait un style offensif et audacieux. D’habitude enclin à jouer la défense, parce qu’il détestait céder du terrain pour rien, Perrin se surprit à lancer des attaques au moins aussi flamboyantes que celles de son adversaire. La plupart des parties s’achevèrent sur une égalité, mais l’apprenti forgeron parvint à en gagner autant qu’Ingtar. Un exploit qui lui valut un tout nouveau respect de la part de l’officier, visiblement habitué à écraser l’opposition.

En début de soirée, Hurin revint enfin, et il semblait à la fois triomphant et… perplexe.

— Seigneur Ingtar, mon seigneur Rand, je les ai trouvés ! Et suivis jusqu’à leur tanière.

— Leur tanière ? répéta l’officier. Tu veux dire qu’ils se cachent non loin d’ici ?

— Oui, seigneur. J’ai remonté la piste des voleurs jusqu’à un endroit qui empeste aussi le Trolloc, mais de manière furtive, comme si les monstres n’osaient pas trop se montrer. Notez que ça n’a rien d’étonnant, parce qu’il s’agit du nouveau manoir que le seigneur Barthanes vient de se faire construire.

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