La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
Rand prit une grande inspiration et tendit l’invitation à un domestique.
— Je suis le seigneur Rand, de la maison al’Thor, débita-t-il, pressé d’en avoir fini avec ces absurdités. Et voici ma suite : Verin Sedai, de l’Ajah Marron, le seigneur Ingtar de la maison Shinowa, du Shienar, et Loial fils d’Arent fils de Halan, du Sanctuaire Shangtai.
Loial avait demandé qu’on laisse son Sanctuaire en dehors de tout ça, mais Verin s’était montrée intraitable : tout ce qui pouvait gonfler le pedigree du groupe était précieux.
Le serviteur qui s’était emparé de l’invitation, en profitant pour esquisser une révérence, sursauta à chaque nouveau nom et ne put s’empêcher de lorgner Verin avec une évidente méfiance.
— Bienvenue au manoir Damodred, ma dame et mes seigneurs, dit-il d’une voix étranglée. Sois le bienvenu aussi, ami ogier.
Le type fit signe à ses collègues d’ouvrir en grand les portes, puis il fit entrer les invités et remit l’invitation à un autre serviteur à qui il souffla quelques mots à l’oreille.
Cet homme-là portait l’Arbre et la Couronne sur la poitrine.
— Aes Sedai, dit-il respectueusement en s’appuyant à son bâton d’apparat pour faire une révérence qui l’amena quasiment à toucher ses genoux avec sa tête.
Il répéta l’opération devant chaque invité.
— Ma dame, mes seigneurs, ami ogier, je m’appelle Ashin et je vous prie de me suivre.
Le hall d’entrée abritait exclusivement des serviteurs, mais Ashin fit passer ses hôtes dans une vaste salle bondée de nobles. Un jongleur se produisait à un bout, et des acrobates à un autre. Des échos de voix et de notes de musique venant de l’extérieur laissaient penser que ce n’était pas la seule salle consacrée aux festivités. Discutant deux par deux ou formant des groupes de trois ou quatre – parfois mixtes et parfois non –, les puissants du royaume gardaient entre les petites coteries une sorte de distance de sécurité, afin que certains propos ne tombent pas dans de mauvaises oreilles.
Les invités étaient vêtus de noir ou de gris, comme c’était la mode au Cairhien. Tous arboraient fièrement des rayures sur la poitrine, les plus longues devant désigner les véritables notables de la capitale. Les femmes exhibaient fièrement leur coiffure élaborée qui les grandissait d’au moins une tête et elles évoluaient dans des jupes à armature si amples qu’elles auraient dû se mettre de profil pour franchir des portes normales. Ici, elles n’avaient aucun problème, car la plupart des encadrements étaient assez larges pour laisser passer une diligence.
Ne repérant pas de crânes rasés, Rand déduisit qu’il n’y avait pas de soldats dans l’assistance. Le cheveu plutôt long, tous les hommes portaient un chapeau en velours sombre en forme de cloche ou beaucoup plus plat. Comme pour les femmes, les manchettes sombres de leur chemise dissimulaient quasiment leurs mains.
Ashin tapa plusieurs fois sur le sol avec son bâton, puis il annonça les nouveaux venus en commençant par Verin.
Tous les regards se tournèrent vers le petit groupe d’inconnus. Ayant choisi de mettre son châle aux franges marron – avec des grappes de raisin brodées en guise d’ornements –, l’Aes Sedai était repérable au premier coup d’œil. Dès qu’Ashin eut clamé son nom, des murmures coururent parmi les invités et le jongleur en laissa tomber un de ses cerceaux. Un incident sans gravité, puisque plus personne ne le regardait. Avant même que son identité soit connue, Loial fut lui aussi l’objet d’une curiosité appuyée.
Malgré les broderies argentées sur le col et les manches, la veste noire de Rand se révéla parfaitement passe-partout parmi la haute société du Cairhien. En revanche, son épée et celle d’Ingtar attirèrent l’attention générale. D’abord parce que aucun des seigneurs n’était armé, mais surtout parce qu’une lame au héron, partout dans le monde, devenait vite le sujet de conversation d’une bonne moitié des personnes présentes.
Rand capta quelques regards noirs et supposa qu’il s’agissait de seigneurs dont il avait décliné l’invitation, ne daignant même pas se fendre d’une réponse.
Un homme très mince d’une grande beauté approcha des nouveaux invités. Les cheveux grisonnants, il portait une longue veste grise littéralement zébrée de rayures qui partaient de son cou pour venir mourir contre l’ourlet du vêtement. Inhabituellement grand pour un Cairhienien, il faisait à peine une demi-tête de moins que Rand, et son port altier le grandissait encore, donnant l’impression qu’il pouvait regarder de haut n’importe quel interlocuteur.
Quand ses yeux noirs se posèrent sur Verin, quelque chose qui devait être de la colère les fit briller durant une fraction de seconde.
— Ta présence m’honore, Aes Sedai, dit Barthanes Damodred d’une voix profonde et pleine d’assurance. (Il balaya du regard Rand et sa « suite ».) Je n’espérais pas une compagnie si distinguée ! Seigneur Ingtar, ami ogier, je vous souhaite bien le bonsoir…
Barthanes inclina à peine la tête pour saluer Ingtar et Loial. Une façon d’indiquer qu’il se savait bien plus puissant et bien plus important qu’eux.
— Et le jeune seigneur Rand dont tout le monde parle en ville et dans les maisons ! J’espère que nous aurons l’occasion de converser un peu, ce soir…
À l’entendre, il ne faisait aucun doute que Barthanes n’aurait pas le cœur brisé si cette « occasion » ne se présentait pas. Selon toute vraisemblance, les rumeurs concernant Rand ne l’avaient pas le moins du monde intéressé.
À l’instant où il allait croiser le regard du jeune homme, il détourna les yeux, les laissant glisser sur Ingtar, Loial puis Verin.
— Bienvenue à tous, lâcha-t-il avant de se laisser entraîner par une très jolie femme qui posa sur son bras une main auréolée de dentelle et lestée de bagues.
Alors qu’il s’éloignait, Barthanes jeta néanmoins un coup d’œil discret à Rand.
Les conversations reprirent et le jongleur, de nouveau concentré, décrivit avec ses cerceaux une grande roue qui ne fut pas loin d’atteindre le plafond, pourtant haut de trente bons pieds.
Les acrobates ne s’étaient pas interrompus une seconde. Perchée sur les mains d’une autre artiste, une jeune femme à la peau huilée – quel spectacle de la voir briller à la lueur de centaines de lampes ! – décrivait un bond périlleux dans les airs pour atterrir sur les mains d’un solide gaillard lui-même perché sur celles d’un quatrième compère. Quand celui-ci le soulevait à bout de bras, il faisait de même avec la femme qui écartait alors les bras pour mimer des applaudissements.
Aucun invité n’accordait un quart de seconde d’attention au numéro…
Verin et Ingtar s’enfoncèrent dans la foule. L’officier s’attira son lot de regards méfiants et l’Aes Sedai ne fut pas en reste non plus. À l’évidence, les hommes la considéraient au minimum comme un loup enragé. Les femmes se montraient moins angoissées, certaines allant jusqu’à lui adresser la parole.
Mat et Hurin étaient depuis longtemps partis vers les cuisines où les domestiques et les valets des invités attendaient un éventuel appel de leur maître. Si tout se passait bien, les deux fureteurs n’auraient aucun mal à s’éclipser. Sinon…
Loial se pencha pour parler à l’oreille de son ami :
— Rand, il y a un Portail ici, je le sens…
— Tu veux dire que nous sommes dans un ancien bosquet ogier ?
Loial acquiesça.
— Quand il fut planté, mon peuple n’avait pas encore retrouvé le Sanctuaire Tsofu. Sinon, les Ogiers qui ont participé à la construction d’Al’cair’rahienallen n’auraient pas eu besoin d’un bosquet pour se souvenir de leur foyer. Lors de mon précédent séjour à Cairhien, ce secteur était une forêt qui appartenait au roi.
— Barthanes s’en est sûrement emparé grâce à quelque complot…, souffla Rand en regardant autour de lui.