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Le gang des rêves

Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:

Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New York des années vingt…
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
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« Fais un gros plan sur le sang » dit Arty au caméraman.

Voilà ce qu’il allait donner à Hollywood : du sang. Parce qu’il était certain que lorsque les gens de Hollywood verraient du sang, ils seraient prêts à renoncer au sexe.

Peut-être qu’un jour Hollywood se lasserait aussi du sang et réclamerait la mort. Mais Arty espérait qu’à ce moment-là, il aurait accumulé assez d’argent pour quitter le milieu.

62

Los Angeles, 1928

Lorsque Christmas arriva à Los Angeles, il découvrit qu’une voiture avec chauffeur l’attendait. L’homme prit sa valise et le conduisit à une petite villa avec piscine sur Sunset Boulevard que Mister Mayer, expliqua-t-il, mettait à disposition de ses invités. Il le présenta à la domestique hispanique qui allait s’occuper de tout, porta la valise dans une vaste chambre au premier étage et lui indiqua qu’il y avait une Oakland Sport Cabriolet flambant neuve dans le garage dont il pouvait se servir à loisir. Enfin, il lui donna rendez-vous pour la fin de l’après-midi, quand il viendrait le chercher pour l’emmener aux studios.

Dès qu’il se retrouva seul, Christmas se posta à la fenêtre de sa chambre et regarda dehors, au-delà du portail. « Alors c’est ici que tu vis ! » se dit-il. Il descendit au rez-de-chaussée, annonça à la domestique qu’il ne déjeunerait pas là et puis demanda : « Comment on fait, pour aller à Holmby Hills ? »

Cela avait été étrange, de retourner à Grand Central Station. Monter dans un train pour Los Angeles au lieu de rester sur un banc à le regarder partir avait été plus étrange encore. Christmas n’était plus le garçon d’alors, qui tournait un drôle de couvre-chef entre ses mains. Maintenant, il avait un billet de première classe. Mais aussitôt installé dans son wagon, il avait réalisé que les choses qui comptaient vraiment étaient exactement les mêmes qu’autrefois. « Je te trouverai ! » s’était-il dit. Et il avait l’impression qu’il ne s’était passé qu’un instant depuis cette soirée, quatre années auparavant, où Ruth était sortie de sa vie.

Christmas ne pensait à rien d’autre en conduisant vers Holmby Hills. Mais lorsqu’il se retrouva près de la large rue aux réverbères en fonte, il sentit exploser en lui la colère qu’il avait réussi à contenir jusque là. Pas une lettre, pas une réponse. Ruth l’avait effacé de sa vie. Comme s’il n’avait jamais existé. Il se gara devant la grande villa. Il appuya vigoureusement sur la sonnette.

Peu après, un domestique en veste blanche vint ouvrir le portail.

« Je veux voir mademoiselle Ruth ! annonça Christmas.

— Qui ça ? demanda le domestique, surpris.

— Les Isaacson habitent bien ici, non ? lança Christmas, encore bouillant de cette colère contre Ruth qui venait de le saisir.

— Non, Monsieur. Vous vous trompez d’adresse.

— C’est impossible ! s’exclama Christmas en lorgnant dans le jardin.

— Charles, qui est-ce ? demanda une voix de femme.

— Madame Isaacson ! s’écria Christmas en tentant de franchir le portail. Je veux voir Ruth ! »

La femme surgit derrière le domestique. Grande et blonde, elle portait une paire de gants de jardinage. Elle avait l’air aimable.

« Vous avez dit les Isaacson ? vérifia-t-elle.

— Oui… répondit Christmas hésitant.

— Ils n’habitent plus ici. »

Les jambes de Christmas se mirent à trembler. Ça, il ne l’avait pas prévu. Il avait toujours imaginé qu’il pourrait reprendre les choses exactement là où il les avait laissées, qu’elles étaient restées figées, puisque lui-même l’était resté. Tout à coup, il n’y eut plus de place dans son cœur pour la colère qu’il avait nourrie quelques instants auparavant. Malgré le soleil californien, son sang se glaça dans ses veines. Il se sentit défaillir. Il avait peur d’être arrivé à Los Angeles trop tard.

« Et vous savez… où ils ont… déménagé ? balbutia-t-il.

— Non, je suis désolée, répondit la femme.

— Mais… comment ça se fait ? »

Elle le regarda, intriguée :

« Je n’ai aucune idée de l’endroit où ils habitent. Mais ne les cherchez pas dans les quartiers huppés, ajouta-t-elle. Ils ont eu des problèmes financiers. »

Christmas la fixa un instant, sans mot dire, puis il tourna les talons et regagna la voiture. Il s’appuya contre la capote, tête baissée, sans savoir que faire.

« Referme, Charles ! » lança la femme au domestique.

Christmas entendit le portail grincer, puis la serrure se fermer. Il leva les yeux. Los Angeles était immense. Il se sentit perdu. Sans espoir. Il remonta en voiture et commença à errer dans les rues, observant tous les passants sur le trottoir. Il n’avait jamais prévu de ne pas trouver Ruth. Il ne l’avait tout simplement pas prévu. Et tandis qu’il continuait à conduire sans but, tout lui sembla soudain bien différent de ce qu’il avait imaginé. Et si Ruth avait quelqu’un d’autre ?

Il coupa le moteur. Quelqu’un klaxonna derrière lui. Christmas ne l’entendit pas. Peut-être devrait-il s’adresser à un détective privé. À présent, il avait assez d’argent pour en embaucher un. « Mais je veux te trouver moi-même, se dit-il pourtant. C’est moi qui dois te trouver ! » Il regarda alentour. Repéra un diner.

« Vous avez un bottin ? » demanda-t-il en entrant.

L’homme derrière le comptoir tendit le bras vers la cabine téléphonique en bois sombre, déglinguée, à la porte branlante.

Christmas dénicha un annuaire sur une tablette, sous le téléphone. Il le feuilleta avec appréhension. Rien. Aucun Isaacson à Los Angeles. Et s’ils avaient changé de ville ? Dépité, il jeta le bottin.

« Ho là ! » s’écria l’homme derrière le bar.

Christmas se retourna mais ne le vit pas. Et si Ruth s’était mariée et avait changé de nom ? Il sortit du diner, regagna sa voiture et recommença à conduire sans but, sans se soucier des klaxons qui retentissaient derrière lui parce qu’il allait trop doucement, les yeux rivés sur les gens qui marchaient dans la rue, sursautant à chaque fois qu’il apercevait des boucles noires. « Où tu es ? » se répétait-il de manière obsessionnelle. « Où tu es ? » Et pour la première fois, avec une lucidité et un désespoir qui croissaient de carrefour en carrefour, il se demanda si tout était vraiment fini. S’il était vraiment arrivé trop tard.

Il ne se rendit compte de l’heure avancée qu’en tombant sur une grande horloge au coin d’une rue. Alors il réalisa que le chauffeur de Mayer devait déjà être arrivé à la villa de Sunset Boulevard.

« Mister Mayer déteste qu’on ne soit pas ponctuel ! prévint le chauffeur, nerveux, lorsqu’il le vit enfin arriver.

— Et bien dépêche toi, alors ! » fit Christmas en montant dans l’automobile. Mais il n’en avait rien à faire, de Mayer. Et tandis qu’ils filaient à toute allure vers les studios, il continuait à épier les gens sur les trottoirs.

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