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Le gang des rêves

Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:

Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New York des années vingt…
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
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— Autrement c’est un problème, acquiesça Christmas, le suivant d’un pas vif le long de la coursive.

— Exactement ! » fit Nick.

En passant, Christmas voyait dans chaque pièce des gens assis derrière des bureaux et penchés sur des machines à écrire.

« Et alors, on t’appelle pour le résoudre.

— Je dois plutôt éviter que les problèmes surgissent, précisa Nick, ouvrant la porte numéro 11 et invitant Christmas à entrer. Voici ta tanière provisoire. Bureau, machine à écrire, dactylo si tu ne sais pas taper à la machine, nourriture, boissons et une excellente rémunération. »

Christmas observa la pièce.

« Il ne faut pas que tu nous remettes des scénarios complets mais juste des textes qui servent de points de départ, continua Nick. Récits, trames, descriptions, anecdotes… Puis nos scénaristes les développeront. Facile, non ?

— Pour ça, il suffit d’écouter mon émission, lança Christmas. Facile, non ?

— J’ai compris, dit Nick en s’asseyant devant le bureau. Tu es de ces chevaux difficiles à dompter, c’est ça ?

— On dirait que oui.

— Prends place derrière ton bureau, Christmas. Rends-moi ce service, dit Nick. Assieds-toi et dis-moi si le fauteuil est confortable. Tu aimes le cuir ? Le siège est assez rembourré ? Dis-moi ce que tu aimes et tu l’auras. (Il attendit que Christmas s’installe). Qu’est-ce que tu en dis ? Mets une feuille blanche dans la machine à écrire. Le papier se trouve dans le tiroir de droite. »

Christmas hésita. Puis il ouvrit le tiroir et prit une feuille qu’il plaça dans le rouleau. Il eut une espèce de frisson. Le bruit du rouleau qui tournait en entraînant le papier lui plut.

« Voilà, maintenant essaie d’imaginer ! fit Nick. Pour le moment, ce n’est qu’un morceau de papier blanc. Rien d’autre. Mais sur cette page, toi tu peux inscrire tes mots. Et tes mots vont faire naître un personnage. Un homme, une femme, un enfant… Tu vas attribuer un destin à ce personnage. Gloire, tragédie, succès ou défaite. Ensuite un cinéaste viendra. Ainsi qu’un acteur. Tes mots seront filmés. Et alors, dans une salle perdue de… je ne sais pas, moi — pense un peu à un endroit de merde, au trou du cul du monde — … eh bien, dans cette salle, il y a des gens qui vivront le destin que tu as créé, ils le percevront comme le leur et ils croiront être là, dans ce lieu vrai mais imaginaire qui est sorti d’ici, de cette feuille… »

Christmas sentit à nouveau un frisson lui parcourir l’échine.

Nick se pencha vers lui.

« C’est ça qu’on te demande. Les règles ne sont là que pour organiser le rêve. »

Christmas le regarda. Puis regarda la feuille blanche.

« Mais c’est déjà ce que je fais ! fit-il remarquer.

— On sait, fit Nick sérieusement. Tu as un vrai talent. C’est pour ça que tu es ici. »

Christmas l’observa un instant sans parler. Mais ensuite son regard retourna à la page blanche, qui semblait l’hypnotiser. Il n’éprouvait ni malaise ni crainte devant toute cette blancheur qu’il allait falloir remplir.

« Essaie, dit Nick. Si ça ne marche pas…

— Tu résoudras le problème, sourit Christmas.

— Il n’y a ni selle ni mors » conclut Nick.

Christmas caressa les touches de la machine à écrire. Leur surface lisse et légèrement concave accueillait le bout de ses doigts. Et, à nouveau, il frissonna.

Nick fit un pas vers la porte.

« Nick, lança Christmas, c’est vrai que tu résous tous les problèmes ?

— Je suis payé pour ça.

— Je cherche quelqu’un. Tu connais les Isaacson ?

— Qui ça ?

— Un gars qui s’est installé ici pour faire le producteur.

— Isaacson, répéta Nick sur le pas de la porte. Je verrai ce que je peux faire. »

Christmas hocha la tête.

« Mais toi, fais quelque chose pour nous, Christmas ! » lança Nick, indiquant la machine à écrire. Puis il sortit du bureau en fermant la porte derrière lui.

Christmas demeura seul assis derrière son bureau et devant sa machine à écrire. Ses doigts continuaient à glisser sur les touches, appuyant à peine, regardant les barres de métal qui quittaient la corbeille comme la gâchette d’un pistolet, prêtes à imprimer leur lettre sur la page immaculée. La première lettre d’un mot. La première lettre d’une phrase. La première lettre d’un destin, d’une vie qui ne dépendrait plus uniquement de lui. Christmas se rendit compte qu’il était ému. Comme le soir où il avait empoigné pour la première fois un microphone, dans un studio de radio plongé dans le noir. Mais comme ce jour-là, il lui suffit de toucher la machine à écrire pour se sentir à l’aise. Alors il rit doucement. Il choisit une touche. Ferma les yeux. Appuya fort, sans regarder. Il entendit le bruit de l’impact sur le ruban encreur et celui du chariot qui avançait d’un cran. Les broches tenant le ruban se rabaissèrent, et il entendit la barre de métal redescendre dans la corbeille. Il rit encore, rouvrit les yeux, choisit la touche d’après et appuya. Et à nouveau, il écouta tous ces bruits, à la fois si nouveaux et si familiers. Alors, cherchant la troisième touche, il s’aperçut qu’elle était à côté de la première. Juste à côté. Sur la même ligne. Il appuya. Et puis il passa à la quatrième. Elle était là elle aussi, juste en dessous. Entre la troisième et la deuxième. Comme si ces quatre lettres étaient reliées par une ligne qui allait tout droit le long de deux touches, puis descendait pour aller chercher une touche avant de remonter. Une ligne continue.

R-U-T-H.

Christmas fixa un instant ces quatre lettres. Puis il se cala confortablement dans son fauteuil et commença à écrire.

63

Los Angeles, 1928

Le lendemain soir, Nick apparut à la porte du bureau que la MGM avait provisoirement attribué à Christmas.

Celui-ci, tête penchée sur sa machine à écrire, leva une main pour lui faire signe de se taire. L’air fiévreux, il finit de taper la phrase qu’il était en train d’écrire, appuyant fortement sur les touches avec ses index droit et gauche, les seuls doigts dont il parvenait à se servir.

Nick se mit à rire : « On dirait un pianiste fou ! », s’exclama-t-il.

Christmas leva la tête. Mèche blonde en bataille sur son front et lumière intense dans ses yeux brillants comme de la braise.

« On dirait que tu t’amuses ! lança Nick.

— On dirait, dit Christmas sérieux.

— Allez, avoue-le, que tu t’amuses comme un petit fou ! » insista Nick.

Christmas sourit. Puis son regard revint à la page qu’il était en train de noircir avec ses mots. Près de lui, une dizaine de feuillets déjà remplis formaient un petit tas désordonné.

« Je me suis informé sur les Isaacson » annonça Nick.

Le regard de Christmas abandonna aussitôt la feuille dans la machine. Il bondit sur ses pieds et s’approcha de Nick, anxieux.

« Il a misé sur le mauvais cheval, continua Nick. Il a investi dans le Phonofilm et a tout perdu. Il a attrapé la peste, comme on dit ici des perdants. Du coup, un type de la Fox lui a fait l’aumône et il est maintenant gérant du West Coast Oakland Theater…

— Oakland ? s’exclama Christmas, l’interrompant.

— Oakland, répéta Nick. Telegraph Avenue. »

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