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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Le jeune homme s’immobilisa et se retourna vers la porte. Les Trollocs rôdaient toujours de l’autre côté du mur. Dans tous les cas, affronter des humains restait préférable à tomber entre les griffes des monstres. En négociant, Rand avait une chance d’inciter les Illuminateurs à la clémence. Les Trollocs, en revanche, tuaient d’abord et discutaient ensuite… entre eux !

— Désolé de t’avoir entraînée là-dedans, Selene…

— Le danger épice la vie et, jusque-là, tu t’en es plutôt bien tiré. On part à la découverte ?

La jeune femme se remit en chemin, dépassant Rand. Son parfum vint une nouvelle fois lui caresser les narines, tel l’arôme d’un fabuleux nectar.

Au sommet de la colline, l’allée donnait sur une vaste étendue de terre argileuse presque aussi claire que la peinture blanche et entourée d’autres bâtiments sans fenêtres séparés par d’étroites allées. Sur la droite de Rand se dressait cependant une bâtisse dotée d’ouvertures d’où filtrait de la lumière.

Rand se jeta en arrière dans l’ombre de l’allée qu’ils venaient de remonter. Un homme et une femme apparurent, traversant lentement le terrain découvert.

À en juger par leur tenue, ils n’étaient pas du Cairhien. Vêtu d’un pantalon jaune presque aussi bouffant que les manches de sa chemise assortie, l’homme arborait fièrement des broderies sur le devant de sa chemise et le long de ses jambes de pantalon. Dans une robe vert pâle également brodée sur la poitrine, la femme portait les cheveux tressés – rien à voir avec la mode locale.

— Tout est prêt, dis-tu ? demanda la femme. Tu en es certain, Tammuz ? Tout ?

L’homme écarta les mains pour exprimer sa lassitude.

— Pourquoi passes-tu toujours derrière moi pour vérifier, Aludra ? Tout est prêt ! Le spectacle pourrait commencer dès à présent.

— Les portes et les portails sont tous verrouillés ? Tous les…

La conversation des deux inconnus devint inaudible tandis qu’ils avançaient le long du bâtiment aux fenêtres éclairées.

Rand balaya du regard la zone découverte et ne reconnut rien de ce qu’il vit. Au centre, des dizaines de cylindres aussi hauts que lui – et d’environ un pied de diamètre – se dressaient sur de larges socles de bois. Une corde sombre jaillissait de chaque cylindre, courait sur le sol et passait derrière un muret de dix pieds de longueur érigé à la lisière de la zone. Tout autour de cette bizarre place, une multitude de râteliers en bois exposaient des tuyaux, des cylindres, des bâtons fourchus et d’autres objets encore plus mystérieux.

Toutes les fusées de feu d’artifice qu’avait vues Rand pouvaient se soulever d’une main. Il ne savait rien de plus, sinon qu’elles explosaient en produisant un vacarme d’enfer – dans le meilleur des cas – ou faisaient lamentablement long feu sur le sol, produisant une gerbe d’étincelles. Parfois, il arrivait qu’elles ratent leur effet ainsi en plein ciel, mais c’était plutôt rare.

Les Illuminateurs avertissaient clairement leurs clients : tenter d’ouvrir une fusée la détériorait irréversiblement. Que ce soit vrai ou non, les feux d’artifice coûtaient bien trop cher pour que le Conseil du village autorise qu’un profane tente l’aventure. Fasciné par toutes les transgressions, Mat avait bien entendu passé outre cette interdiction. Une semaine durant, à part sa mère, personne dans le village n’avait adressé la parole au jeune farceur mal inspiré.

Dans ce fatras, Rand n’identifia en fait que les cordes – ou, plutôt, les mèches. C’était en les embrasant qu’on lançait les fusées.

Jetant un dernier coup d’œil à la porte non verrouillée, assez loin derrière lui, il fit signe à ses amis de le suivre et entreprit de contourner les cylindres. En quête d’une cachette, il entendait la trouver le plus loin possible de l’accès encore ouvert, malgré ce qu’espérait la dénommée Aludra.

Pour ça, les trois intrus devaient se frayer un chemin au milieu des râteliers. Chaque fois qu’il en frôlait un, Rand retenait son souffle, car les étranges objets, à la moindre onde de choc, se cognaient les uns contre les autres dans un concert de cliquetis. Tous semblaient être composés exclusivement de bois, sans la moindre pièce métallique. Si Rand ou un de ses compagnons renversaient un râtelier, le bruit alerterait tout le monde dans le complexe.

Jetant un coup d’œil aux cylindres, il se souvint du boucan que produisait un pétard à peine plus gros que son pouce. S’il s’agissait de fusées, il ne tenait pas à être dans le coin lorsqu’on les lancerait.

Loial marmonnait sans cesse en marchant, surtout quand il se cognait contre un râtelier. Chaque fois, il repartait si vite qu’une deuxième collision était inévitable. Du coup, il avançait dans une cacophonie incessante de jurons et de grincements divers.

L’attitude de Selene était tout aussi agaçante. Se déplaçant aussi sereinement que dans une rue en plein jour, elle ne heurtait rien et ne râlait pas, mais ne consentait aucun effort pour maintenir sa cape fermée. Du coup, sa robe blanche devenait une balise mobile !

Rand jeta un coup d’œil au bâtiment muni de fenêtres. Si quelqu’un avait l’idée de regarder dehors… Avec la robe de Selene, un seul coup d’œil suffirait pour que l’alarme soit donnée.

Mais personne ne se montra derrière les fenêtres. Alors que les trois intrus atteignaient le muret, Rand faillit soupirer de soulagement. Bien entendu, Loial choisit cet instant précis pour percuter un nouveau râtelier qui se dressait tout à côté du muret et contenait une dizaine de bâtons lisses longs comme le bras de Rand. Des volutes de fumée montaient de l’extrémité de ces étranges objets.

Le râtelier tomba en silence et les bâtons atterrirent sur une des mèches. Dans un crépitement d’étincelles, la mèche s’embrasa et un rougeoiement d’un très joli effet courut jusqu’à un des gros cylindres.

Rand contempla un instant le désastre, puis il tenta de réaliser un exploit : murmurer un cri d’alarme.

— Derrière le muret, vite !

Selene grogna de mécontentement lorsqu’il la força à s’accroupir avec lui derrière le petit mur de protection. Ignorant ses protestations, Rand fit un bouclier de son corps à sa compagne tandis que Loial s’accroupissait à son tour à côté d’eux. Pensant que le cylindre allait exploser, Rand se demanda s’il resterait quelque chose de leur dérisoire paravent.

Un bruit sourd fit trembler le sol jusqu’à l’endroit où se tenaient les trois fugitifs. Rien d’autre ne se produisant, Rand se releva assez pour jeter un coup d’œil par-dessus le muret. Ayant recouvré sa liberté de mouvement, Selene frappa son sauveur dans les côtes – très fort – puis se dégagea en éructant des jurons dans une langue que Rand reconnut parfaitement. Mais il était bien trop perturbé pour enregistrer l’information…

Un peu de fumée sortait du cylindre relié à la mèche. Rien d’autre à signaler. Si c’était tout ce que…

Il n’y a vraiment pas de quoi en faire…

Dans un vacarme de fin du monde, une énorme fleur rouge et blanc s’épanouit soudain dans le ciel nocturne, très haut au-dessus de la tête des trois intrus. Assez rapidement, ce feu céleste mourut en une pluie d’étincelles pâlissantes.

Alors que Rand avait encore les yeux levés, un boucan infernal monta du bâtiment pourvu de fenêtres. Des hommes et des femmes apparurent derrière les vitres, tous désignant le ciel comme s’ils ne parvenaient pas à en croire leurs yeux.

Rand jeta un coup d’œil à l’allée obscure qui s’ouvrait à moins de dix pas du muret. Impossible de l’atteindre sans être vus des curieux qui se pressaient derrière les fenêtres. Et des gens affolés sortaient déjà du bâtiment…

Rand fit signe à ses compagnons de se plaquer contre le muret, afin de se noyer dans les ombres.

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