La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Aristobule 1er étant mort, son frère Jeannot-Alexandre ressuscite et lui succède; on l’avait sans doute gardé en prison, au lieu de le tuer. Jannée épouse Salomé, c’est-à-dire la veuve d’Aristobule, et lui change son nom en celui d’Alexandra.
C’est dans ce temps surtout que les Ptolémées, rois d’Egypte, et les Séleucides, rois de Syrie, se disputaient la Palestine. Cette querelle, tantôt violente, tantôt ménagée, durait depuis la mort d’Alexandre-le-Grand. Le peuple juif se fortifiait un peu par les désastres de ses maîtres; les prêtres, qui gouvernaient cette petite nation, changeaient de parti chaque année et se vendaient au plus fort. Ce Jannée-Alexandre commença son sacerdoce par l’assassinat de celui de ses frères qui restait encore, et qui ne ressuscita point comme lui. Josèphe ne nous dit point le nom de ce frère, et peu importe ce nom dans le catalogue de tant de crimes. Jannée se soutint dans son gouvernement à la faveur des troubles de l’Asie. Ce gouvernement était la fois sacerdotal, démocratique, aristocratique: une anarchie complète.
Josèphe rapporte qu’un jour le peuple dans le temple jeta des pommes et des citrons à la tête de son grand-prêtre Jannée, deux sectes religieuses, qui devaient bientôt devenir des factions politiques: les Pharisiens, ainsi appelés d’un mot hébreu qui veut dire «séparés», parce qu’ils affectaient de se distinguer du peuple, et les Saducéens, tirant leur nom de Sadoc, leur chef; ceux-ci étaient en quelque sorte les épicuriens juifs, s’en tenant scrupuleusement à la lettre du Pentateuque, n’admettant pas l’immortalité de l’âme, par conséquent ni enfer ni paradis, et encore moins la résurrection, tandis que les qui s’érigeait en souverain, et que cet Alexandre fit égorger six mille hommes de son peuple. Ce massacre fut suivi de dix ans de massacres. A qui les Juifs payaient-ils tribut dans ce temps-là? Quel souverain comptait cette province dans ses états? Josèphe n’effleure pas seulement cette question: il semble qu’il veuille faire croire que la Judée était une province libre et souveraine. Cependant, il est certain que les rois d’Égypte et ceux de Syrie se la disputèrent, jusqu’à ce que les Romains vinrent l’engloutir.
Après ce Jannée, si indigne du grand nom d’Alexandre, sa veuve Salomé, dite Alexandra, garda, pendant neuf ans, l’autorité au nom de ses jeunes fils, tout en abandonnant le gouvernement aux Pharisiens et tolérant les violences qu’ils commettaient contre leurs adversaires, les Saducéens. Puis, la mort d’Alexandra laissant une libre carrière aux rivalités politiques et religieuses de ces deux sectes, ce royaume, qui n’avait pas dix lieues d’étendue en tous sens, fut déchiré par la guerre civile, Hyrcan II, l’aîné des fils du grand prêtre Jannée, s’étant mis à la tête des Pharisiens, et Aristobule II, le cadet, étant le chef des Saducéens; et la Judée eut ainsi deux rois, au lieu d’un. Ces deux frères ennemis se livrèrent bataille vers le bourg de Jéricho, non pas avec des armées de trois, de quatre, de cinq et de six cent mille hommes; on n’osait plus alors écrire de telles blagues, et même l’exagérateur Josèphe en aurait eu honte; les armées juives alors étaient de trois à quatre mille soldats. Hyrcan fut battu, et Aristobule II resta le maître.
A cette époque, les Romains, sans trop s’embarrasser de leur prétendue société amicale avec les Macchabées, portaient leurs armes victorieuses dans l’Asie Mineure, dans la Syrie et jusqu’au mont Caucase. Les Séleucides n’existaient plus; Tigrane, roi d’Arménie, beau-père de Mithridate, avait conquis une partie de leurs états. Le grand Pompée avait vaincu Tigrane; il venait de réduire Mithridate à se donner la mort; il faisait de la Syrie une province romaine. Les livres des Macchabées ne parlent ni de ce grand homme, ni de Lucullus, ni de Sylla. On n’en sera pas étonné. — Hyrcan, chassé par son frère Aristobule, s’était réfugié chez un chef d’Arabes, nommé Arétas. Jérusalem avait toujours été si peu de chose que ce capitaine de voleurs vint assiéger Aristobule dans cette ville. Pompée passait alors dans la basse Syrie. Aristobule obtint la protection de Scaurus, l’un de ses lieutenants. Scaurus ordonne au Bédouin de lever le siège et de ne plus commettre d’hostilités sur les terres des Romains; car, la Syrie étant incorporée à l’empire, la Palestine l’était aussi. Tel est le seul pacte de société que la république romaine avait pu faire avec la Judée.
Josèphe écrit qu’Aristobule, pour obtenir la protection de Pompée, lui envoya un magnifique présent; Strabon parle de ce présent, qui serait une vigne d’or, mais il l’attribue à Alexandre-Jannée, et non à Aristobule. Quoi qu’il en soit, les deux frères Aristobule et Hyrcan, qui se disputaient la qualité de grand-prêtre, vinrent plaider leur cause devant Pompée pendant sa marche. Il allait prononcer, lorsque Aristobule s’enfuit; ce qui laisserait croire que le cadeau de la vigne d’or n’avait pas réussi à influencer l’arbitre et que le fils cadet de Jeannot eût dès lors plus confiance dans les remparts de la capitale de David.
En effet, Pompée alla mettre, à son tour, le siège devant Jérusalem. On sait que cette ville est dans une excellente situation, au point de vue de la défense; elle pourrait être une des meilleures places de l’Orient entre les mains d’un ingénieur habile; du moins, le temple, qui était la véritable citadelle, pourrait devenir inexpugnable, étant bâti sur la cime d’une montagne escarpée, entourée de précipices. Pompée fut obligé de perdre presque trois mois à préparer et à faire mouvoir ses machines de guerre; mais dès qu’elles purent manœuvrer, il fit brèche à la forteresse et entra. Un fils du dictateur Sylla y monta le premier, et, ce qui rend cette journée plus mémorable encore, c’est que la prise de Jérusalem par les Romains eut lieu sous le consulat de Cicéron (63 av. J.-C). Josèphe dit qu’on tua douze mille Juifs dans le temple; nous le croirions, s’il n’avait pas toujours exagéré. Nous ne pouvons le croire quand il ajoute qu’on y trouva deux mille talents d’argent et que le vainqueur en tira dix mille de la ville: car, enfin, ce temple ayant été pris tant de fois si aisément, tant de fois pillé et saccagé, il était impossible qu’on y gardât deux mille talents d’argent, qui feraient près de douze millions de francs de notre monnaie; et il serait encore plus extravagant de croire qu’on pût taxer un si petit pays, si épuisé et si pauvre, à dix mille talents, près de soixante millions!… C’est à quoi ne pensent pas ceux qui lisent sans examen et qui reproduisent à la légère ces fables imaginées par l’orgueil hébreu. Un homme sensé lève les épaules, quand il voit qu’Alexandre ne put ramasser en Judée que trente talents pour aller combattre Darius, et qu’il voit douze mille talents dans les caisses des Juifs, outre les trois mille censément trouvés dans le tombeau de David.
Il est certain que Pompée ne prit rien pour lui, et qu’il se borna à faire payer aux Juifs les frais de son expédition, qui avait été un accessoire de sa campagne principale en Asie Mineure. Cicéron loue ce désintéressement; mais Rollin (Histoire Romaine, livre 16) dit que rien ne réussit désormais à Pompée, à cause de la curiosité sacrilège qu’il avait eue de pénétrer dans le sanctuaire du temple juif. Voltaire réplique à Rollin que Pompée ne pouvait guère savoir s’il était défendu d’entrer là; que la défense pouvait être pour les Juifs, et non pour Pompée; que les charpentiers, les menuisiers, les autres ouvriers y entraient, quand il y avait quelque réparation à faire. On pourrait ajouter que c’était autrefois la présence de l’arche qui rendait ce lieu sacré, et que cette arche divine était perdue depuis Nabuchodonosor. César serait entré tout aussi bien que Pompée dans cet endroit de trente pieds de long et aurait certainement eu la même curiosité d’y regarder. Si donc Pompée fut vaincu par César à la bataille de Pharsale, il se peut que ce fut pour avoir été curieux à Jérusalem; mais il y eut sans doute d’autres raisons aussi de cette défaite, et le génie de César y contribua beaucoup. On pourrait encore observer que c’est un bien plus grand sacrilège d’égorger douze mille hommes dans un temple que d’entrer dans une sacristie où il n’y avait rien du tout. (Voltaire, Sommaire de l’histoire juive)