La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Trouble d’Aman, grande colère du roi; entrée d’un eunuque, venant dire qu’une haute potence destinée à Mardochée a été élevée par ordre du ministre.
Conclusion: Assuérus ordonne qu’Aman soit pendu à sa potence; l’ordre royal est aussitôt exécuté, et Mardochée est nommé premier ministre. (ch. 7, 8)
Avec le consentement du roi, Esther et Mardochée firent publier que les Juifs, dont le massacre avait été annoncé par Aman pour le treizième jour du mois Adar, auraient le droit, ce jour-là et le lendemain, de massacrer quiconque les avait maltraités depuis le commencement de leur captivité. Huit cents personnes furent ainsi égorgées à Suse, et soixante-quinze mille dans les autres villes du royaume. Le quinzième jour d’Adar, les Israëlites banquetèrent joye usement partout. Esther fit un édit déclarant qu’à l’avenir les Juifs célébreraient chaque année la mémoire de ces événements (ch. 9). Ce sont les fêtes de Pourim, qui sont encore observées de nos jours par les Israélites: un jour de jeûne, en souvenir des transes et des prières du mythe Esther, et deux jours de réjouissances, en souvenir des prétendus massacres.
Tel est le conte d’Esther, dont les prêtres ont fait une histoire sacrée, à laquelle il faut avoir foi, malgré ses criantes invraisemblances. C’est toujours par une impudicité qu’une sainte légende commence: si la reine Vasthi a été répudiée pour n’avoir pas voulu paraître toute nue devant les seigneurs et les sujets d’Assuérus, il est sous-entendu que la belle Esther, en se mettant au nombre des candidates à la succession de Vasthi, était disposée à se plier au caprice du roi. Les critiques disent aussi que jamais le sultan des Turcs, ni celui du Maroc, ni le shah de Perse, ni le grand Mogol, ni l’empereur de Chine ne reçoit une fille dans son sérail sans qu’on apporte sa généalogie et des certificats de l’endroit où elle a été prise; il n’y a pas un cheval arabe dans les écuries du Grand Seigneur, dont la généalogie né soit entre les mains du grand écuyer: comment donc Assuérus n’aurait-il pas été informé de la patrie, de la famille et de la religion d’une fille qu’il épousait solennellement et proclamait reine?… Quant à cet Aman, qui veut faire massacrer toute une nation parce qu’un quidam de cette nation refuse de se prosterner devant lui, et alors que les autres juifs qu’il voue à cet égorgement lui rendent cet honneur qu’il désire, il faut avouer que jamais une folie si ridicule et si horrible n’entra dans la tête de personne. D’autre part, si l’on admet, selon la Bible, qu’Esther a réussi à devenir reine et à garder la couronne en cachant qu’elle était juive, la gloire de cette élévation s’en trouve singulièrement diminuée au point de vue de l’amour-propre national; et, au surplus, on ne voit pas comment Assuérus peut juger Aman coupable d’avoir voulu faire égorger sa chère Esther en sa qualité de juive, puisque précisément personne ne sait à quelle race elle appartient!… Enfin, la cruauté exécrable de la douce Esther, en terminant le conte, ajoute l’odieux au ridicule. «Nous n’ignorons pas, dit Voltaire, que la fable d’Esther a un côté séduisant: une captive devenue reine, et sauvant de la mort tous ses compatriotes, est un sujet de roman et de tragédie. Mais qu’il est gâté par les contradictions et les absurdités dont il regorge! qu’il est déshonoré par la barbarie d’Esther, aussi contraire aux mœurs de son sexe qu’à la vraisemblance!»
Avec Esdras et Néhémie, nous arrivons à la libération du peuple de Dieu. Selon la chronologie fantaisiste de la Bible, les Juifs eurent donc un grand adoucissement à leur malheur sous le règne d’Assuérus, père de Darius, — et n’oublions pas que Darius fut fils d’Hystape, seigneur persan, qui ne régna jamais nulle part, — et sous le règne de Darius, qui prit pour premier ministre le juif Daniel, comme Assuérus avait pris le juif Mardochée. Or, la Bible, nous l’avons vu, place le règne de Cyrus après celui de Darius, lorsqu’on consulte le livre du prophète Daniel; mais, dès qu’on ouvre le livre du prophète Esdras, Cyrus est suivi d’Assuérus, puis d’Artaxercès, puis de Darius (Esdras 7:5-7). Ce nouvel ordre de succession n’est pas, plus que l’autre, conforme à l’histoire; quel galimatias! quel gâchis! Par-dessus le marché, Esdras et Néhémie, qui sont les deux prophètes sur lesquels les prêtres s’appuient pour fixer les circonstances du retour à Jérusalem, ne s’accordent même pas entre eux. D’après Esdras, c’est Cyrus qui, dès la première année de son règne, autorisa les enfants d’Israël à rentrer librement en Judée, et déclara dans un édit que Jéhovah lui avait ordonné de faire reconstruire son temple à Jérusalem; les Juits reviennent donc dans leur patrie, sous la conduite de Zorobabel; malheureusement, la construction est interrompue pendant les règnes d’Assuérus et d’Artaxercès, à cause de difficultés soulevées par les divers peuples qui s’étaient établis en leur absence dans leur pays; enfin ces hostilités cessèrent peu après l’avènement de Darius et le temple fut achevé en la sixième année de son règne. D’après Néhémie, ce n’est pas sous Cyrus, mais sous Artaxercès, en la vingtième année de son règne, que les Jujfs furent autorisés à retourner à Jérusalem et à relever la ville de ses ruines, Zorobabel étant à la tête du peuple enfin libéré; les difficultés soulevées par les peuples occupant leur territoire sont surmontées victorieusement par les Juifs qui travaillent avec la truelle d’une main et l’épée de l’autre; enfin, cet auteur sacré parle d’un voyage qu’il fit à Babylone, au moment où s’achevait la reconstruction du temple, en la trente-deuxième année du règne d’Artaxercès (Néhémie 13:6). Or, Esdras atteste dans son livre que Néhémie accompagnait Zorobabel lors du retour en Judée, sous le règne de Cyrus, et prétend qu’il y eut un second rapatriement des Juifs sous Artaxercès, mais en la septième année de son règne, et non en la vingtième, et il affirme que c’est lui, Esdras, qui conduisait cette fois ses compatriotes. Débrouillez donc la vérité au milieu de ces contradictions flagrantes!…
Après les livres d’Esdras, de Néhémie et d’Esther, les prêtres placent dans la Bible un livre de Job, racontant une histoire dont la date n’est indiquée nulle part. Cette histoire peut se résumer ainsi: — Au pays de Huts (?), vivait un homme immensément riche, fidèle serviteur de Dieu. Or, il arriva un jour, dans le royaume éternel où sont les anges, que Dieu dit à Satan, qui était parmi eux: D’où viens-tu, toi? Et Satan répondit à Jéhovah: Je viens de me promener sur la terre, j’y ai couru çà et là. Alors Dieu reprit: S’il en est ainsi, tu as rencontré sans doute mon serviteur Job, qui n’a pas d’égal au monde pour la piété.
Et Satan répliqua: S’il est pieux, c’est parce que tu l’as comblé de biens; mais retire-lui ses richesses, et tu verras quelles malédictions il proférera! Jéhovah ne voulut causer personnellement aucune affliction à son fidèle serviteur; d’autre part, il autorisa Satan à le persécuter autant qu’il lui plairait. Tu peux lui faire tout souffrir, à l’exception de la mort, dit-il à l’ange malicieux.
Messire Satan ne manqua pas d’user de la permission, D’abord, une tribu d’Arabes vole à Job ses 500 paires de bœufs et ses 500 ânesses; la foudre tombe sur ses troupeaux (7,000 brebis) et les anéantit, ainsi que leurs bergers; des cavaliers chaldéens lui prennent ses 3,000 chameaux et passent leurs gardiens au fil de l’épée; enfin, un vent furieux, soufflant du désert, renverse la maison où ses sept fils et ses trois filles étaient en train de boire, et les ensevelit sous les ruines. Job apprend tous ces malheurs coup sur coup; mais, comme il a le caractère bien fait, il se met à genoux et s’écrie: «Nu je suis sorti du ventre de ma mère; qu’importe que je n’aie plus rien? Dieu m’avait tout donné, Dieu m’a tout repris; que son saint nom soit béni!»