Au tréfonds du ciel [A Deepness in the Sky - ru]
- Автор: Виндж Вернор (Вернон) Стефан
- Серия: Qeng Ho (fr) #2
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-09029-2
- Переводчик: Bernard Sigaud
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Au tréfonds du ciel [A Deepness in the Sky - ru]». Краткое содержание книги:
Le système de MarcheArrêt n’a jamais été exploré. Et voilà que deux expéditions, attirées par les signaux radio, s’y installent. L’une a été montée par les Qeng Ho, un peuple marchand qui parcourt l’espace en achetant et vendant des informations technologiques. L’autre par une civilisation violente et sadique, dite des Émergents, qui a fait de la lutte pour le pouvoir son mode de vie. Son chef, Tomas Nau, cherche à se rendre maître de la planète des Araignées pour exploiter ses ressources. Il lui faut d’abord détruire la flotte Qeng Ho ou s’en emparer.
Mais parmi les Qeng Ho se cache une figure mythique, Pham Nuwen, né mille ans plus tôt, qui connaît tous les tours...
Viki joua un moment avec la petite maison de poupée de Gokna. Gokna et elle ne se disputeraient jamais à propos de ces projets de carrière. L’équipe de maman avait subi sa première perte. Mais maintenant elle savait qu’elle était une équipe : Djirlib et Brent, Rhapsa, Petit-Hrunk, Viki, Victory et Sherkaner. Ils apprendraient à faire de leur mieux. Et, finalement, cela suffira.
Trente-trois
Les années passaient rapidement pour Ezr Vinh, et pas seulement à cause de son cycle de Veille à vingt-cinq pour cent. Le temps écoulé depuis l’embuscade et le massacre représentait presque un tiers de sa vie – des années qu’il s’était intérieurement promis de vivre avec une patience inflexible, sans jamais abandonner la lutte pour détruire Tomas Nau et reprendre possession de tout ce qui survivait encore. Une durée dont il aurait cru qu’elle s’étirerait dans d’infinis tourments.
Oui, il avait fait preuve d’une patience inflexible. Et il y avait eu de la douleur… et de la honte. La plupart du temps, la peur s’était maintenue dans un arrière-plan lointain. Et bien qu’il ne connaisse pas encore les détails de sa collaboration, le simple fait de savoir qu’il travaillait pour Pham Nuwen lui donnait l’impression qu’ils finiraient par triompher. Mais la plus grande surprise était une sensation qui se manifestait de temps en temps et se laissait malaisément analyser : à certains égards, ces années étaient plus satisfaisantes que toutes celles qu’il avait pu vivre depuis sa petite enfance. Pourquoi en était-il ainsi ?
Le Subrécargue Nau utilisait parcimonieusement l’automatisation médicale restante et maintenait en Veille les « fonctions » critiques comme les traducteurs presque en permanence. Trixia était à présent quadragénaire. Ezr la voyait presque tous les jours où il était en Veille, et les menus vieillissements de son visage lui fendaient le cœur.
Mais il y avait d’autres changements chez Trixia, des changements qui laissaient entendre à Ezr que sa présence auprès d’elle et l’accumulation des années étaient plus ou moins en train de la rapprocher de lui.
Lorsqu’il se présentait de bonne heure dans sa minuscule cellule des Combles de Hammerfest, elle l’ignorait toujours. Une fois, il arriva cent secondes après l’heure habituelle. Trixia était assise en face de la porte. « Tu es en retard », dit-elle.
Elle avait exactement le ton d’impatience froide que pourrait prendre Anne Reynolt. Tous les Focalisés étaient connus pour leur manie de la ponctualité. N’empêche que Trixia avait remarqué son absence.
Et il remarqua que Trixia commençait à s’occuper un peu de sa toilette. Ses cheveux étaient peignés en arrière, presque à la perfection, lorsqu’il arrivait pour leurs entretiens. Maintenant, assez souvent, leurs conversations n’étaient pas complètement unilatérales… du moins s’il en choisissait les sujets avec discernement.
Aujourd’hui, Ezr entra à l’heure dans la cellule de Trixia, mais avec une petite cargaison de contrebande : deux mini-gâteaux achetés à l’assommoir de Benny.
— Pour toi.
Il tendit la main et approcha l’un des gâteaux de son visage. L’arôme emplit la cellule. Trixia contempla brièvement la main d’Ezr, comme si elle envisageait un geste obscène. Puis elle lui fit signe d’éloigner d’elle ce sujet de distraction.
— Tu devais m’apporter les demandes de traduction CUR+1.
Pfff. Il laissa tout de même la pâtisserie accrochée au plan de travail, à portée de la main de Trixia.
— Oui, je les ai.
Ezr s’installa à sa place habituelle près de la porte, face à son interlocutrice. En fait, la liste n’était pas longue, aujourd’hui. La Focalisation pouvait faire des miracles, mais sans le liant du bon sens ordinaire, les divers groupes de spécialistes glissaient dans un nombrilisme sectaire. Ezr et les autres normaux lisaient des résumés des travaux Focalisés et essayaient de déterminer à quel endroit chaque groupe de spécialistes avait trouvé des éléments intéressants au-delà de la fixation particulière des zombies. D’une part, ils les signalaient à Tomas Nau et, d’autre part, ils les répercutaient à leurs émetteurs sous forme de demandes de travaux supplémentaires.
Aujourd’hui, Trixia n’eut aucune peine à satisfaire ces requêtes, même si elle commenta certaines d’un « Perte de temps » marmonné d’un air sombre.
— J’ai aussi parlé avec Rita Liao. Ses programmeurs sont emballés par ce que tu leur fournis. Ils ont conçu un ensemble intégré d’applications financières et de logiciels télématiques qui devrait tourner à merveille sur les nouveaux microprocesseurs des Araignées.
Trixia hochait la tête.
— Oui, oui. Je leur parle tous les jours.
Les traducteurs s’entendaient remarquablement bien avec les programmeurs de bas étage et les zombies spécialisés en finances et/ou en droit. Ezr se doutait que c’était parce que les traducteurs ne connaissaient pas ces domaines, et vice versa.
— Rita veut monter une société là-bas pour commercialiser les programmes. Ils devraient écraser tout ce qui se fait localement, et nous voulons saturer le marché.
— Oui, oui. Prosperity Software Inc. J’ai déjà inventé un nom. Mais c’est encore prématuré.
Il bavarda encore avec elle sur ce sujet précis, histoire de déterminer un délai qu’il pourrait communiquer à Rita Liao. Trixia était branchée sur les zombies chargés de la stratégie d’insertion, si bien que leur opinion combinée était probablement assez pertinente. Quand il fallait tout faire au travers d’un réseau informatique – même avec des connaissances et une gestion du temps parfaites – le succès dépendait de la sophistication dudit réseau. Il faudrait au moins cinq ans pour que se développe un grand marché dans le domaine du logiciel, et un peu plus pour que démarrent les réseaux publics des Araignées. En attendant, il serait pratiquement impossible de se positionner comme acteur majeur. Même maintenant, les seules manipulations qu’on pouvait effectuer avec cohérence visaient le réseau militaire de l’Accord.
Trop tôt à son goût, Ezr arriva au dernier article de sa liste. C’était peut-être un point mineur en apparence, mais une longue expérience indiquait à Ezr qu’il allait poser des problèmes.
— Nouveau sujet, Trixia… mais c’est une vraie question de traduction. À propos de la couleur « écossais ». Je remarque que tu emploies encore ce terme dans la description de scènes visuelles. Le physiologiste…
— Kakto.
Les yeux de Trixia se plissèrent légèrement. Là où les zombies interagissaient, il y avait normalement une intimité quasi télépathique… sinon ils se détestaient avec cette sorte d’hostilité glaciale qu’on ne voit d’ordinaire que dans les romans sentimentaux mettant en scène des universitaires. Norm Kakto et Trixia oscillaient entre ces deux états.
— Oui. Euh… quoi qu’il en soit, le Dr Kakto m’a fait tout un cours sur le spectre électromagnétique et la nature de la vision et m’a assuré que la couleur « écossais » ne pouvait correspondre à la moindre signification.
Les traits de Trixia se déformèrent en une expression sévère qui la rendit momentanément bien plus vieille qu’Ezr ne l’aurait souhaité.