Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
Une lueur d’espoir s’alluma dans les yeux de la fille.
Il sourit, méchamment. « Tu peux déjà lui dire adieu. Je lui prépare une petite surprise amusante. »
68
Mikael était accroupi depuis une demi-heure dans les fougères qui bordaient la forêt de Mezesnig, au sud du pont sur l’Uque, gardé par deux soldats. Il surveillait la maison d’Agnete, qui se trouvait à trois cents pieds à peine, mais était entièrement à découvert.
Le jour de leur arrivée dans la Raühnvahl, il avait ordonné à ses hommes d’aller dans l’ancienne cachette des rebelles. Puis il était descendu seul vers la vallée, s’arrêtant au milieu de la forêt. On était à la mi-août, les nuits étaient chaudes. Il avait dormi sur les feuilles, entre deux rochers. À l’aube, il avait attaché son cheval à l’orée du bois. Depuis, il observait le réveil du village.
En presque un an, avec la venue des bûcherons et de leurs familles, le nombre d’habitations avait augmenté. Au moins vingt baraques de plus, sans compter trois étables et une énorme scierie à l’arrière de laquelle un entrepôt logeait sans doute des apprentis. Plus d’une centaine d’habitants supplémentaires peut-être, ce qui compliquait ses mouvements. Il pouvait se fier aux gens du village, qui ne le dénonceraient pas. Mais il ignorait la réaction des nouveaux venus. Sans parler d’Eberwolf, qui serait ravi de le capturer, en parfait traître qu’il était.
La quantité de bétail qui paissait, vaches et moutons, avait triplé. En regardant les alentours, Mikael eut la vision de ce que serait dans quelques années sa belle et riche vallée. Les bêtes, trop nombreuses pour les prés mis en pâture, avaient commencé à dévaster les pentes du Mezesnig, empêchant la forêt de repousser. La coupe systématique des arbres faisait le reste. Le Mezesnig ne serait un jour plus qu’un mont pelé. Ojsternig administrait le royaume avec son avidité brutale et s’emparait de tout, sans songer à l’avenir.
Mikael était resté caché une heure, sans voir de mouvement chez Agnete. La baraque semblait inhabitée. À l’extérieur, l’incurie régnait. La pile de bois pour l’hiver s’était écroulée. Les bûches éparpillées dans l’herbe pourriraient aux premières pluies. Deux moutons s’étaient introduits par une fente de la clôture et broutaient l’herbe haute devant le seuil.
Il eut un pincement d’inquiétude. L’absence d’Eloisa, certainement prisonnière au château, ne l’étonnait pas. Mais Agnete ? Était-elle morte ? Jamais elle n’aurait laissé des moutons déposer leurs excréments dans son pré. Ni l’herbe, refuge idéal des serpents et des rats, pousser aussi haut. Ni ce bois de chauffe, fendu et empilé à grand-peine, pourrir sur le sol. Il ne voyait pas Harro non plus.
Malgré ces interrogations, Mikael résistait à la tentation d’approcher un des villageois qui travaillaient dans les champs d’avoine et d’orge, quand il vit tout à coup Agnete marcher dans la rue principale.
Son cœur fit un bond. “Elle est vivante !”
Elle marchait d’un pas vif, comme poussée par une urgence.
Il regarda autour de lui. Comment atteindre la baraque sans être vu ? De l’autre côté du torrent, sur la grève, deux grosses vaches paissaient tranquillement. Elles portaient de larges et solides colliers de cuir. Mikael sortit des fourrés, traversa à gué les eaux, peu profondes en cette période de l’année, et rampa à quatre pattes jusqu’aux deux bêtes. Il leur parla doucement, comme faisaient les paysans pour les tranquilliser, avant d’en attraper une par son collier. La vache ne fit pas d’écart. « Tout doux », murmura Mikael en la caressant. La bête, d’abord réticente puis docile, se laissa conduire à travers le pré jusqu’à la baraque d’Agnete, maintenant rentrée chez elle. Caché derrière la masse de l’animal, Mikael atteignit l’arrière de la baraque. Il rampa dans l’herbe haute et se faufila dans ce qui avait été sa maison.
Entendant un bruit dans son dos, Agnete se retourna juste à temps pour voir une silhouette encapuchonnée bondir sur elle, poser la main sur sa bouche et l’écarter de la fenêtre.
« C’est moi, chuchota Mikael. C’est moi. »
Les yeux d’Agnete se dilatèrent, sa bouche s’ouvrit, elle serra entre ses mains le visage de Mikael, lui donna des baisers, lui tira les cheveux, répétant sans arrêt : « Mon gamin… mon gamin… mon gamin…
— Oui, c’est moi, dit Mikael tout ému. C’est moi…
— Mon gamin… », dit encore Agnete. Puis ses yeux se remplirent de larmes, qu’elle essuya du revers de la main avant de se mettre à rire. « Eloisa le disait bien, que tu reviendrais. » Mais l’inquiétude apparut bientôt sur son visage. « Qu’est-ce que tu fais ici ? C’est trop dangereux ! Ojsternig…
— Chut… », dit Mikael en posant le doigt sur ses lèvres. Il l’attira contre elle et la garda serrée.
« Mon gamin… », répéta Agnete en s’abandonnant à son étreinte. Puis elle s’écarta de lui lentement, pour le regarder bien en face. « C’est vraiment toi », dit-elle, comme pour s’en convaincre.
Mikael lut un profond chagrin dans ses yeux. Il avait peur de poser la question mais ne put s’en empêcher : « Eloisa ?
— Elle va bien… commença Agnete d’une voix hésitante.
— J’ai un fils ? », insista Mikael.
Agnete fit signe que oui. « Tu l’as… », dit-elle douloureusement. « Sans l’avoir…
— Comment ça ?
— Viens, gamin, assieds-toi », dit-elle en le prenant par la main. Ils s’assirent autour de la table. Agnete cherchait ses mots.
— Je vous en supplie ! »
Alors Agnete, d’une voix anxieuse, lui parla d’Eloisa, de sa joie en entendant le message apporté par Lucio, de la mort d’Eberwolf, du plan cruel d’Ojsternig, de leur captivité au château, de la princesse Lukrécia qui se trouvait entre la vie et la mort. Quand elle eut fini, elle baissa la tête. Elle prit la main de Mikael dans les siennes. « Il faut que tu sois fort », dit-elle. Relevant la tête, elle vit dans ses yeux une lueur qui la surprit. « Te voilà un homme, murmura-t-elle.
— Je ne le laisserai pas faire, marmonna-t-il, perdu dans ses pensées.
— Fais pas de folies, le supplia Agnete. Regarde-moi et écoute-moi. Tu ne peux rien faire. Ojsternig a une troupe entière de gens armés, plus de cent cinquante soldats. C’est lui qui a dit à Eloisa que tu n’allais pas tarder à revenir… » Elle s’arrêta un instant. « Mais comment il l’a su ? demanda-t-elle.
— Peu importe, répondit Mikael, les dents serrées.
— Écoute-moi, je t’en supplie, reprit Agnete avec la même voix angoissée. Quand le bébé sera sevré, Ojsternig n’aura plus besoin d’Eloisa et elle reviendra. Alors vous pourrez vous enfuir tous les deux, et refaire votre vie…
— Et mon fils ? », demanda Mikael, les narines dilatées par la colère.
Agnete baissa la tête sans répondre.
« C’est mon fils, scanda Mikael. Jamais je ne laisserai faire ça.
— Si tu te fais tuer, Eloisa vous perdra tous les deux. Tu y as pensé, à elle ? dit-elle avec chagrin.
— Il s’appelle comment ? »
Après une courte pause, Agnete dit : « Marcus III ».
Une expression de fierté apparut sur le visage de Mikael. « C’est le nom qui lui revient. »
Agnete sentit ses yeux s’emplir à nouveau de larmes. « Eloisa a dit pareil. »
Mais Mikael ne l’écoutait pas. Il bouillait de colère et répétait obstinément : « Je ne peux pas le laisser faire ».
Soudain, il y eut un bruit dehors. « Hé, la sage-femme ! »
Agnete sursauta.