Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
Mikael hocha la tête, amusé, et se dirigea vers la maison du vieil homme.
Au dîner, il fit un compte-rendu détaillé du voyage, du séjour à Constance, de la mort de Jan Hus sur le bûcher. Mais il s’abstint de parler de sa rencontre avec Ojsternig.
Le vieil homme ne posa pas de questions.
Au moment de prendre congé, Mikael sentit sur ses épaules tout le poids de sa responsabilité envers Emöke et Berni. Il repensa à ce qu’Emöke avait dit, qu’elle ne reviendrait pas.
« Messire, dit-il au vieillard sur le seuil. Je dois vous demander une faveur. La femme qui nous accompagne…
— La dernière fois, c’était ta sœur, dit le soldat en riant.
— C’est vrai… mais… disons…
— Tu ne me dois pas d’explications, dit le vieil homme en souriant. Alors, que veux-tu me demander ?
— Cette femme et l’un des hommes… vous l’avez peut-être remarqué…
— L’estropié.
— C’est un brave type, dit Mikael. J’ai une dette envers lui.
— Ce qui ne le rend pas moins estropié.
— Non… » Mikael buta sur les mots. « Messire, pensez-vous que vous pourriez leur trouver quelque chose à faire à Kirchbach ?
— Laisse-moi réfléchir. Je te donnerai une réponse demain matin. » Puis le vieux capitaine posa la main sur son épaule. « Tu y tiens beaucoup, à cette femme, n’est-ce pas ?
— Beaucoup.
— Alors je verrai ce que je peux faire. »
Ce fut une nuit agitée. Mikael sortit de l’hospice et alla s’étendre dans la cour, respirant les odeurs du potager en pleine floraison. Il contempla le ciel étoilé, limpide, de cette nuit de fin juillet. Il dormit d’un sommeil léger, où les pensées se mêlaient aux rêves. À l’idée qu’il était à quelques jours de marche de la Raühnvahl, son cœur était ballotté entre l’excitation et l’angoisse. Il ignorait ce qu’il trouverait, ce qu’il pourrait faire, s’il serait à la hauteur de la situation. Mais il allait revoir Eloisa. Connaître son fils. Rentrer chez lui. Serrer Agnete dans ses bras. Est-ce qu’Harro serait encore en vie ? À force de se débattre entre toutes ces questions et ces doutes, quand l’aube se leva, il était encore plus fatigué.
Les hommes aussi avaient peu dormi, pensant sans doute au choix qu’ils avaient fait quand ils avaient quitté Constance. L’éventualité de la mort était maintenant toute proche, réelle. Et celle aussi que le courage vienne à leur manquer. Chacun d’eux, pendant cette longue nuit, avait dû peser ses sentiments et sa détermination.
Mikael les serra un à un par les épaules, au moment du repas. « Nous allons à la rencontre de notre destin, leur dit-il d’une voix assurée. Vous devez être fiers de vous. »
Bientôt, les hommes plaisantèrent entre eux, reprenant courage. Et Mikael devina dans leurs yeux une lumière nouvelle.
« Volod avait raison, lui dit Manuel en s’approchant de lui. Tu es un bon chef.
— Conneries », répondit Mikael. C’était exactement ce que Volod aurait dit.
En allant seller son cheval, il trouva le vieux capitaine qui l’attendait avec un sac de provisions qu’il s’était fait donner par le prieur.
« J’ai réfléchi à ta requête, dit le vieux capitaine. Depuis quelque temps j’avais l’idée de reprendre une auberge dont le propriétaire est mort. On pourrait y faire de bonnes affaires, à condition de la gérer comme il faut. Mais je suis un soldat et puis, je ne suis pas très sociable. Seul, je la ferais couler rapidement. » Il regarda Mikael dans les yeux. « Alors qu’avec un comique et une chanteuse, je suis sûr que les affaires marcheraient.
— Comment savez-vous que… », commença Mikael, stupéfait.
Le vieil homme l’arrêta d’un geste de la main. « Je ne sais rien, mon garçon. Tout au plus, je suppose. »
Mikael acquiesça.
« Tu crois que la proposition pourrait les intéresser ? », demanda le vieux capitaine.
Mikael appela Emöke et Berni et leur exposa l’idée. Puis il prit Emöke à part et lui dit : « Un jour, tu m’as dit que tu ne reviendrais pas chez nous.
— Je ne me souviens pas, répondit-elle avec un léger sourire.
— J’ai toujours eu peur que ça veuille dire que tu allais mourir », avoua Mikael, se rendant alors compte que cette pensée l’avait tourmenté.
Emöke lui sourit. « Et en fait, je suis vivante », dit-elle. Elle regarda Berni, les yeux pleins d’amour. « Je n’aurais rien de tout ça, si tu n’avais pas été là. »
Mikael se sentit dépassé par sa propre émotion. « Alors, qu’est-ce que vous décidez ? lui demanda-t-il avec rudesse.
— Merci, Mikael, répondit Emöke.
— C’est un oui ? »
Emöke acquiesça en souriant.
« Elles me manquent un peu, tes phrases bizarres, lui dit-il.
— À moi non. »
Mikael la regarda sans rien dire. Il n’arrivait pas à se faire à cette transformation. Mais c’était extraordinaire.
« Prends-moi dans tes bras, avant que je me mette à pleurer, dit Emöke.
— Si je le fais, c’est moi qui vais pleurer. »
Emöke passa ses bras autour de la taille de Mikael et le serra fort. « Ris, mon frère, murmura-t-elle à son oreille. La vie est belle et stupide.
— Ça, ce sont les bêtises que ton bouffon t’a mises dans la tête », plaisanta Mikael d’un ton bourru en se dégageant de son étreinte, les yeux voilés de larmes. Avant d’aller parler à Berni, il revint près d’elle. « Dis-moi que tout ira bien, lui demanda-t-il. Même si tu n’en sais plus rien maintenant.
— Tout ira bien, Mikael », lui répondit-elle avec chaleur.
Il acquiesça puis revint vers le vieil homme et Berni. « Alors, on dirait que vous avez deux personnes spéciales qui vont bien s’occuper de votre auberge », dit-il.
Le vieux capitaine sourit, content. Il pointa le doigt sur Berni et Emöke. « Je ne sais pas comment vous vous appelez, dit-il avec sérieux, mais je suis sûr que vos noms ne peuvent pas être Berni, bouffon du comte Chapuys de Reves, et Emöke Albath, connue comme la Sainte, tous deux recherchés, j’ai raison ?
— Vous avez parfaitement raison, messire, répliqua aussitôt Berni. Permettez que je me présente. Je suis Leonidas Argos, berger et poète espiègle, et je viens de l’Hellade. Et elle, dit-il à Emöke avec un clin d’œil, elle ne saurait être une sainte, puisqu’elle dort dans mon lit. »
Le vieil homme éclata de rire, en même temps que Mikael, tandis qu’Emöke se serrait contre la hanche bancale de Berni et l’embrassait sur la joue.
« Je ne peux pas vous assurer que vous ne vous repentirez pas un jour de vous être associé à un estropié idiot comme ce fanfaron, dit Mikael au capitaine en lui tapant la main sur l’épaule.
— Oh, par tous les pets puants de l’Enfer, s’exclama Berni. Si même les baudets se mettent à faire de l’esprit, où allons-nous ? »
Ils redevinrent sérieux. C’était le moment de se dire adieu. Ils se donnèrent l’accolade, gauchement, et même Berni ne trouva pas de blague adaptée à la circonstance.
Avant que Mikael ne monte en selle, le capitaine s’approcha.
« Salue le baron de ma part », lui dit-il. Puis, baissant la voix : « Le seigneur d’Ojsternig est passé par ici il y a deux jours avec cinquante cavaliers armés jusqu’aux dents. Il a mis à prix la tête d’un jeune rebelle et raconté partout qu’il passerait par Kirchbach ». Il lui serra l’épaule d’une main qui avait dû être ferme et puissante. « Prends soin de toi, mon garçon. Et fais attention. »