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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Puis elle se laissa emmener dans les souterrains, où on l’enferma dans une cellule sombre et humide malgré l’été, à la fenêtre hors d’atteinte, mince comme une meurtrière.

Cette nuit-là, étendue sur la paille détrempée, elle comprit en tremblant pourquoi elle avait pris le flacon. Elle avait vu trop d’exécutions pendant toutes ces années, pour ne pas savoir quelle atroce agonie l’attendait. Elle se tuerait plutôt que d’être écorchée vive, brûlée sur un bûcher, éventrée ou même seulement pendue. Elle sentait déjà la lame affilée du bourreau inciser la peau de son dos. Le poignard ouvrir son ventre. Les flammes la dévorer. Elle se voyait agiter frénétiquement les jambes dans le vide, pendue au bout d’une corde. Toute la nuit, elle tenta en vain de chasser ces visions, et les terribles souffrances à venir devenaient de plus en plus réalistes. Elle avait prié la Madone, mais sans grand soulagement. Alors elle avait décidé de boire tout le poison, espérant une mort rapide.

Quand l’aube de son dernier jour apparut faiblement par la meurtrière, elle déboucha le flacon et l’approcha de ses lèvres. Elle le respira. L’odeur était douceâtre.

Tout à coup, elle entendit des pas dans le couloir. Vite, elle reboucha le flacon et le cacha.

La porte s’ouvrit. La servante de la veille apparut.

« Déshabille-toi, dit-elle. Tu sais comment ça se passe. » Elle apportait la bouteille d’étain et le piston à tirer le lait.

Le geôlier, sur le seuil, regardait.

« Va-t-en, cochon », lui dit la servante.

Le geôlier se toucha l’entrejambe de manière obscène. Il rit, puis s’éloigna.

Eloisa délaça son corsage, découvrit ses seins et se pencha vers l’avant. « Comment va mon enfant ? »

Sans répondre, la servante commença à tirer le lait, et quand elle eut fini, sortit de la cellule.

“Qui prendra soin de mon bébé ?”, se dit-elle, désespérée, quand elle fut seule. Si seulement Lukrécia arrivait à survivre. Elle reprit le flacon, qu’elle déboucha, pour le refermer aussitôt et le jeter dans un coin de la pièce, avec un sanglot. Elle ne pouvait pas être lâche à ce point. Elle avait peur, bien sûr. Une mort horrible dans des souffrances inimaginables l’attendait. Pourtant, elle ne devait pas s’avouer vaincue. Un miracle pouvait arriver. Mikael pouvait venir la sauver, comme il avait sauvé Emöke. Elle porta les mains à son visage. Comment avait-elle pu ne penser qu’à elle ? Oublier son fils, même dans un moment de désespoir ? Oublier Mikael ? Agnete ? Non, elle ne se tuerait pas. Elle affronterait la mort la tête haute. Pour son fils, pour Mikael. Et elle n’abandonnerait pas sa mère. Se tuer, c’était la condamner à mort. Ses mains descendirent jusqu’à son ventre, où son bébé avait grandi pendant neuf mois. Où était-il à présent ? Qu’allait-il devenir ? Est-ce que Lukrécia lui parlerait d’elle ? Lui dirait la vérité ? Non, se répéta-t-elle, elle ne devait pas s’ôter la vie. Elle se laisserait traire comme une vache pour donner son lait à son enfant. Jusqu’au dernier moment. « Le lait de sa mère », dit-elle, le cœur déchiré. Le soir, la servante revint remplir la bouteille d’étain. Au moment de franchir la porte de la cellule, elle tomba sur Ojsternig.

« Votre Seigneurie, l’entendit dire Eloisa, voici une autre bouteille pleine.

— Ça suffira pour la nuit ?

— Certainement, Votre Seigneurie.

— Alors tu en rempliras une autre demain matin.

— La dernière », dit la servante.

Elle crut voir son sourire de triomphe.

Il s’approcha pour éclairer son visage. Longuement, en silence, il la regarda.

« Comment va mon fils ?

— Ce n’est pas ton fils, dit Ojsternig. Mets-toi bien ça dans la tête.

— Comment va… l’enfant ? », demanda Eloisa d’une voix pleine d’angoisse.

Ojsternig continuait de la fixer sans répondre. « Demain est un grand jour. Tu ne veux pas savoir pourquoi ? », finit-il par demander cruellement.

Eloisa ne trouva pas le courage d’affronter son regard.

Ojsternig lui releva le menton. « Regarde-moi en face », dit-il, se repaissant de la peur qu’il lisait dans ses yeux.

Elle ferma les paupières.

« Regarde-moi ! », ordonna Ojsternig.

Avec un sursaut, elle les rouvrit, terrorisée.

« Alors, tu ne veux pas savoir pourquoi demain est un grand jour ? répéta Ojsternig. Réponds ! » Il grognait comme un chien enragé.

Eloisa fut secouée d’un violent tremblement. « Si… », chuchota-t-elle, vaincue par la peur.

Le sourire de triomphe revint sur les lèvres d’Ojsternig. « Parce que demain… grâce à toi…, scanda-t-il en savourant chaque mot, le ramasse-merde… tombera dans mes filets. » Il observa la stupeur qui s’alluma aussitôt dans les yeux d’Eloisa, avant d’exploser d’un rire sonore. Lâchant son menton, il tourna les talons et sortit, sans cesser de rire.

Quand elle entendit le cadenas se fermer, Eloisa, comme en un rêve, alla s’asseoir sur la paille humide, le dos à la paroi visqueuse. Mikael, le lendemain, tenterait sûrement un geste désespéré. Ojsternig le savait. Et il l’attendait.

Eloisa comprit qu’elle n’avait pas d’issue. Elle se traîna jusqu’au flacon de poison.

« Pardonne à ta mère, mon enfant, chuchota-t-elle en pleurant. Je ne veux pas te priver aussi de ton père. »

Si elle mourait avant, il n’y aurait pas d’exécution. Mikael serait sauvé. Il pourrait au moins élever leur fils.

Tout était différent maintenant. Elle le ferait par amour, non par lâcheté.

Elle ferma les yeux et approcha le flacon de ses lèvres.

70

Mikael sentait en lui un profond calme intérieur, en traversant le pont sur l’Uque avec le groupe de bûcherons qu’il suivait, mêlé aux apprentis de la scierie.

Il avait retrouvé ses hommes deux nuits plus tôt dans l’ancienne cachette des rebelles. Il y avait aussi les mineurs que Lucio avait rassemblés ces derniers mois. Tous étaient désorientés, se contentant de survivre. Pourchassés, comme des bêtes dans la forêt. Mais son arrivée leur avait redonné courage. Avec ce qu’on racontait de lui, il était devenu légendaire dans la vallée, la forêt et les mines. Mikael ne pensait pas mériter une telle réputation mais, à voir ces yeux pleins d’espoir qui le fixaient, une prière muette dans le regard, il comprit qu’il avait une responsabilité. Pour eux, il était l’héritier de Volod le Noir.

Il ne leur avait pas parlé, il s’était contenté d’acquiescer. « Avant, je dois sauver ma femme », leur avait-il dit.

Tous les hommes s’étaient proposés pour l’accompagner.

« Non. On serait tout de suite repérés. On ne ferait pas vingt pas dans la vallée sans qu’ils nous tombent dessus. C’est l’affaire d’un homme seul », avait dit Mikael en essayant de ne pas montrer combien il était tendu. « Mais si je reviens… » Il les avait regardés en silence, avant de lever le poing. « Si je reviens, nous combattrons ensemble, côte à côte, jusqu’à libérer nos frères. »

Il avait pris Lucio et Manuel à part pour leur exposer son plan. Dix hommes à la mire parfaite suffiraient. Aucune erreur n’était permise.

Et tandis que ses pas résonnaient sur les planches du pont sur l’Uque, Mikael, lucide et maître de lui, savait ce qu’il avait à faire. Cette année de voyage loin de la Raühnvahl l’avait radicalement transformé. Il avait combattu et tué, appris à se cacher, à tenir ses émotions à distance, à observer les gens. Il n’était plus le gamin effrayé d’autrefois.

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