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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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« On va l’appeler constantite, cette maladie pour laquelle il n’y a pas de remède », plaisanta Berni.

Mikael rit.

« T’es en train d’apprendre à rire ? s’exclama Berni. Ça, c’est exceptionnel. Tu vois, je te fais du bien. »

Mikael se retourna pour regarder Lienz derrière eux, là-bas, à l’horizon, tandis qu’ils remontaient le cours de la Drava. « Non, ce n’est pas toi », dit-il, les yeux illuminés d’enthousiasme. Il écarta les bras, englobant la vallée, les montagnes et le ciel de la fin juillet, d’un bleu intense. « C’est tout ça ! » Il sourit. « Respire, dit-il. C’est déjà l’odeur de chez nous. Le seul remède contre la constantite. » Il montra un point loin devant, au fond de la vallée. « Ce soir, nous serons à Kirchbach. Et demain matin nous nous remettrons en route », dit-il d’un air rêveur. « Bientôt… », murmura-t-il, un frémissement dans la voix, avant de se perdre dans ses rêveries, qui lui avaient donné la force de résister à la fatigue, de faire avancer les hommes et les chevaux jusqu’à l’épuisement. Ils avaient couvert le chemin du retour vers la Raühnvahl en presque deux fois moins de temps qu’à l’aller.

Quand il se tourna vers Berni, revenant à la réalité, il ne le trouva plus à ses côtés.

Il savait où il était. Avec Emöke. Il sourit. Ce qui se passait entre eux le remplissait de joie.

Lors d’une des dernières soirées organisées par le comte, à Constance, Mikael les avait vus échanger un sourire. Puis Berni s’était joint à leur groupe, quittant son maître pour un voyage qui ne serait pas sans danger.

Jour après jour, Mikael avait assisté à la transformation d’Emöke. Le matin où ils s’apprêtaient à s’enfuir de Constance, quand il l’avait trouvée contemplant les eaux immobiles du lac, elle avait dit : « Gregor s’en va. » Et elle avait ajouté : « Il se met de côté. Il me laisse libre. » Mikael n’avait pas compris ce qu’elle voulait dire, et n’y avait guère accordé d’attention. C’était une de ces phrases bizarres d’Emöke. Mais à mesure qu’ils avançaient, il avait noté de petits changements, qui devinrent de plus en plus visibles. Le regard d’Emöke était moins vide, moins absent, moins distant. On ne la voyait plus parler toute seule, perdue dans ses rêveries. Elle revenait lentement parmi eux d’un voyage dans un autre monde, comme si elle sortait d’une longue léthargie.

Berni chevauchait de plus en plus souvent à ses côtés. Au début, ils n’échangeaient pas un mot. Le soir, au moment du dîner, Berni s’asseyait près d’elle, lui remplissait sa chope de bière, ou feignait l’absence d’appétit pour lui donner un peu de sa part. Plus tard, à l’heure du coucher, il venait s’asseoir près d’elle, un sourire aux lèvres, et la regardait dormir. Ensuite il s’était couché à côté d’elle, enroulé dans sa couverture. Une nuit où Mikael n’arrivait pas à trouver le sommeil, pris par l’excitation et l’inquiétude du retour, il les avait vus dormir en se tenant la main. Le jour suivant, ils avaient chevauché côte à côte sans cesser de parler. Le soir, Mikael avait entrevu un baiser, rapide et maladroit, du bout des lèvres. Alors ils avaient commencé à dormir enlacés sous la même couverture, et certaines nuits, dans le noir, Mikael sentait leur respiration devenir fébrile.

Emöke chantait toujours, mais son chant avait changé. Ses mélodies étaient descendues du ciel sur la terre. Elles avaient perdu une partie de leur magie, de ce mystérieux charme qui les faisait pénétrer jusqu’aux tréfonds de l’âme. Elles s’étaient faites chair, parlaient de la vie, de l’amour tel que les humains le ressentent. Comme n’importe quelle femme amoureuse. Mikael ne trouvait pas ses chants moins touchants, au contraire. Il se reconnaissait dans ces sentiments si naturels et si communs, ceux qu’il éprouvait pour Eloisa, et en était encore plus ému.

Une fois cependant il avait vu Emöke à l’écart, en haut d’une montagne, assise sur un rocher blanc taché de mousse, les yeux tournés vers le coucher du soleil, les cheveux dénoués dans le vent, l’air mélancolique.

Mikael s’était approché : « Qu’est-ce qu’il y a ? »

Emöke, tournée vers lui, avait souri. « Quelquefois il me manque.

— Qui ?

— Gregor. »

Mikael n’avait su que répondre. Il avait souri lui aussi, baissant la tête. Puis regardé vers l’est, vers la Raühnvahl, vers Eloisa, vers l’enfant qu’il n’avait jamais vu, vers son destin. « On y arrivera, Emöke ? »

Elle avait tendu le bras vers lui et lui avait pris la main. « Je ne sais pas, Mikael. »

Il avait éprouvé une sensation étrange et réconfortante à l’entendre prononcer son nom. Elle ne l’avait jamais fait. Il avait insisté : « Qu’est-ce que tu vois ? »

Emöke avait promené son regard autour d’eux. « Des montagnes, des prairies, des arbres, le soleil qui se couche, les étoiles qui commencent à briller dans le ciel. » Puis elle avait de nouveau posé son regard sur lui.

« Tu n’entends rien ? avait continué Mikael, avec une légère sensation de vertige.

— J’entends ta voix, le vent, la chouette en chasse, le bois qui brûle dans le feu de camp, les chevaux qui hennissent, les hommes qui rient », avait-elle répondu avec un sourire plein de gentillesse. Elle avait serré sa main plus fort, et murmuré, comme si c’était un secret entre eux : « Le don s’en est allé. » Ses yeux brillaient de joie. « Je suis libre, Mikael. »

Ce fut pour lui une émotion intense de l’entendre une nouvelle fois prononcer son nom, comme n’importe quelle fille. Il avait dit : « Bienvenue, Emöke », avant de s’éloigner.

Plongé dans ces réflexions, Mikael ne s’était pas aperçu qu’ils étaient arrivés à Kirchbach. Il se retourna. Berni et Emöke chevauchaient main dans la main, bavardant gaiement.

Mikael se souvint que lorsqu’elle avait encore le “don”, ainsi qu’elle l’appelait, elle avait prédit qu’il rentrerait mais pas elle. Il comprit qu’il ne pouvait la ramener sans la condamner à vivre en fugitive dans la forêt de Mezesnig. Plus maintenant. Un sourire lui vint en pensant que Berni n’aurait pas survécu une semaine dans les bois.

« T’es une vraie plaie, bouffon ! », lui cria-t-il en éclatant de rire.

Dans la petite ville, il conduisit ses hommes chez le vieux capitaine qui connaissait Raphael.

Celui-ci le reconnut aussitôt.

« Et les autres ?

— Certains se sont mariés, d’autres ont trouvé du travail dans les mines, et d’autres…

— … ne s’en sont pas sortis, conclut l’homme d’un ton grave. L’homme aux yeux de loup non plus ? »

Mikael fit signe que non.

« C’était un bon chef, dit le vieux.

— Oui.

— Et maintenant, on dirait que c’est toi le chef, sourit le vieux. Je le vois au respect dans le regard de tes hommes. »

Mikael rougit.

Le vieil homme lui mit la main sur l’épaule. « Ne sois pas gêné. Si le baron t’a donné son épée, c’est que tu as toutes les qualités pour être un bon chef.

— Nous rentrons.

— Je m’en doutais. Vous pouvez dormir dans l’hospice du couvent, comme la dernière fois. Et je serais heureux, comme la dernière fois, que tu dînes avec nous ce soir. »

Mikael conduisit ses hommes au couvent. Il prit Berni à part. « Bouffon, ce sont des moines. Garde tes mains où il faut, cette nuit.

— Je vais essayer », répondit Berni. Puis, voyant le visage de Mikael s’assombrir, il ajouta : « Je plaisante !

— Ris, mon frère ! », dit Emöke derrière eux.

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