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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Tout l’après-midi, Eloisa avait entendu rouler les tambours dans le village, au fond de la vallée. Elle savait que quand les tambours retentissaient dans le royaume cruel d’Ojsternig, ce n’était jamais bon signe.

Ojsternig se tourna vers une vieille servante apparue sur le seuil, tenant un instrument bizarre et une bouteille d’étain scellée par une membrane. « Fais ce que tu as à faire », dit-il à la servante. Et il sortit avec le bébé dans les bras.

« Où emportez-vous mon fils ? hurla Eloisa.

— Ce n’est pas ton fils ! répondit Ojsternig depuis le couloir.

— Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Eloisa à la servante. »

La vieille femme la regarda. « Montre tes mamelles. »

Eloisa ne bougea pas.

« Sinon je serai obligée de faire venir deux soldats, dit la vieille d’un ton acerbe. Ils ont les mains rudes et ils sont violents. Facilite-moi la tâche, ça vaudra mieux pour toi. »

Lentement, Eloisa dénuda sa poitrine.

La vieille déboucha la bouteille d’étain et la posa sur la table. « Penche-toi en avant. »

Eloisa regarda l’instrument que tenait la servante. C’était un cône formé d’une corne de vache évidée. À la base, un levier monté sur une bague de fer plongeait à l’intérieur. La corne était cerclée d’une ventouse ronde de boyau souple.

« Penche-toi », répéta la vieille.

Eloisa se courba vers l’avant. Ses seins, gonflés de lait, se penchèrent avec elle.

« Ne bouge plus maintenant », dit la servante en posant la partie large de la corne sur son sein droit, avant de commencer à appuyer sur le levier.

Eloisa perçut une tension et le lait commença à goutter.

Quant le levier fut entièrement descendu, la vieille femme détacha la corne du sein d’Eloisa, précautionneusement, attentive à ne rien renverser, et versa le contenu dans la bouteille.

Eloisa regarda son sein. Elle le sentait fourmiller et vit une marque circulaire rouge là ou le sommet de la corne s’était collé à sa peau.

« Encore, dit la vieille.

— Pourquoi je ne peux pas l’allaiter ? Qu’est-ce que ça veut dire, tout ça ? », demanda Eloisa, à qui l’angoisse coupait la respiration.

L’autre ne répondit pas. Elle appliqua de nouveau l’instrument sur le sein et continua jusqu’à en avoir tiré tout le lait.

Eloisa pleurait en silence, humiliée, courbée en deux, sans s’opposer. Son sein était douloureux, de petits vaisseaux s’étaient rompus autour du mamelon et formaient en surface un fin réseau rouge.

« L’autre, dit la servante. Bouge pas. » Elle approcha l’instrument de son sein gauche et recommença à la traire comme une vache.

La servante vida le deuxième sein, remplit toute la bouteille et la reboucha d’un air satisfait. « Il n’aura pas faim, aujourd’hui », dit-elle en se retournant pour partir.

« Au nom de Dieu, qu’est-ce qui se passe ? », demanda encore Eloisa en relaçant son corsage, les mains tremblantes.

Le roulement de tambours se rapprochait, sans qu’on distingue encore les paroles du héraut.

La porte s’ouvrit d’un coup.

« Ma fille ! », cria Agnete au désespoir, le visage sillonné de larmes. Alors deux soldats surgirent. Ils s’emparèrent d’elle pour la tirer avec rudesse dans le couloir.

« Mère ! », hurla Eloisa en s’élançant vers elle.

Mais la porte se referma violemment, tandis que les cris d’Agnete devenaient de plus en plus angoissés.

« Mère ! » Eloisa se précipita sur la poignée.

La barre de fer était déjà retombée dans les encoches.

Elle força en vain la poignée puis tapa des deux poings sur la porte. « Mère !

— Dieu, non ! s’écria Agnete terrorisée. Dieu, je t’en prie, ne laisse pas faire ça ! »

Les tambours étaient maintenant aux portes du château.

Eloisa entendit un bruit sourd, et les hurlements d’Agnete s’éteignirent.

Elle colla l’oreille à la porte. Il lui semblait qu’on traînait un corps sur les dalles du couloir. Elle se retourna vers la vieille servante, les yeux écarquillés d’angoisse.

Les tambours firent leur entrée dans la cour. Le son des baguettes de bois sur la peau d’âne des instruments fit vibrer l’air, et le rythme saccadé envahit l’espace de la chambre.

« Je t’en supplie. Tu n’as donc pas de cœur ? », l’implora Eloisa, les mains tendues vers la servante.

Les tambours, ensemble, se turent.

« Après-demain, vendredi, huit août de l’an 1415, avec la bénédiction de Dieu Tout-puissant et par la volonté de notre bien-aimé Seigneur, prince des royaumes de Dravocnik et de Saxe… » La voix tonitruante du héraut s’interrompit, tandis que les tambours roulaient de nouveau.

« Qu’est-ce qu’il va se passer après-demain ? demanda Eloisa, le cœur déchiré de terreur, craignant que Mikael n’ait été capturé.

— Après-demain, c’est le jour de ton exécution », répondit la servante. Un sourire malveillant découvrit sa bouche édentée.

Eloisa n’entendit plus rien. Ni les roulements de tambour ni la voix du héraut qui annonçait sa condamnation à mort. Tout était silencieux, en elle et autour d’elle. Elle tomba à genoux.

Elle resta là, immobile, sourde au monde entier, jusqu’au moment où la porte s’ouvrit. Deux soldats, précédés par Agomar, entrèrent et la soulevèrent de force, avec une violence qui la fit trembler de la tête aux pieds. Elle voulut se libérer mais les soldats la tenaient fermement et la traînaient sans effort, malgré sa résistance.

Quand ils passèrent devant la porte de Lukrécia, elle fut brutalement consciente de ce que signifierait la mort de la princesse.

« Je vous en supplie, dit-elle à Agomar. Au nom de la miséricorde, laissez-moi parler une dernière fois à la princesse.

— La princesse est en train de mourir, répondit froidement Agomar.

— Je vous en supplie, répéta Eloisa avec fermeté. Vous ne pouvez pas me le refuser.

— Je peux faire ce que je veux », dit Agomar. Mais il ouvrit la porte de Lukrécia et fit signe aux soldats de la lâcher.

Eloisa entra dans la pièce, où l’on sentait les mauvaises odeurs des mourants, et celles des herbes qu’Agnete utilisait comme antidote pour combattre le poison.

Lukrécia gisait sur son lit. Ses yeux étaient voilés, à demi fermés.

Eloisa se pencha à son chevet et murmura : « Princesse… »

Lukrécia ne bougea pas.

Eloisa prit sa main dans la sienne. Elle était froide et inerte.

« Presse-toi », dit Agomar dans son dos.

« Princesse… reprit Eloisa, je vous en supplie, vous devez vivre… » Sa voix se brisa dans sa gorge. Elle posa la tête sur l’épaule osseuse de Lukrécia. « Princesse, vous devez vivre, je vous en supplie… sinon mon enfant… » Elle eut un hoquet puis sanglota. « Sinon mon enfant… reprit-elle, désespérée, n’aura personne pour prendre soin de lui…

— Allez, l’entrevue est terminée, dit Agomar, agacé.

— Vous me l’avez promis, princesse ! dit Eloisa en haussant la voix et en serrant sa main plus fort. Vous m’avez promis que vous lutteriez pour lui !

— Elle ne peut pas t’entendre, espèce de putain stupide, dit Agomar. T’as pas encore compris ? »

La main de Lukrécia bougea imperceptiblement, comme si elle voulait serrer celle d’Eloisa.

Eloisa retenait son souffle. « Mais si, elle m’entend », murmura-t-elle. Elle s’apprêtait à partir quand elle aperçut près du lit, sur un meuble bas, le flacon de poison à partir duquel Agnete avait cherché à distiller un antidote. Elle se releva et sans réfléchir glissa le flacon dans sa poche, à l’insu d’Agomar et des soldats.

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