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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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— Deux pièces de cuivre, mon bon seigneur ! lança le rabatteur posté devant cet établissement. Deux pièces pour voir à l’œuvre l’Aes Sedai.

— Je crains de ne pas en avoir envie…

Rand jeta un dernier coup d’œil à la magicienne, qui venait de faire apparaître une colombe entre ses mains.

Aes Sedai ? Non, merci, j’ai eu ma dose…

Saluant le type de la tête, il continua son chemin.

Il fendait la foule, se demandant ce qu’il allait voir maintenant, lorsqu’une voix profonde jaillit d’un encadrement de porte surmonté d’une pancarte à l’effigie d’un jongleur. Des notes de harpe accompagnaient le discours exalté :

— … le vent glacé, dans la passe de Shara, où s’alignent des sépultures sans pierre tombale. Pourtant, chaque année, au moment de la Fête du Soleil, sur ces cairns apparaît une unique rose – une larme de cristal faisant office de rosée sur les pétales. Une fleur déposée là par la main de Dunsinin, fidèle au marché conclu par Rogosh à l’Œil d’Aigle.

Cette voix… Comme hypnotisé, Rand entra au moment où un tonnerre d’applaudissements saluait la prestation du trouvère.

— Deux pièces de cuivre, mon seigneur ! lança un rabatteur qui aurait pu être le frère jumeau du précédent. Deux pièces pour voir…

Rand sortit quelques pièces de sa bourse et les jeta à l’importun. Hébété, il avança ensuite vers l’estrade sur laquelle l’artiste saluait son public, sa harpe au creux d’un bras et sa main libre écartant sa cape multicolore comme s’il voulait capturer les applaudissements pour les écouter plus tard, à tête reposée. Très grand, mince et plus tout jeune, ce trouvère arborait des bacchantes aussi blanches que sa chevelure de neige. Lorsqu’il se redressa, ses yeux bleus se posèrent sur Rand… et devinrent ronds comme des soucoupes.

— Thom…, murmura le jeune homme, sa voix inaudible au milieu des vivats de la foule.

Sans cesser de fixer Rand, Thom lui indiqua une petite porte, sur le côté de l’estrade. Puis il salua de nouveau, s’enivrant de gloire comme d’autres auraient pu prendre un bain de soleil.

Rand gagna la porte, la poussa et entra dans un petit couloir au bout duquel trois marches donnaient accès à l’estrade. Dans cette antichambre de la scène, un jongleur s’entraînait avec des balles de couleur et six acrobates se livraient à des exercices d’assouplissement.

Thom descendit les marches en boitillant, comme si sa jambe droite ne se pliait plus aussi bien qu’avant. Il jeta un coup d’œil au jongleur et aux acrobates, et lâcha, dédaigneux :

— Le public s’intéresse seulement à La Grande Quête du Cor… Avec ce qui se passe en Haddon Mirk et au Saldaea, Le Cycle de Karaethon pourrait être très demandé, mais il n’en est rien. Si ça continue, je finirai par me payer moi-même pour changer d’antienne… (Thom examina Rand des pieds à la tête.) Tu as l’air de prospérer, mon garçon. (Il tapota le col de la chemise de soie du jeune homme et eut une moue approbatrice.) Oui, on dirait que tout va bien pour toi.

Rand ne put s’empêcher de sourire.

— En quittant Pont-Blanc, j’aurais juré que vous… que tu étais mort, Thom ! Bon sang ! je suis si content de te revoir ! J’aurais dû rebrousser chemin pour t’aider…

— Une erreur énorme que je te félicite de ne pas avoir commise, mon gars ! (Le trouvère baissa le ton, même s’ils étaient désormais seuls dans le petit couloir.) Ce Blafard ne s’intéressait pas à moi. Il m’a un peu esquinté la jambe, puis il s’est empressé de vous poursuivre, Mat et toi. En revenant, tu aurais signé ton arrêt de mort. (Il marqua une pause, l’air pensif.) Moiraine a dit que j’étais toujours de ce monde, pas vrai ? Elle est avec toi ?

Rand secoua la tête. À sa grande surprise, Thom semblait déçu.

— C’est dommage, en un sens… C’est une femme de qualité, même si elle appartient aux… (Le trouvère sembla juger inutile de mettre les points sur les « i ».) Donc, c’était Mat ou Perrin qu’elle traquait… Je ne veux pas savoir lequel. Ce sont deux braves garçons, le reste ne m’intéresse pas…

Rand se sentit très mal à l’aise. Quand Thom lui brandit sous le nez un index osseux, il sursauta comme s’il s’agissait d’une lame.

— En revanche, je veux savoir ce qu’il est advenu de mes instruments ! Si tu les as encore, il faut me les rendre, mon garçon ! Ceux qui les remplacent ne conviendraient pas à un cochon médiocrement doué pour la musique.

— J’ai toujours la harpe et la flûte, Thom. Je vais te les apporter, c’est promis ! Je n’en reviens pas de te voir en vie ! Et pourquoi n’es-tu pas à Illian, dans ce cas ? La Grande Quête du Cor recommence, et il y a ce fabuleux prix pour le trouvère qui racontera le mieux les histoires du cycle. Tu mourais d’envie de concourir.

— Après ce qui s’est passé à Pont-Blanc ? Si j’allais à Illian, je n’y ferais pas de vieux os. Même si j’avais pu atteindre le bateau avant qu’il appareille, les marins de Domon auraient raconté dans tout Illian que j’étais poursuivi par des Trollocs. Et s’ils ont vu le Blafard, ou l’ont entendu, avant que leur capitaine fasse larguer les amarres… La plupart des Illianiens ne croient pas aux Trollocs et aux Demi-Humains. Mais ceux qui y croient voudraient savoir pourquoi ils poursuivaient un trouvère. Et ces gens-là sont assez nombreux pour que j’évite de respirer le même air qu’eux.

— Thom, j’ai tant de chose à te raconter.

— Plus tard, mon garçon… (Le trouvère échangea un regard avec le rabatteur posté au bout du couloir, au niveau de la porte d’entrée.) Si je ne retourne pas sur scène, il va envoyer le jongleur, et le public cassera les fauteuils avant cinq minutes. Viens me rejoindre à La Grappe de Raisin, un peu au-delà de la porte de Jangai. J’ai une chambre dans cette auberge… Tout le monde saura t’indiquer le chemin, ne t’en fais pas. J’y serai dans une heure environ. Il faudra bien qu’une seule histoire suffise à mon public ! (Il se retourna et entreprit de gravir les marches, le dos de nouveau bien droit.) Et n’oublie pas ma harpe et ma flûte !

26

Discorde

Rand traversa en trombe la salle commune du Défenseur, répondant par un sourire au regard stupéfait que lui lança l’aubergiste. Depuis ses retrouvailles avec le trouvère, il avait envie de sourire pour un oui et pour un non.

Thom est vivant !

Une fois l’escalier gravi, il entra dans sa chambre et se dirigea vers l’imposante armoire.

En bras de chemise, une pipe fumante aux lèvres, Loial et Hurin vinrent se camper dans l’encadrement de la porte communicante.

— Quelque chose est arrivé, seigneur Rand ? demanda le renifleur.

Rand s’empara du baluchon qui contenait la harpe et la flûte.

— La meilleure chose possible, à part l’arrivée d’Ingtar. Thom Merrilin est vivant, et il est ici !

— Le trouvère dont tu m’as parlé ? demanda Loial. C’est formidable, Rand. J’aimerais le rencontrer.

— Si Hurin accepte de monter la garde ici, tu n’as qu’à m’accompagner.

— Je me charge de la surveillance, seigneur, dit Hurin. (Il retira la pipe de sa bouche.) Les clients de l’auberge essaient discrètement de me tirer les vers du nez. Ils veulent savoir qui tu es, seigneur, et ce que nous faisons ici. Je leur ai expliqué que nous attendons des amis, mais ils sont bien trop pervers pour croire la vérité quand on la leur dit.

— Qu’ils pensent ce qu’ils veulent ! Tu viens, Loial ?

— Non… (L’Ogier soupira.) Je préférerais rester ici. (Il brandit un livre, son index tenant lieu de marque-page.) Je ferai la connaissance de Thom Merrilin une autre fois…

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