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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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— Loial, tu ne peux pas te cloîtrer jusqu’à la fin des temps. Et si nous restions ici plusieurs semaines ? De toute façon, nous n’avons pas vu l’ombre d’un Ogier. Et, dans le cas contraire, tes compatriotes ne te poursuivraient pas, j’imagine…

— Me poursuivre, sans doute pas, mais… Rand, j’ai peut-être eu tort de quitter le Sanctuaire Shangtai comme ça… À mon retour, je risque d’avoir de gros ennuis. (Les oreilles de l’Ogier frémirent.) Même si j’attends d’être aussi vieux que l’Ancien Haman… Avec un peu de chance, je trouverai un Sanctuaire abandonné pour attendre d’avoir assez vieilli.

— Si ton Ancien ne te laisse pas rentrer chez toi, tu pourras vivre à Champ d’Emond. C’est un très bel endroit.

Un endroit merveilleux, même…

— J’en suis sûr, Rand, mais ça ne collerait pas, parce que…

— Nous en parlerons le moment venu, Loial ! Maintenant, viens avec moi, que je te présente Thom.

Une fois debout, l’Ogier faisait bien une fois et demie la taille de Rand. Ça n’empêcha pas celui-ci de le forcer à s’habiller et de le pousser sans ménagement dans l’escalier. Lorsqu’ils eurent bruyamment dévalé les marches, le jeune homme fit un clin d’œil à Cuale, puis il s’amusa de son expression ahurie.

Si ça lui chante, qu’il me croie décidé à jouer son maudit Grand Jeu. Je me fiche de lui et de tous les autres. Thom est vivant !

À partir de la porte de Jangai, sur le mur est de la ville, tout le monde connaissait La Grappe de Raisin, exactement comme l’avait annoncé Thom. Alors que le soleil était déjà bas à l’horizon, les deux amis atteignirent assez vite une rue plutôt calme pour la Ceinture.

L’auberge à trois étages était un vieux bâtiment de bois qui ne payait pas de mine. Mais la salle commune, bondée de clients, se révéla étonnamment propre. Des hommes jouaient aux dés dans un coin tandis que des femmes, plus loin, disputaient une partie de fléchettes. La majorité des clients était du coin, mais Rand entendit plusieurs accents étrangers qu’il ne reconnut pas, à part celui du royaume d’Andor. Comme il semblait d’usage dans la Ceinture, les tenues bigarrées s’inspiraient des modes en vigueur dans une multitude de pays.

Quelques têtes se tournèrent lorsque Rand et Loial entrèrent, mais la curiosité, ici, n’incitait jamais les gens à négliger longtemps ce qu’ils étaient en train de faire.

L’aubergiste, une femme aux cheveux aussi blancs que ceux de Thom, étudia un long moment ses deux nouveaux clients. À voir sa peau mate et à entendre son accent, elle n’était sûrement pas originaire du Cairhien.

— Thom Merrilin ? Oui, il a une chambre ici… Dernier étage, première porte sur la droite. Je pense que Dena vous laissera l’attendre là-haut… (La femme examina la jolie veste de Rand, avec les hérons sur le col et les broderies de fil d’or aux manches, puis elle baissa les yeux sur son épée.) Mon seigneur…, ajouta-t-elle, dubitative.

À la façon dont les marches craquèrent sous ses bottes – pour ne rien dire de celles de Loial –, Rand se demanda si le bâtiment n’allait pas bientôt s’écrouler. Tout en s’interrogeant sur l’identité de la Dena évoquée par l’aubergiste, il frappa à la porte que celle-ci avait indiquée.

— Entrez, dit une voix de femme. Je ne peux pas venir vous ouvrir.

Rand poussa la porte, non sans hésitation, et jeta un coup d’œil dans la chambre. Le grand lit chiffonné plaqué contre un mur, la pièce était encombrée par deux grosses armoires, plusieurs coffres en bois à l’armature de fer, quelques malles et une table et deux chaises. La femme mince assise en tailleur sur le lit, l’ourlet de son chemisier glissé sous elle, était en train de jongler avec six balles de couleur.

— Laissez le paquet sur la table, dit-elle sans se déconcentrer, Thom passera vous régler un peu plus tard…

— Vous êtes Dena ? demanda Rand.

La jongleuse récupéra au vol les six balles, puis elle leva les yeux sur son visiteur. À peine plus âgée que Rand, Dena était jolie, avec sa peau très blanche et ses longs cheveux noirs typiques du Cairhien.

— Je n’ai pas l’honneur de vous connaître. C’est ma chambre, et celle de Thom Merrilin.

— L’aubergiste a dit que vous nous laisseriez l’attendre ici. Si vous êtes bien Dena.

— Nous ?

Rand avança afin que Loial puisse entrer aussi – en se pliant en deux, comme souvent.

— Je suis bien Dena, dit la jeune femme, les sourcils froncés. Ainsi, les Ogiers sont de retour… Que voulez-vous ?

Comme l’aubergiste, Dena avait remarqué les hérons, les broderies et l’épée. Si elle omettait de donner du « seigneur » à Rand, c’était bel et bien délibéré…

Le jeune homme brandit le baluchon qu’il portait.

— Ce sont les instruments de Thom. Et je viens aussi lui rendre une petite visite.

Sentant que Dena allait le mettre à la porte, Rand se hâta de préciser :

— Je ne l’ai plus vu depuis assez longtemps.

— Thom pleurniche sans arrêt parce qu’il a perdu sa harpe et sa flûte… À l’entendre, on croirait qu’il était un barde royal, en des temps plus glorieux. D’accord, vous pouvez l’attendre ici, mais je dois m’entraîner. Thom me laissera jongler en public, la semaine prochaine. Dans la salle où il se produit…

Dena se leva, prit une des deux chaises et invita Loial à s’asseoir sur le lit.

— Si tu casses un de ces sièges, ami ogier, Zera en facturera six à Thom.

Tandis qu’il s’asseyait sur une chaise dangereusement branlante, même pour un occupant « normal », Rand se présenta, fit de même pour Loial et demanda :

— Vous êtes l’apprentie de Thom ?

Dena eut un petit sourire.

— On peut voir les choses comme ça…

Elle recommença à jongler, les yeux rivés sur les balles de couleur.

— Je n’ai jamais entendu parler d’une trouvère, dit Loial.

— Je serai la première…

La grande roue que Dena dessinait dans l’air avec ses balles se transforma en deux plus petits cercles interconnectés.

— Pendant mon apprentissage, j’ai l’intention de voir le monde entier. Dès que nous aurons assez d’argent, Thom me fera découvrir Tear. (Dena changea encore de figure : trois balles dans chaque main, à présent.) Ensuite, nous visiterons peut-être les îles du Peuple de la Mer. Les Atha’an Miere paient très généreusement les trouvères, paraît-il.

Rand jeta un coup d’œil autour de lui. Avec ses coffres et ses malles en désordre, la chambre ne semblait pas augurer un départ imminent. Sur le rebord de la fenêtre, Rand repéra une plante en pot qui semblait même militer dans le sens inverse. Quant au lit unique sur lequel trônait Loial…

« C’est ma chambre. Et celle de Thom Merrilin. »

Dena jeta un regard de défi à Rand à travers la grande roue qu’elle dessinait de nouveau avec ses balles.

Le jeune homme s’empourpra, puis bafouilla :

— Nous ferions peut-être mieux d’aller attendre en bas…

Mais la porte s’ouvrit pour laisser passer Thom Merrilin, magnifique dans sa cape multicolore, une harpe et une flûte rangées dans des étuis suspendus à son épaule.

Dena cessa de jongler, fit disparaître les balles dans ses poches, se leva et courut jeter ses bras autour du cou de Thom.

— Tu m’as manqué, dit-elle avant de l’embrasser.

Le baiser s’éternisant, Rand se demanda si Loial et lui ne seraient pas inspirés de s’éclipser. Mais Dena, tellement sur la pointe des pieds qu’elle avait fini par décoller du sol, se laissa retomber sur le parquet avec un gros soupir.

— Tu sais ce que fait cet imbécile de Seaghan, jeune fille ? lança Thom. Il a recruté une bande de décérébrés qui se prennent pour des acteurs, et ils se produisent sur scène en se faisant passer pour Rogosh, Blaes et Gaidal Cain… Quelle honte ! Une tapisserie, derrière ces imposteurs, est censée représenter le hall de Matuchin ou les hautes passes des montagnes de la Damnation, selon la scène qu’ils jouent. Moi, je permets au public d’imaginer tous les étendards, de sentir l’odeur des batailles, de partager les émotions des héros… Avec moi, ils se prennent pour Gaidal Cain ! Si cette troupe de minables passe après moi, Seaghan peut dire adieu à sa salle, parce que les gens y mettront le feu.

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