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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Les trois jeunes femmes éclatèrent de rire avec un bel ensemble.

Gawyn se gratta la tête, puis il la secoua.

— En tout cas, si Rand al’Thor a un rapport avec tout ça, n’en parlez pas devant Elaida. Depuis notre arrivée, et à trois reprises, elle m’a soumis à un interrogatoire en règle, comme un Confesseur des Capes Blanches. Je crains qu’elle n’ait pas pour Rand…

Le jeune homme s’interrompit, car une femme approchait à grands pas. Une sœur rouge, à en juger par les franges de son châle.

— « Dites le nom du Ténébreux, cita Gawyn, et voilà qu’il apparaît ! » Je n’ai aucune envie d’entendre un sermon sur la nécessité de remettre ma chemise une fois sorti de la cour d’entraînement. Je vous souhaite une bonne matinée à toutes les trois…

Alors qu’elle traversait le pont, Elaida eut un regard dédaigneux pour le jeune Prince de l’Épée. Jolie plus que belle, selon les critères d’Egwene, l’Aes Sedai avait le visage sans âge commun à toutes ses collègues – à part celles qui venaient tout juste d’être admises dans l’ordre.

Quand Elaida la regarda, Egwene vit dans ses yeux une dureté hors du commun. Depuis toujours, la jeune fille pensait à Moiraine comme à une main de fer dans un gant de velours. Elaida ne s’était pas embarrassée du velours, de toute évidence…

— Elaida, dit Elayne, je te présente Egwene. Elle est née avec la graine du Pouvoir en elle, comme moi. Ayant déjà suivi des cours, elle est aussi avancée que moi. Elaida, tu m’écoutes ? Que t’arrive-t-il ?

L’Aes Sedai n’esquissa pas l’ombre d’un sourire.

— À Caemlyn, petite, je suis la conseillère de ta mère, la reine Morgase. Mais nous sommes dans la Tour Blanche, et une novice ne tutoie pas une sœur.

Min tenta de se défiler, mais Elaida la retint de la voix :

— Reste ici, car il faut que je te parle !

— Elaida, dit Elayne, ébahie, je te connais depuis toujours. Pour que je puisse y jouer en hiver, tu faisais fleurir le jardin, quand j’étais petite.

— Là-bas, tu étais la Fille-Héritière. Ici, tu es une novice qui dois montrer du respect à toutes les Aes Sedai. Un jour, tu feras partie des grands de ce monde. En attendant, nous t’apprendrons l’humilité.

— Oui, Aes Sedai, si vous le dites…

Egwene n’en crut pas ses oreilles. Si quelqu’un l’avait réprimandée ainsi en public, elle aurait explosé de colère.

— Maintenant, filez, toutes les deux ! lança Elaida à la Fille-Héritière et à Egwene. (Entendant sonner le gong, elle vérifia la position du soleil dans le ciel.) Dix heures ! Dépêchez-vous, si vous ne voulez pas vous faire tirer les oreilles ! Elayne, après tes corvées, va voir la Maîtresse des Novices dans son bureau. Sans parler du tutoiement, pour s’adresser à une Aes Sedai, une novice attend d’y être invitée. Maintenant, courez ! Vous allez être en retard !

Soulevant leurs jupes, les deux jeunes femmes détalèrent. Tournant la tête vers sa nouvelle amie, Egwene vit qu’elle avait le rouge aux joues – de colère, pas de contrition. Mais elle semblait aussi plus déterminée que jamais.

— Je deviendrai une Aes Sedai…, souffla-t-elle, comme si elle jurait de relever un défi.

Dans son dos, Egwene entendit Elaida déclarer :

— J’ai cru comprendre, petite, que tu as été amenée ici par Moiraine Sedai…

La conversation allait-elle dériver jusqu’à Rand ? La jeune fille aurait aimé s’attarder pour le découvrir, mais c’était l’heure des corvées, et il ne fallait pas traîner.

— Je deviendrai une Aes Sedai, souffla-t-elle à son tour.

Elayne coula un regard complice à son amie. Puis elles coururent en silence.

Quand Min s’éloigna du pont, sa chemise d’homme lui collait à la peau. Les conséquences d’une bonne suée due à l’interrogatoire serré d’Elaida. Encore perturbée, la jeune femme jeta un coup d’œil par-dessus son épaule pour s’assurer que l’Aes Sedai ne la suivait pas. Mais il n’y avait personne en vue.

Comment Elaida savait-elle que la convocation venait de Moiraine ? Min aurait juré que personne, à part Sheriam, ne connaissait la vérité. Et cette série de questions au sujet de Rand ? Rester impassible n’avait pas été un jeu d’enfant, lorsqu’elle avait dû affirmer qu’elle ne le connaissait pas, n’ayant même jamais entendu son nom. Mentir à une Aes Sedai n’avait rien d’aisé, il fallait le reconnaître.

Que lui veut-elle ? Et Moiraine, pourquoi s’intéresse-t-elle à lui ? Qui est-il en réalité ? Au nom de la Lumière ! je ne veux pas tomber amoureuse d’un homme rencontré une seule fois – et un fichu berger, qui plus est !

— Moiraine, que la Lumière t’aveugle ! Sors de ta cachette, où qu’elle soit, dis-moi pourquoi tu m’as fait venir et permets-moi de repartir au plus vite.

Bien entendu, nul ne répondit à Min, à part un oiseau dont le chant doux et mélancolique lui serra le cœur.

Très mal à l’aise, elle partit en quête d’un endroit où se remettre de ses émotions.

25

Cairhien

La capitale du Cairhien, baptisée du même nom que le royaume, s’étendait sur une série de collines, le long de la rivière Alguenya. Lorsque Rand la vit pour la première fois, sous le soleil de midi, il en approchait par le nord.

Elricain Tavolin et ses cinquante soldats lui donnaient toujours l’impression d’être des gardiens plutôt qu’une escorte. À dire vrai, plus ils avançaient vers le sud et plus ces hommes s’étaient refermés sur eux-mêmes. Depuis la traversée d’un ultime pont, sur la rivière Gaelin, ils ne faisaient plus le moindre effort pour dissimuler leur malaise. Loial et Hurin semblant ne pas s’en inquiéter, Rand essayait de les imiter.

Sur la rivière, le trafic des bateaux et des barges était incessant, en particulier à l’endroit où s’alignaient d’énormes entrepôts et silos à grain. Mais Cairhien elle-même, loin de cette agitation anarchique, semblait être une cité à la configuration très géométrique – un parangon d’ordre et d’harmonie niché derrière de hauts murs gris qui formaient eux aussi un carré aux dimensions parfaites. Dans un tel monument élevé à la gloire de la symétrie, il semblait normal que toutes les tours fassent la même hauteur, soit quelque chose comme vingt fois celle de la muraille d’enceinte. Pourtant, même de si loin, Rand pouvait voir très clairement que leur sommet manquait.

À l’extérieur du mur d’enceinte, le long des trois côtés qui ne donnaient pas sur l’eau, s’étendait un labyrinthe anarchique de rues et de maisons grouillant de monde et de véhicules. La Ceinture, d’après ce que Hurin avait dit à Rand. À l’origine, un « village-marché » se dressait devant chaque porte de la ville. Avec le temps, les trois entités n’en avaient plus fait qu’une, monstre tentaculaire dont la croissance semblait promise à n’avoir pas de fin.

Quand Rand et ses compagnons s’engagèrent dans ces rues non pavées, Tavolin ordonna à quelques-uns de ses soldats de passer devant et de brailler afin d’effrayer assez la foule pour qu’elle consente à s’écarter. Le résultat ne fut pas très spectaculaire – blasés, les passants dégageaient le chemin lentement et sans daigner regarder qui les dérangeait ainsi – mais la colonne réussit à progresser.

Au milieu de cette improbable cité hors de la cité, Rand sentit son moral remonter en flèche. Si les habitants de la Ceinture formaient une population plutôt loqueteuse, ils affectionnaient les couleurs vives et leur joyeux vacarme, tout incessant qu’il fût, semblait être une façon de rendre hommage à la vie. À tous les coins de rue, des colporteurs vantaient leur marchandise et les boutiquiers, ne voulant pas être en reste, donnaient de la voix pour inviter les badauds à venir admirer leurs étals. Au milieu de la foule, des rémouleurs, des barbiers, des marchands de fruits et d’autres professionnels (ou professionnelles), moins facilement identifiables, proposaient leurs fantastiques services aux passants. S’échappant de plusieurs bâtiments, des échos de musique accompagnaient agréablement le sourd murmure de la multitude. Au début, Rand pensa qu’il s’agissait d’auberges, mais il changea vite d’idée. À la porte de ces établissements, les enseignes montraient simplement des musiciens, des acrobates et des jongleurs. De plus, l’absence de fenêtres excluait qu’il puisse s’agir d’auberges, de tavernes ou de quelconques débits de boissons.

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