La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
Si gros qu’ils fussent, la plupart des bâtiments de la Ceinture étaient en bois. Beaucoup semblaient récents, mais d’une facture qui laissait à désirer. Un détail plutôt gênant quand une structure faisait quelque chose comme six ou sept étages. Au passage, Rand remarqua que certaines oscillaient légèrement. Mais les gens qui y entraient ou en sortaient ne paraissaient pas s’en émouvoir outre mesure.
— Des paysans…, marmonna Tavolin, révulsé. Regardez-les tous, corrompus par des influences étrangères. Ils ne devraient pas être là !
— Et où devraient-ils être ? demanda Rand, volontairement provocateur.
L’officier le foudroya du regard, puis il talonna son cheval et alla cravacher un peu la foule histoire de se passer les nerfs.
Hurin tapota le bras de Rand pour attirer son attention.
— C’est à cause de la guerre des Aiels, seigneur, dit le renifleur. (Il regarda autour de lui, s’assurant qu’aucun soldat n’était assez près pour l’entendre.) Beaucoup de fermiers étaient trop effrayés pour retourner chez eux, près de la Colonne Vertébrale du Monde. Tous ou presque sont venus ici. Voilà pourquoi Galldrian achète d’énormes quantités de grain au royaume d’Andor et à Tear. Les fermes de l’Est n’envoient plus rien, puisqu’elles n’existent plus ! Mais il vaut mieux ne pas évoquer ce sujet en présence des gens du cru, seigneur. Ils ont tendance à prétendre que la guerre n’a jamais eu lieu – ou au moins qu’ils l’ont gagnée.
Malgré la cravache de Tavolin, la colonne fut obligée de s’arrêter pour laisser passer un étrange défilé. Précédés par une demi-douzaine de musiciens, des pantins géants fixés à de longues perches avançaient au pas sous les vivats de la foule. Animées à distance par de géniaux marionnettistes, ces caricatures de rois et de reines évoluaient au milieu d’un bestiaire à la fois fantaisiste et poétique. Un lion ailé et une chèvre à deux têtes debout sur les pattes arrière, les banderoles rouges jaillissant de leur gueule indiquant qu’ils devaient cracher du feu, ouvraient la marche devant un hybride d’aigle et de chat et d’autres monstres de ce genre. Rand repéra même un corps d’homme surmonté d’une tête d’ours qu’il prit pour la représentation d’un Trolloc.
— Les gens qui ont fabriqué ces pantins n’ont jamais vu l’ombre d’un Trolloc, grommela Hurin. La tête est trop grosse et le corps trop maigrichon. Ces imbéciles ne croient sûrement pas à l’existence des Trollocs, seigneurs. Pour eux, ce sont des créations de l’esprit, comme leurs autres pantins ridicules. Les seuls monstres dont les habitants de la Ceinture reconnaissent l’existence, ce sont les Aiels !
— C’est carnaval ? demanda Rand.
À part le défilé, il n’y avait aucun signe de festivités, mais quelle autre explication pouvait-il y avoir ?
Le défilé passé, Tavolin ordonna à ses hommes de repartir.
— Ni plus ni moins que chaque jour, Rand, répondit Loial.
Alors qu’il marchait à côté de son cheval, toujours lesté du coffre enveloppé dans une couverture, l’Ogier attirait presque autant de regards que les pantins. Sur son passage, certaines personnes allaient même jusqu’à applaudir, comme s’il faisait partie de la parade.
— Le roi Galldrian distrait ses sujets afin qu’ils se tiennent tranquilles. Pour que les trouvères et les autres artistes acceptent de se produire dans la Ceinture, il leur verse le Bonus du Roi, une prime en pièces d’argent. C’est également lui qui finance les courses de chevaux qui ont lieu chaque jour un peu plus bas le long de la rivière. Il y a des feux d’artifice presque toutes les nuits… (L’Ogier ne cacha pas sa révulsion.) Selon l’Ancien Haman, Galldrian est une honte pour l’humanité.
L’Ogier sursauta comme s’il mesurait l’énormité de ce qu’il venait de dire. Regardant autour de lui, il constata, soulagé, qu’aucun soldat n’avait entendu.
— Des feux d’artifice, oui…, approuva Hurin. Les Illuminateurs ont construit un complexe capitulaire ici. Le même qu’à Tanchico, d’après ce qu’on dit. Lors de mes séjours précédents, je n’ai pas eu le temps de m’intéresser aux merveilles de la pyrotechnie…
Pour sa part, Rand n’avait jamais vu un feu d’artifice assez élaboré pour requérir la présence d’un seul Illuminateur. Selon les rumeurs, ces spécialistes quittaient Tanchico uniquement sur la demande de têtes couronnées désireuses de s’offrir une fête à grand spectacle.
Décidément, Cairhien était une bien étrange ville.
Une fois franchie l’entrée principale rigoureusement carrée de la cité, Tavolin ordonna une halte. Puis il mit pied à terre devant un bâtiment de pierre lui aussi carré bâti contre la muraille. Muni de meurtrières en guise de fenêtres, ce corps de garde était défendu par une lourde porte bardée de fer.
— Un moment, seigneur Rand, dit l’officier.
Confiant ses rênes à un soldat, il s’engouffra dans la bâtisse.
Les cavaliers se placèrent sur deux longues rangées, comme pour mieux contrôler les mouvements de leurs « protégés ». Méfiant, Rand se demanda ce qu’ils feraient si Loial, Hurin et lui tentaient de leur fausser compagnie. Puis il profita du répit qui s’offrait à lui pour étudier la capitale.
Cairhien la géométrique était l’exact contraire de la turbulente Ceinture. Ici, les rues pavées, assez larges pour qu’on les croie peu fréquentées alors qu’elles grouillaient de monde, se croisaient à angle droit. Comme à Tremonsien, les collines étaient divisées en terrasses qui s’alignaient les unes après les autres en une parfaite symétrie. Des chaises à porteurs fermées, certaines arborant l’emblème d’une maison noble, se laissaient courtoisement dépasser par des coches ou des carrosses qui ne roulaient jamais à toute allure. Privilégiant les tenues sombres – n’étaient quelques rayures de couleur vive, de temps en temps, sur la veste ou la robe –, les citadins marchaient en silence. Rand remarqua que le nombre de rayures était directement proportionnel à l’assurance – voire à l’arrogance – des passants. Cela dit, aucun d’eux ne riait ni ne s’autorisait un sourire. Sur les terrasses, tous les bâtiments étaient en pierre, leur décoration d’une sobriété aussi géométrique que le reste de la cité. Bien entendu, pas un colporteur n’encombrait les rues rutilantes, et les boutiques, signalées par de minuscules pancartes, n’exposaient pas leur marchandise à l’extérieur.
Rand vit enfin les tours de plus près. Perchés sur de grands échafaudages, des ouvriers ajoutaient des pierres au sommet tronqué de ces flèches. À croire que leur « croissance » était destinée à ne jamais finir.
— Les Tours Sans Sommet de Cairhien, murmura Loial, attristé. Il fut un temps où elles étaient assez hautes pour porter ce nom, car elles se perdaient dans les nuages… Lorsque les Aiels conquirent la ville, à l’époque de ta naissance, ces tours brûlèrent, se craquelèrent et s’effondrèrent. Rand, je ne vois pas d’Ogiers parmi les maçons. Ils n’aiment pas travailler ici, parce que les gens détestent les « fioritures », mais, lors de mon dernier passage, j’ai vu des compatriotes à moi…
Tavolin sortit enfin, un autre officier à ses côtés. Deux fonctionnaires les suivaient. L’un portait un lourd registre à reliure de cuir et l’autre un plateau lesté d’un encrier et de plusieurs plumes. Comme Tavolin, le second officier avait le front tondu, mais la calvitie semblait avoir fait plus de dégâts dans sa chevelure que le rasoir du barbier. Les deux militaires regardèrent Rand, tournèrent la tête vers le coffre attaché sur la selle du cheval géant, puis braquèrent de nouveau les yeux sur le jeune homme.