La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
C'est papa qui faisait un nez !
Néanmoins pour ne pas avoir d'ennuis devant ses convives, les autorités de la Fricottière, il a fait bonne mine à la dame et lui a donné l'appartement avec vue sur le parc qu'elle réclamait avec instance.
La chronique rapporte qu'une petite scène eut lieu entre M me Friol mère et M'ie Friol, la future à papa. Celle-ci accusait sa maman de venir tout gâter par sa présence, et celle-là reprochait à sa fille de la renier dans sa prospérité.
Le lendemain les événements se succèdent — M e Mitaine part pour la Fricot-tière sous prétexte d'une entrevue d'affaires avec M lle Friol et il ne revient pas !
M 110 Friol disparaît dans l'après midi. Papa est dans l'inquiétude, M m « Friol mère est en alarmes — M 11 * Friol ne revient pas! Papa et la mère Friol se chamaillent et so manquent de respect l'un à l'autre, aux dires de témoins oculaires! Néanmoins Mme Friol prétend garder l'appartement avec vue sur le parc.
Un jour se passe. Je reçois une lettre confidentielle de M e Mitaine, 0 mon ami! admire le dévouement de cet avoué antique : Pour empocher la mésalliance de papa, il a pris un parti héroïque, il a enlevé M lle Friol !
Le blason des la Fricottière est pur! Tout est sauvé, sauf Mitaine I
M me Friol s'est barricadée dans son appartement et prétend n'en pas sortir, papa est furieux, elle continue à l'appeler son gendre !
Si tu rencontres M e Mitaine, dépose à ses pieds l'hommage de ma profonde reconnaissance. Il a promis à M lle Friol un petit appartement non loin du Palais, nous irons tous déjeuner avec lui un de ces jours. Je nous invite.
A bientôt, mon bon, B. de la Fricottière
Nous'n'essayerons pas de peindre la satisfaction manifestée par Cabassol à la lecture de cette lettre. Il se pâma de rire pendant un quart d'heure, à ce dénouement de l'idylle de la Fricottière, puis un autre sentiment et d'autres idées surgirent en lui.
— 0 fortune! s'écria-t-il, merci, tu me fournis enfin la plus belle des vengeances !
«Tu m'as traîné devant les tribunaux, ô Mitaine! avoué jadis pur et maintenant terni, tu m'as suscité le CesJiapa qui faisait P ms horriblement scandaleux des procès, mais je te un nez. tj ens maintenant ! Vengeance ! vengeance ! »
Et saisissant une plume il écrivit bien vite ce court billet :
Madame Friol, au château de la Fricottière (par Chinon)
Chère Madame, J'apprends à l'instant l'enlèvement qui tranche toutes vos espérances dans leur fleur. Je sais tout.
Le ravisseur de votre fille est l'avoué Mitaine, de Paris. Il lui a meublé un petit appartement dans les environs du palais de justice; j'ignore l'adresse exacte, mais il vous sera facile de la connaître en la demandant à M e Mitaine lui-môme, en son étude.
Agréez, je vous prie, l'assurance de ma haute considération, Cabassol.
— O vengeance! nectar céleste! ambroisie paradisiaque! se dit Cabassol en glissant lui-même la lettre dans la boîte de la poste, je te savoure avec volupté !
Des fenêtres du palais, M« Mitaine pouvait apercevoir celles de sa Lucie.
Une troisième lettre de Bezucheux lui apprit bientôt qu'il avait pleinement réussi.
Noble ami!
Merci 1 merci! merci! au nom de papa et au mien, merci!
Le crampon de papa s'est dévissé, comme on dit dans le monde, la maman Friol à déguerpi.
Eu partant de son appartement avec vue sur le parc, la brave dame m'a montré ta lettre; sur ton conseil elle s'en va turlupiner le pauvre Mitaine ! Elle te trouve le plus charmant jeune homme des temps modernes, tu aurais été digne, m'a-t-elle dit, de vivre du temps de la Grande Chaumière. Liv. 79.
Nous revenons tous à Paris — Criquetta s'ennuie avec moi. Mauvais symptôme! Est-ce que déjà je ne serais plus tout pour elle! Renée Trompette a trahi ses serments et elle est partie avec un gentilhomme breton. Lacostade a dévoré le petit emprunt en 3° hypothèque sur sa villa;Saint-Tropez a de sombres pressentiments amoureux; le cœur de Pontbuzaud plaide en séparation avec le cœur de la jeune personne qui faisait il y a quinze jours le charme de sa vie; Bisseco est à sec pour le moment et il voit la vie sous de si sombres couleurs qu'il parle de se faire trappiste ou chartreux ; l'aimable andalouse qui le rattache encore au monde, refuse d'aller fonder avec lui une communauté dans le désert, sans quoi, il serait déjà parti. Nous revenons donc ! tu serreras dans tes bras demain ton
Bezucheux de la Fricottière.
ûls du conseiller générai d'Eure-e(-Loirc.
M 9 Mitaine, revenu chez lui après la conclusion de l'affaire Bezucheux, avait été plus que froidement reçu par la sévère M me Mitaine. Vainement il exposa qu'une malencontreuse succession d'incidents judiciaires l'avait retenu à Chinon, M me Mitaine montra par une attitude pincée qu'elle n'était pas dupe de ces vains prétextes.
L'avoué, s'abandonnant totalement à la fatale influence de l'affaire Badi-nard, se consola de ses ennuis matrimoniaux en meublant un petit appartement coquet pour l'ex-gouvernante de M. de la Fricottière. Sur la rive droite en vue du palais de justice, une maison du quai abritait son petit bonheur de contrebande; des fenêtres du palais, M e Mitaine pouvait apercevoir celles de sa Lucie, et il n'avait qu'à passer l'eau pour se trouver à .ses pieds.
Un jour qu'il s'en allait tranquillement, la serviette bourrée de papiers sous le bras, étudier auprès de sa Lucie quelques petites affaires embrouillées par ses clercs en son absence, il trouva M me Friol installée chez sa fille. Grave désarroi! La vengeance de Cabassol commençait.
Ce n'était pas fini. En rentrant chez lui très ennuyé, il trouva M me Mitaine qui l'attendait dans l'étude même !
— Mon ami, dit M rue Mitaine, sans lui laisser le temps de manifester son étonnement, je voulais te consulter pour une de mes amies, très pressée de connaître ton opinion. Voici les faits, mon amie veut obtenir sa séparation : mari abominable, maîtresse en ville, dépenses formidables au dehors, réduction du budget au dedans, etc.. Te chargerais-lu d'obtenir la séparation que désire ma pauvre amie?
— Hum ! difficile, balbutia M c Mitaine, il faudrait des preuves... il ne suffit pas d'articuler...
— Difficile d'avoir des preuves... il n'y a pas un autre moyen? Des voies de fait suffiiaient-elles?
— Ah! des voies de fait! dit M e Mitaine soulagé, certainement des voies de fait suffiraient, voies de fait devant témoins...
— Devant témoins ! c'est parfait, s'écria M mo Mitaine, en voilà !
Et devant les clercs ahuris, M me Mitaine allongea une robuste paire de gifles à son mari qui en tomba sur le dos de son premier clerc.
— Homme abominable ! reprit M me Mitaine, c'est moi qui suis l'épouse outragée dont je parlais ! Voies de fait devant témoins, j'aurai ma séparation... vous pourrez aller roucouler à votre aise chez vos maîtresses... Mais en attendant, tenez, voilà du vitriol pour votre figure de séducteur!
Avant que personne eût pu l'en empêcher, M me Mitaine tira un flacon de sa poche et en jeta le contenu à la tête de son mari. Un grand cri retentit, les
Bisseco voit la vie sous de si sombres couleurs, qu'il parle de se faire trappiste.
clercs avaient reçu quelques éclaboussures à la ronde et M e Mitaine se tordait sur un bureau en s'épongeant la figure avec de l'encre à défaut d'eau.