La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
Le jour de la reprise vint enfin. Mitaine ayant retrouvé toute sa lucidité depuis son retour à la vertu, avait préparé tout un arsenal de jolis petits moyens de procédure destinés à enlacer le pauvre Cabassol et à l'étrangler proprement.
géant avec une certaine ivresse à la part qui devait lui revenir sous forme d'honoraires, des dommages et intérêts auxquels le tribunal ne pouvait manquer de condamner le héros de l'affaire Badinard. Sans prétendre à lire clairement au fond du cœur des avoués, nous croyons pouvoir affirmer que clans le cœur de M p Mitaine, à la satisfaction d'avoir bientôt à additionner une longue note d'honoraires, se joignait la pensée encore vague et confuse, d'employer une certaine partie de ces honoraires à s'offrir quelques agréments discrets, hors de portée du vitriol de M me Mitaine.
Inutile de dire que les affaires de séparation issues du grand procès Badinard, avaient été menées à bien. — Aucune réconciliation ne s'était effectuée, tous les plaideurs avaient été renvoyés séparés de corps, séparés de biens» toutes chaînes brisées, après s'être entendu dire par les avocats une foule de choses des plus désagréables.
Si la première phase du procès Bardinard avait occupé un nombre considérable d'audiences, la deuxième phase ne suivit pas la même marche. En trois jours tout fut terminé.
Les avoués et les avocats se plaignirent vivement de la hâte du tribunal, qui semblait vouloir étouffer tous les incidents et supprimer toutes les complications que l'on était en droit d'espérer d'une cause aussi nourrie.
A peine les avocats purent-ils, en trois journées de plaidoiries, réveiller tous les souvenirs des audiences passées, épousseter, pour leur redonner l'éclat primitif, tous les scandales du procès et assassiner leurs adversaires respectifs, les témoins et généralement toutes les personnes mêlées à la cause, sous une grêle de traits, d'épigrammes, de médisances et de calomnies.
Quand ils eurent terminé, répliqué, conclu, le tribunal entra de suite en délibération et formula son arrêt.
Comme on s'y attendait, le testament si injurieux de feu Badinard, basé sur une erreur absolue de testateur, fut annulé, et le testament précédent, par lequel feu Badinard instituait la dame Claire-Léonie Valfleury, son épouse, légataire universelle de tous ses biens meubles et immeubles, reprit toute sa valeur.
Mais, attendu que le légataire du deuxième testament, le sieur Antony Cabassol, n'était pour rien dans l'erreur du testateur, et n'avait pas fait autre chose que de chercher à exécuter avec bonne foi, les volontés nettement exprimées du testateur, la demande en dommages et intérêts formée par le mandataire de M me Badinard était repoussée.
Le tribunal n'accordait pas davantage les dommages et intérêts réclamés par Cabassol, mais il décidait que tous les frais et dépens que le légataire Cabassol avait faits, resteraient à la charge de la succession de même que les frais du procès.
Botter
Troubles apportés par les détails de la liquidation Badinârd, dans l'imagination des clercs de l'étude Taparcl. LlV. go.
Cette dernière clause soulagea énormément l'esprit de Cabassol, qui craignait d'être obligé de restituer la succession, sans qu'il lui fût tenu compte des sommes considérables dépensées dans l'exercice de son mandat de vengeur.
Une page du carnet de Cabassol.
Immédiatement après le prononcé du jugement, Cabassol courut chez M 0 Taparel et le pria de procéder avec la plus grande rapidité à la liquidation de la succession, de concert avec le chargé de pouvoirs de M me Badinard.
Les opérations de cette liquidation étaient des plus compliquées. D'innombrables notes s'accumulaient dans le dossier de M e Taparel, des monceaux de factures gigantesques s'élevaient sur tous les bureaux de l'étude. Comme on se Le rappelle, Gabassol, n'ayant que trois années pour accomplir les vengeances imposées par feu Badinard, n'avait reculé devant aucune dépense pour mener à bien ou abréger les opérations, exécuteur délicat et fidèle, il avait taillé sans compter dans la succession, avec l'approbation complète de M° Taparel et de M. Miradoux.
— Dépense pieuse! avait dit M e Taparel à chaque occasion, nous exécutons les suprêmes volontés du défunt!
Dépense pieuse! tout avait été dépensepieusedepuislecommencement des opérations.
Loyers de Gabassol, dépenses pieuses; loyers payés à certaines personnes aimables mêlées à ces opérations, dépenses pieuses! voyages, dépenses pieuses! etc., etc.
Pour se reconnaître dans le monceau de notes et de factures, on les avait rangées par catégories et chaque clerc avait eu à s'occuper spécialement d'une catégorie de dépenses pieuses.
Quelle liquidation, grands Dieux! Jamais de mémoire de notaire ou de' principal clerc, on n'avait eu à faire entrer dans un compte de liquidation de pareilles dépenses! M e Taparel à mesure qu'il s'enfonçait dans les détails de l'affaire sentait ses cheveux se hérisser sur son crâne.
Que diraient les notaires de l'avenir, les successeurs futurs de M e Taparel, lorsque la minute de la liquidation et les dossiers y annexés leur tomberaient sous les yeux! C'était inouï ! Dans quel abîme feu Badinard, avec sa fureur de vengeance, les avait-il jetés!
Jamais une plume notariale avait-elle pu inscrire sur un honnête papier timbré, des relevés de notes pareils à ceux-ci :
9 juin, Une loge, bouquet et souper avec M lle Flora de B. 375 »»
10 juin, Un bracelet à M lle Berthe J 450 10
id. Souper avec M 1)e Flora de B. 180 »»
id. GratificationàlafemmedechambredeM" 6 Flora de B. 40 »»
11 id. Deuxième gratification à ladite 100 »»
Ces gratifications faisaient considérablement rougir les jeunes clercs, occupés à les transcrire. Un clerc s'occupa uniquement des notes de restaurant en nombre très considérable; ce jeune homme qui se dérangea plus tard et donna bien du désagrément à sa famille par ses débordements avec une figurante du théâtre de Montparnasse, prit certainement dans cette occupation les germes de sa mauvaise conduite future.
Pouvait-on, sans être de fer, relever froidement une innombrable série de notes où les écrevisses, les homards, les perdreaux truffés, les soles nor-
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Et les factures du tapissier avec le détail des fournitures, ameublemen de boudoir offert à M"° A., ameublement d'une chambre à coucher à M lle B., ameublement d'un petit appartement à M 1,c G., etc., etc., cela n'en finissait plus. Ces détails, par les images galantes qu'ils évoquaient, étaient terriblement scabreux et la liquidation Badinard devenait de plus en plus une de ces œuvres littéraires dont la mère doit soigneusement interdire la lecture à sa fille, le mari à sa femme, et la femme à son mari.