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La grande mascarade parisienne

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La grande mascarade parisienne
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— Et le Prado!... c'est en 46 ou en 47, je crois, que nous mazurkâmes avec tant de fureur, monstre! Vous en faisiez des serments dans ce temps-là.

Souvenirs du Prado.

et naturellement vous ne les avez pas tenus... Alfred! vous m'avez fait manquer ma vie, il y avait un négociant en gros qui m'a fait la cour lout un hiver, et inutilement, j'ose le dire... il m'aurait épousée! et moi, bête, je n'avais des yeux que pour mon petit Alfred... j'ai sacrifié le négociant en gros!... Monstre!

— Voyons, voyons... fit M e Taparel.

— Laissez-moi au moins mes souvenirs!... Hein, les montagnes russes, vous souvenez-vous? et les petits soupers chez Pinson, ou chez Dagneaux, au commencement des mois, quand mon Alfred recevait sa pension de son paternel!... Et cette petite promenade à Robinson, où ce monstre d'Alfred fut si...

— Chut! chut !

— Ah! que c'est vieux loul cela! mais je m'en .souviens... Qu'est-ce qu'il m'a juré, le monstre, en revenant de Robinson?... Je le connaissais depuis huit jours seulement, le scélérat, et il était tout feu tout flammes!... Et maintenant, il ne se souvient guère de ce qu'il m'a juré en revenant de Robin-son... Je parie, Alfred, que vous ne vous souvenez pas?...

— Je... ma foi... Il y a si longtemps...

— C'est bien mal, Alfred!... Quel changement depuis ce temps-là! cet Alfred qui m'a tant fait rire, qui m'a tant fait sauter à la Grande-Chaumière, cet Alfred avec qui j'ai fait tant de bonnes parties à Meudon, à Sceaux et ailleurs, et pour qui j'ai sacrifié des négociants en gros, il est notaire maintenant, c'est un bourgeois posé, ventru, et moi. sa Flora, son ange, car il m'a appelée son ange, son lapin bleu, son gros loup, au moins quinze cents fois, et moi, je suis sa concierge!... Quelle amère dégringolade !

— La fatalité, balbutia M e Taparel.

— Et quand, moi, son ancienne Flora, je viens de temps en temps, bien amicalement, causer avec monsieur du temps passé, de la Grande-Chaumière et des cabinets de chez Dagneaux, — t'en souviens-tu des cabinets particuliers de chez Dagneaux?... — monsieur fait la mine, monsieur me fait comprendre que je l'embête... Ah! c'est comme ça! eh bien, je m'en vais, je redescends à ma loge, mais je reviendrai! je reviendrai quinze fois par jour, je reviendrai chaque fois que j'aurai envie de causer de la Grande-Chaumière!... Ça fait du bien à mon âme!... 0 ingratitude humaine ! tenez, il n'y a que les lapins qui aient du cœur... Dans ma garenne là-haut, à Belleville, mes élèves me consolaient de mes malheurs!... tous les hommes sont des misérables... et vous m'arrachez mes dernières illusions... mais je reviendrai. Au revoir, Alfred, à tout à l'heure.

— J'y suis ! pensa Gabassol aux derniers mots de la persécutrice de M« Taparel. Je savais bien que je connaissais cette voix... C'est la mère Friol, de Belleville, celle à qui j'avais trouvé une placé de tante d'actrice !... la mère de Lucie Friol, la gouvernante du bon M. de la Fricottière... Voilà une rencontre!

L'ex-Flora de la Grande-Chaumière était partie. Cabassol ouvrit la porte de sa cachette; M° Taparel, consterné, regardait son tapis avec plus de désespoir encore qu'auparavant.

— Vous l'avez entendue, elle reviendra! dit-il, vous savez tout maintenant, vous savez tout ! Je n'avais pas osé confier mes malheurs à Miradoux, mais vous, un jeune homme, vous aine/, [dus d'indulgence !

— Mon pauvre M 0 Taparel, fil 'Cabassol en se laissant tomber dans un fauteuil et en éclatant de rire.

— Ne riez pas! je suis dans une jolie position!... et cela au moment où je me préparais à racheter par une conduite sévère les... irrégularités suscitées dans ma vie par la déplorable affaire Badinardl...

— Bahl vous vous désolez pour bien peu de chose!...

— Peu de chose ! Mais me voilà compromis affreusement!... Cette Flora me tient!... depuis quinze jours elle me persécute avec ses souvenirs du Prado, avec... Songez qu'elle m'appelle tout bas Alfred devant madame Taparel! Quelle situation, grands dieux, quel drame!

— Mais enfin, que vous veut-elle?...

— Je ne sais pas encore... Je lui ai déjà parlé d'un petit souvenir pécu-

En revenant de Robinson.

niaire qui lui donnerait la tranquillité... et à moi aussi, mais elle a joué l'indignation...

— C'est que le souvenir n'était pas suffisant. Écoutez, M e Taparel, il me vient une idée... je vous sauverai, moi!

— Vous?

— Oui, moi! votre persécutrice s'appelle bien...

— Flora!

— Oui, Flora, pour vous, mais pour tout le monde, M me Friol ?

— En effet !

— Eh bien, je connaissais M mo Friol... Oh, ça ne date pas de la Grande-Chaumière!... Je la connais depuis mes fameuses recherches pour retrouver Jocko, vous savez, la Bille de billard Poulet-Golard !... J'ai vu M me Friol au milieu de ses lapins à Belleville, et c'est même moi qui lui a trouvé une place de tante d'actrice chez Criquetta des Folies-Musicales.

— Tout cela ne me dit pas comment vous allez me débarrasser de ma persécutrice?

— Attendez ! je connais la fille de votre ex-Flora, M 110 Lucie Friol...

— AU! elle a une fille?

— Vous allez voir! Vous savez que je reviens de faire un petit voyage avec mon ami Bezucheux de la Fricottière; l^ fils nous étions partis toute une bande pour voir interdire Le père de la Fricottière, votre ex-président des Billes de billard.

Or, Bavez-vous pour quel motif mon ami Bezucheux tenait à gratifier le plus vite possible monsieur son père d'un petit conseil judiciaire?

— Non... mais quel rapport tout cela peut-il avoir avec ma persécutrice?

— Quel rapport?... Vous aller voir... mon ami Bezucheux faisait interdire monsieur son père parce que le sire de la Fricottière, fourbu, ramolli, se préparait à conduire au pied des autels, sa gouvernante, mademoiselle...

— Mademoiselle ?

— M lle Lucie Friol, la propre fille de la dame oui cumule pour vous l'emploi de concierge et de persécutrice !

— Est-ce possible!... Êtes-vous certain...

— Absolument certain... Et je vais vous sauver ! faites appeler madame votre concierge et laissez : moi faire...

— De la prudence, mon ami, songez que cette femme pourrait m'appeler Alfred devant mes clercs et leur raconter ces sauteries à la Grande-Chaumière que je déplore si amèrement pour la dignité de mes fonctions actuelles!...

— Je réponds de tout! faites appeler l'exquise Flora !

M e Taparel passa chez lui et fit avertir la concierge par une bonne. Cabas-sol s'était enfoncé dans son fauteuil et roulait une cigarette.

— La voilà, dit tout bas le notaire, reconnaissant comme autrefois les pas de la charmante Flora.

M me Friol entrouvrit la porte.

— Eh bien, Alfred, vous avez eu un bon mouvement, vous avez regretté de m'avoir fait de la peine, dit-elle, est-ce que vous... Ah ! pardon, je n'avais pas vu monsieur!...

— Bonjour, maman Friol, prononça Cabassol du fond ae son fauteuil.

— Hein? fit la terrible concierge en reculant de deux pas.

— Vous ne reconnaissez pas un ami?...

— Ah! pardon, vous étiez à contre jour... bonjour, monsieur Cabassol, je vous salue ! . '

— Vous ne vous doutez guère de ce que je viens vous dire, ma chère

— Je suis sa concierge, dégringolade !

madame Friol... de la mission dont je suis... de la demande que j'ai... excusez mon costume peu cérémonieux, mais j'arrive de voyage... Madame Friol, je vais bien vous surprendre... préparez-vous I

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