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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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La femme éclata de nouveau en sanglots. « Merci, Votre Seigneurie ! Dieu vous bénisse ! »

Marcus saisit la tête de Lelio par les cheveux, toujours son même sourire fielleux aux lèvres.

La femme alla vers lui, les bras tendus, en larmes.

Mais quand elle fut près de lui, Marcus pirouetta sur lui-même et lança la tête, qui s’envola dans les airs, se détachant contre le ciel limpide, avant de retomber par-delà les murs du château.

Marcus éclata d’un rire cruel et dit : « Va la chercher, vieille femme ! »

Elle demeura un instant interdite puis, hurlant de douleur, se précipita dehors avec angoisse.

Eloisa, Agnete et Lukrécia la virent courir après la tête de son fils qui roulait le long de la colline escarpée, rebondissait contre les pierres et changeait constamment de trajectoire. La femme était âgée, elle avait du mal à la rattraper. Elle tomba et se releva, tandis que les soldats riaient et lui disaient de courir plus vite. La tête s’arrêta en bas de la colline. Elle la prit et la serra contre elle en caressant les cheveux de son fils.

« Le spectacle est terminé ! », cria Agomar. Il lança un regard à Marcus, lui sourit et leva la tête vers la fenêtre d’où les trois femmes horrifiées avaient suivi la scène.

Marcus leur adressa une courbette moqueuse.

« Salauds de porcs répugnants », dit Agnete. Elle prit Eloisa dans ses bras et la serra avec force, avant de la repousser brusquement, comme si elle s’était imaginée à la place de la mère du condamné.

Un silence profond tomba dans la pièce. Elles étaient toutes les trois incapables de parler.

Bientôt la porte s’ouvrit, sans qu’on ait frappé.

Agomar et Marcus entrèrent, l’air arrogant.

Eloisa remarqua que la main de Marcus était couverte de sang.

Il vit son regard, sa main ensanglantée et, en fixant Eloisa dans les yeux, la nettoya nonchalamment sur sa casaque brillante de soie florentine ocre.

« À partir de maintenant, vous ne sortirez plus de cette chambre, dit Agomar.

— Et cela vaut aussi pour vous… ma chère épouse », ajouta Marcus en ricanant. Il fit un pas vers elle.

Harro grogna.

Épouvanté, Marcus s’arrêta net.

Agomar tira son poignard du fourreau.

« Non ! » lança Lukrécia.

Agomar la regarda.

« C’est moi qui vous le demande », dit Lukrécia.

Lentement, Agomar rengaina son poignard. Après un coup d’œil à Harro puis à la chatte et ses petits, il eut une moue de mépris : « C’est un vrai sérail, ici.

— Ma mère a besoin de rentrer chez elle chaque jour, messire, dit alors Eloisa. Elle doit préparer les onguents pour le bébé.

— Elle le fera ici, répondit durement Agomar.

— Messire, c’est impossible, répliqua Eloisa. Elle doit cueillir des herbes fraîches pour que ce soit efficace. »

Agomar la regarda en silence. Il réfléchissait.

« Quelle importance que la vieille sorte du château ? », intervint Marcus. Il s’approcha du nouveau-né, toujours endormi, et lui caressa la tête.

Agnete dut retenir Eloisa par le bras.

Marcus eut un sourire mielleux. « Ici, il y a mon fils. Et la petite putain », ajouta-t-il en désignant Eloisa. Il pointa le doigt sur Agnete. « Si tu t’absentes plus de trois heures, un vilain accident pourrait leur arriver… » Et il ébouriffa le bébé d’un geste brusque.

Aussitôt réveillé, l’enfant ouvrit les yeux et se mit à pleurer.

« Vraiment, oui, on dirait un sérail », dit Marcus en riant de nouveau.

Eloisa prit le bébé dans ses bras et commença à le câliner.

« Lâche-le, dit alors Marcus, avec son habituel regard malveillant. Donne-le à sa mère ». Il tendait le bras vers Lukrécia.

Agomar riait, amusé. Mais en voyant qu’Eloisa serrait plus fort le petit contre elle, il lui cria : « T’as pas entendu le prince ? Donne-le tout de suite à sa mère ! »

Eloisa, lentement, passa l’enfant à Lukrécia.

Celle-ci prit le petit, qui continuait à pleurer, et le berça avec maladresse.

« Quelle scène émouvante, dit Marcus.

— On est d’accord, la vieille ? », dit Agomar à Agnete. Sans attendre de réponse, il sortit.

Marcus le suivit en ondulant des hanches.

La porte refermée, Eloisa arracha l’enfant à Lukrécia.

La princesse baissa les épaules, mortifiée. « Je suis désolée… », balbutia-t-elle.

Agnete s’était tournée vers sa fille. « Quels onguents ? lui demanda-t-elle. Quelles herbes ? »

Eloisa haussa les épaules. « C’est la seule idée qui me soit venue. Mais au moins une de nous pourra sortir… » Ses yeux s’emplirent d’espoir. « Si Mikael revenait. »

Agnete acquiesça, admirant l’astuce de sa fille.

Eloisa délaça son corsage et dénuda un sein, avec un regard de défi à l’intention de Lukrécia. Elle savait que ce n’était pas sa faute, mais elle ne pouvait s’empêcher de la détester chaque fois qu’elle pensait à ce qui allait arriver.

L’enfant se mit à téter et cessa de pleurer.

« Tu ne lui as pas encore donné de nom, dit Lukrécia pour tenter de diminuer la tension.

— Ce n’est pas mon fils, répondit âprement Eloisa. Mais on sentait la douleur dans sa voix.

— Choisis le nom toi-même, insista Lukrécia. C’est ton fils.

— Pas pour longtemps, dit sourdement Eloisa.

— Donne-lui un nom, dit Agnete.

— Alors il s’appellera Marcus III », dit Eloisa d’un ton décidé.

Agnete haussa les sourcils mais ne fit aucun commentaire.

Lukrécia, elle, ouvrit de grands yeux. « Mais… c’est le nom que va lui donner mon père ! », s’exclama-t-elle, étonnée.

Eloisa la regarda. « Non, dit-elle fièrement. C’est le nom qui lui revient. »

66

À mesure qu’ils avançaient sur le chemin du retour, Mikael se sentait de plus en plus propre et léger. Les questions qu’il s’était posées pendant des mois trouvaient une réponse. Volod lui avait toujours dit qu’il ignorait ce qu’était la liberté. C’est juste un mot, disait-il. Les rebelles s’opposaient à Ojsternig pour la simple, évidente nécessité de survivre. Ils se battaient pour nourrir leurs enfants, ne pas mourir de faim enchaînés à une parcelle de terre ou à une mine. « Un jour, c’est peut-être toi qui m’apprendras ce que c’est, la liberté », avait dit Volod un soir. En marchant seul devant ses hommes, il comprenait mieux ce qu’il cherchait, pourquoi il allait se battre. Les puissants ne voulaient pas de la liberté, ils auraient dû renoncer à trop de privilèges. Leur liberté n’était totale que s’ils l’enlevaient à tous les autres. De lieue en lieue, tout devenait plus clair. Ne pas laisser mourir de faim ses propres enfants n’était pas seulement une nécessité, c’était la preuve que bien des gens, beaucoup trop, n’étaient considérés que comme de simples animaux. Un homme ne peut pas être la propriété d’un autre, se répétait Mikael. Il fallait commencer par là. Briser ces chaînes. Tous ensemble. “C’est la première liberté du monde à venir”, se disait-il.

Combattre pour Eloisa, pour son fils et pour Agnete, c’était combattre pour tous. Plus il y pensait, plus il sentait grandir en lui le désir et la hâte de rentrer. Il éperonnait son cheval avec impatience, encourageant les autres à le suivre. Le vent des montagnes qui lui fouettait le visage débarrassait ses épaules de la pesanteur, de la saleté, du vice, du brouillard intérieur qui, à Constance, s’étaient collés à lui comme une maladie.

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