La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
— Madame, c'est une dame qui...
— Une dame qui? quelle est cette dame? dit sévèrement Bezucheux. Expliquez-vous sans détour!
— N'essayez pas de feindre ou je me plains au patron de cet hôtel! cria Disseco du bout de la table.
— La vérité, toute la vérité, rien que la vérité! clama Lacostade.
— Une dame que... reprit le garçon ahuri, qui... demande à monsieur Mitaine, sauf votre respect, s'il a bientôt fini de la faire poser!
— Horreur !
- Fi!
— Mitaine, je vous retire mon estime ! vous faites poser une dame.
— Si ce n'est pas M me Mitaine elle-même, vous êtes impardonnable! Est-ce M me Mitaine? Garçon, comment est-elle, cette dame?
— Et vous savez, garçon, pas de détours, dépeignez cette dame...
— Non ! qu'il ne la dépeigne pas, ce ne serait pas convenable, cria Pont-Buzaud, mais qu'il nous fasse d'elle un portrait fidèle... Comment est-elle! grande ou petite? brune ou blonde?
— Brune! répondit le garçon.
— Plantureuse ou diaphane?
— Plaît-il?
— Je dis : douée d'une élégante sveltesse ou bien imposante de charmes opulents?
— Entre les deux, répondit le garçon.
— Pas de signes particuliers? reprit Bezucheux.
— Je n'ai pas remarqué.
— Et le petit nom?
— Elle ne me l'a pas dit.
— Maître Mitaine, ditsolennellementBezucheux, au nom de tous nos amis, je vous inflige un blâme sévère pour avoir fait poser une dame et je vous adjure de ne pas persévérer plus longtemps dans cette attitude! Garçon, allez dire à cette dame que nous l'attendons pour lui présenter nos respects.
Le garçon partit aussitôt.
— Et maintenant, ô Mitaine, nous attendons tes aveux. !
— Messieurs, je... écoutez! vous... tenez... si... balbutia M e Mitaine embarrassé.
— Entrez franchement dans la voie des aveux, c'est le seul moyen de reconquérir notre estime ! quelle est cette dame que vous faites outrageusement poser? son nom?
— Je vais tout vous dire...
— Son nom? -Billy!
— Sa situation dans le monde?
— Artiste dramatique. Criquetta éclata de rire.
— C'est la petite Billy des Folies-Musicales ! Elle est bien bonne...
— Je la connais, s'écria Cabassol, elle a été mêlée à l'affaire Badi-nard...
— C'est cela, dit l'avoué, c'est comme cela que je... que j'ai eu l'occasion de...
— Et à quel titre vous permettez-vous de faire poser M Ue Billy, artiste dramatique? reprit Bezucheux.
— Messieurs... quand il a été question de Venir à Chinon pour l'affaire d'interdiction de M. la Fricottièrc, je... j'ai... pensé à faire de ce voyage... d'affaires, un voyage... d'agrément! L'occasion, l'herbe tendre; il y a bien des circonstances atténuantes 1;.. des petites vacances, enfin!
— Maître Mitaine! s'écria Cabassol, prenez garde! vous êtes sur une pente fatale !... C'est l'influence de l'affaire Badinard qui commence à se faire sentir... prenez garde!... Ignorez-vous donc les désordres produits par cette affaire dans nombre d'existences autrefois calmes? je ne parle pas de moi, victime principale, mais les autres!... M e Taparel, dérangé! Miradoux, dérangé! Je second clerc, marié 1 le troisième clerc, marié! voilà pour l'étude Tapareclass="underline" C'est maintenant le tour de la vôtre, et attendez-vous à tout, ce sera votre punition pour m'avoir suscité ce procès horriblement scandaleux!
M lle Billy fit son entrée dans la salle. Elle attendait depuis la veille M e Mitaine au Lion-Rouge et commençait à s'ennuyer.
— Bonjour, monsieur Cabassol, dit-elle en tendant son front à notre héros, vous allez bien? Vous savez je vous ai vu au fameux procès... j'ai bien ri, c'est moi qui étais en avocat, le greffier m'avait prêté un costume... Dieu! ai-je ri !... je ne me doutais pas de ce que vous vouliez faire, quand, à cause de ce fameux Jocko, nous cherchions Lucie Friol...:
— Lucie Friol! s'écria Bezucheux, mais je connais ce nom-là!
— Il me semble... fît l'avoué en consultant ses notes, mais oui, c'est le nom <le la gouvernante de M. de la Fricottière ! je l'ai aperçue ce matin, c'est une brune, très gentille, très gentille!
— Papa l'a rencontrée à Bordeaux... Elle sortait d'un café-concert...
— C'est bien cela, dit Billy.
IX
Taparel gémit sous le poids de noirs chagrins. — Une ex-étoile de la Grande-Chaumière. — Victime de sa concierge 1 - La délivrance.
L'affaire de l'interdiction Bezucheux était en bonne voie, tout portait à croire que M. de la Fricottière aurait son petit conseil judiciaire avant quinze jours. La procédure n'exigeant pas la présence de Bezucheux fils à Chinon, ttfute la bande avait résolu d'aller faire une excursion à Nantes et en Bretagne.
Avant de partir, Bezucheux et M* Mitaine retournèrent au château de la Fricottière. Ils trouvèrent le sire de la Fricottière dans son parc, roulé dans son fauteuil par un domestique et chassant avec sa gouvernante, les lapins de sa garenne.
L'hôtel du Lion-Rouge ea révolution.
— Tu vois, fils impie et dénaturé, dit M. de lu Fricottière, je fais mon possible pour distraire mon esprit des chagrins que tu me causes!
— Tu vas voir, papa, comme je suis plein de prévenancesl... L'affaire est dans le sac.
— Je le sais.
— Tu vas avoir ton petit conseil, eh bien, je vais te demander si tu veux que ce soit avant ou après ton élection, nous pousserons ou nous ralentirons la chose, à ton gré.
— Tu es bien aimable. Voyons... tout bien réfléchi, j'aime mieux avant
La chasse du sire de la Fricottière.
qu'après. Tu comprends, je suis sûr d'être nommé quand même, il vaufdonc mieux que l'on ne puisse pas dire que les électeurs ont été surpris.
— Très bien, je préviendrai à Ghinon.
La gouvernante s'était éloignée ; par discrétion M e Mitaine laissa les deux la Fricottière ensemble et offrit son bras à M Ue Lucie Friol pour faire un tour de parc. Elle était charmante, la gouvernante du vieux don Juan, elle portait un joli petit costume de chasse galamment relevé sur le côté, ce qui laissait voir un mollet de coupe élégante et des bas écossais très seyants. Un grand chapeau de paille foVmant abat-jour, encadrait sa figure de brune un peu grasse et épanouie.
Elle tira un dernier lapin et prit le bras de M e Mitaine.
— Vous ne sauriez croire, madame, dit l'avoué, combien je déplore la sévérité des devoirs professionnels...
— Pourquoi cela? dit la gouvernante.
— Mais parce que... parce que ma qualité d'avoué me force à agir contre une dame aimable et charmante... Croyez que je n'ai jamais regretté autant qu'aujourd'hui les rigueurs de ma profession!
— Mais ce n'est pas contre moi, c'est contre M. de la Fricottière que vous agissez...
— C'est contre vous par ricochet. Je sais... vous allez dire que je suis indiscret, je sais quels sont les projets de M. de la Fricottière... les doux projets....
— Les doux projets? Bon, je sais ce que vous voulez dire, M. de la Fricottière me suppliait encore tout à l'heure de lui accorder ma main...
— Eh! le gaillard! fit M e Mitaine, il n'est pas si bête, savez-vous!
— 11 paraît, reprit la gouvernante, qu'un conseil judiciaire ne peut pas l'empêcher de...
— Certainement, il a le droit de se marier, mais, dame, vous savez, avec son conseil judiciaire, le voilà réduit à la portion congrue! le voilà gêné, fort gêné!... Ce ne sera pas très agréable pour vous... si charmante et si digne d'une plus agréable situation que celle d'épouse d'un vieux barbon... Dieu, que ce papa de la Fricottière doit faire un mari désagréable!...